De quoi parle l’information des temps-ci ? De chiffres et de petits calculs. On n’a jamais autant diffusé de chiffres. Les cyclistes sont paraît-il des fainéants. Pas les vrais de vrais, ceux qui se font 120 bornes le dimanche entre copains, sans Paulette, mais avec quelques côtes. Non, ce sont les usagers de vélib. Des sacrés combinards qui évitent de laisser les vélos dans des stations en altitude. On imagine aisément la situation. Paris, c’est un parcours des Alpes. Des montées de première catégorie. Parfois 70 mètres de dénivelé. De quoi alerter les services de la ville de Paris pour remédier à ce dysfonctionnement et offrir 15 minutes gratuites à ceux qui laissent les vélos dans des stations en altitude. On reconnaît bien là la nature humaine. Des petits calculs. Et la mairie trop humaine de jouer les petits calculs. La rationalité a autant libéré l’homme qu’elle l’a asservi vers des obsessions calculatrices ayant engendré les avares et tous ces petits arrangements, ces petites combines par lesquelles chacun se sent un rusé. Petites combines comme pendant la Résistance. Maintenant, combien d’aliénés chassant les bons de réductions, les smilies, les bons de réduction, armés de cartes de fidélités ; comptons aussi ceux qui sont prêts à bouffer trois kilos de fromage frais par semaine parce qu’il y a au bout 2 euros en bon d’achat.
Les petits calculs sont aussi un instrument de gestion pour les finances. Le ministre Bertrand voudrait piquer dans les Unedic pour financer le déficit des retraites. 20 euros de moins pour un chômeur et 20 de plus pour un vieux. La prime pour l’emploi ne sera plus attribuée comme avant pour ceux qui ont une fois et demie le Smic. On grappille ici quelques euros pour financer le RSA. C’est ridicule, ces miettes n’ont aucun impact sur le budget, mais, sur le plan symbolique, c’est une catastrophe. Martin Hirsch est ridicule lorsqu’il défend ces petits calculs. On dirait qu’il a pris du poids, sans doute, consomme-t-il trop de fromages frais et de matières grasses pour avoir quelques points de bonus, ou alors il abuse des buffets ministériels et autres gâteries dînatoires offertes pour entretenir les amitiés entre décideurs. La société en est là. Le drame de la pingrerie, le marasme des petits calculs, des obsédés de la bonne gestion sourcilleux du premier euro dépensé, mais qui iront massacrer le budget sur des manifestations spectaculaires, un peu comme le Français rechigne à manger correctement pour se payer un week-end à Eurodisney ou céder aux caprices des ados et leur payer le concert de la Star Ac’ à 40 euros la place pour entendre quelques singes vocaux chanter des vieux tubes.
En Ecosse, suite à une grève dans une raffinerie de pétrole, les gens ont eu peur d’une pénurie d’essence. Quelques mouvements de panique ont été observés. En Israël, un supermarché a dû limiter les ventes de riz à cause de mouvements d’achat intempestifs liés à une peur de « pénuriz ». Le monde s’affole et ça c’est vraiment l’homme, comme le chanterait Téléphone ! Jamais autant de biens n’ont été disponibles et voilà que la peur de manquer se fait jour. Rien que de l’ordinaire en fait. Chez nous, il suffit de nous rappeler les paniques aux stations lors des derniers blocages de raffinerie. En Iran, des émeutes pour l’essence se sont produites l’année dernière. Il suffirait de quelques annonces pour voir les gens remplir les chariots de biens alimentaires placés dans la spirale inflationniste. Ils ne feraient juste que spéculer à leur niveau. Chacun, s’il a suffisamment de liquidités, peut spéculer et acheter du riz ou des pâtes qu’il va stocker pendant quelques mois. Il aura gagné quelques euros et le délicieux sentiment d’être plus rusé et intelligent que son voisin. D’ailleurs, il n’hésitera pas à se vanter de ses maigres gains et c’est là qu’on le reconnaît, celui qui ose tout, le con-sommateur, fier de sa cave remplie de sac de riz ! Autant dire que le gouvernement, avec ses petits calculs, ses primes, vise à satisfaire les consommateurs. Mais il y a ceux qui gagnent peu et ceux qui gagnent beaucoup. Alors les petits calculs, les petites combines fiscales sont modulées en fonction du niveau de vie. Sachant qu’un riche con-sommateur boudera les 100 euros annuels de gratification qui pour un pauvre con-sommateur représentent une fortune.
Le gouvernement prend les gens pour des consommateurs. Il ajuste ses réformes pour satisfaire le maximum de calculateurs. Et c’est une bonne stratégie puisque les consommateurs sont majoritaires dans ce pays. C’est du moins ce que pensent les politiciens. Les plus doués, Sarkozy et Royal, savent flatter les consommateurs en leur donnant l’impression d’être intelligents. Comme ce représentant de commerce qui vous vend un produit plus cher que celui du concurrent en vous faisant croire que le sien est truffé de combines et d’astuces et que vous allez en tirer un avantage face à cet idiot de voisin qui ira se faire plumer par la concurrence. Les politiciens sont au plus près des préoccupations des consommateurs puisque les consommateurs sont majoritaires dans ce pays. Du moins, les élites le pensent et ils n’ont pas forcément tort car on reconnaît souvent les tares chez les autres quand on les porte soi-même. Et les Français vont finir par s’en persuader, qu’ils sont consommateurs et qu’ils doivent persister dans leur consommation car là est leur destination naturelle. Leur accomplissement comme exemplaire achevé du genre humain.
Soyons modernes a dit la ministre Lagarde. La France a besoin de centres commerciaux pour faire jouer la concurrence. Il faut faire sauter les verrous. Baudelaire détestait ce qu’il voyait comme une fumisterie, les éclairages au gaz, le progrès. Il n’aurait pas pu entrer dans une grande surface, pris de malaise, avant même de pouvoir pousser son chariot dans les rayons. Cela dit, il n’y a pas que du mauvais dans le progrès. L’essentiel n’étant pas d’être moderne ou anti-moderne, mais de s’y retrouver, d’être soi, de savoir où on habite et de pouvoir rentrer chez soi sans avoir besoin d’un GPS. Mais qui sait, un jour, votre GPS sera équipé d’un comparateur de prix et d’un aide au pouvoir d’achat. Il est impensable que les industriels n’y aient pas pensé. Vous entrez votre panier standard et le système vous dirige directement vers la grande surface la moins chère en calculant évidemment le prix du carburant. Quel miracle, les consommateurs malins, un nouvel âge pour le commerce de proximité avec son aide au calculateur mental. Mais est-ce rentable ? Si oui, cette innovation sera vendue, sinon, elle sera proposée dans un roman de science-fiction.
Le lundi, Martin Hirsch calcule, le mardi c’est Xavier Bertrand, le mercredi, les ministres présentent leur feuille de calcul au président, le jeudi, Christine Lagarde calcule, le vendredi c’est Roselyne Bachelot, le samedi Borloo prend l’apéro sans compter. Relâche pour le gouvernement, mais tous les Français vont pousser leur chariot et calculer la valse des étiquettes et des bons d’achat. Le dimanche, c’est repos, c’est souvent resto, les uns continuent à calculer pour partager la note du resto, les autres ne lisent même pas les prix avant de commander, beaucoup se contentent d’un plat de nouille chez eux et n’ont même plus la joie d’écouter les petits chanteurs de Pascal Sevran. Et puis, lundi, ça recommence. A la fin du mois, chacun calcule ce qu’il a dépensé, les primes, les augmentations, les impôts. Pendant ce temps, soixante experts dirigés par Eric Besson font de la prospective, pas moins de huit commissions qui vont se réunir au moins quatre fois pour savoir où en sera la France dans plus de quinze ans. On peut être sûr qu’ils ont aussi la calculette avec eux. Déjà un chiffre annoncé par Besson. En 2025, 11 % des créations d’emplois seront liées à la dépendance. Il est très fort ce Besson. Il a même calculé comment rester en poste en 2012. En affirmant que Ségolène Royal s’impose à la tête du PS. Alors, en 2012, on connaît la chanson et Besson sera peut-être même nommé ministre d’Etat sous Sarkozy II. |
Visiblement, un choc économique nous attend mais il ne sera pas comparable à celui de 1929, différant dans son ampleur et surtout sa nature. Dans tout processus historique, une situation se comprend à la fois par son passé, par les causes qui l’ont produite, mais aussi par son futur. Car l’évolution d’une situation repose sur des possibilités. Dans le feu de l’action, la plupart n’ont aucune idée de ce qui est possible mais certain trouvent des solutions. Par ailleurs, des innovations inattendues et des mouvements sociaux imprévisibles viennent se greffer à un processus historique. Si bien que rétroactivement, on comprend que ce qui a pu sortir les pays d’une crise ne tient pas au miracle mais à des possibilités qui ont réussi parce qu’elles ont été mises en œuvre. Ainsi, la crise de 1929 fut liée aux égarements de la finance, aux erreurs d’intervention, à un dispositif productif mal consolidés, à une absence de mécanismes compensateurs et régulateurs. La chute de la production a été impressionnante par son ampleur et surtout sa durée. 15 ans de labeur ont été nécessaire pour que les Etats-Unis en viennent à bout et partent sur des fondamentaux plus sûrs. Europe et Japon ont emboîté le pas.
En 2008, la situation est différente. L’économie est consolidée mais la crise se fait sentir au niveau des institutions financières qui ne peuvent plus trouver des dispositifs de rendement à court terme. On a dit que le dispositif des fonds à risque était capable de dynamiser l’économie. Cette époque semble achevée. La bourse, l’immobilier, l’art, tout a été essayé. Il ne reste plus que les matières premières. Et quand le round sera achevé, il n’y aura plus que la drogue et le trafic d’organes pour satisfaire l’appétit des financiers. Bon, il reste quand même les marchés asiatiques. Mais les bourses sont déjà secouées par les appétits locaux. Un Chinois ressemble à un Américain. S’il peut placer 10 sous pour en obtenir 12 l’année suivante, il le fera.
Mais
le principe du profit c’est aussi de favoriser l’innovation et la productions
de biens accessibles à tous, du moins ceux qui sont solvables. Or, l’économie
donne des signes de faiblesse. Et le choc est à la fois psychologique, autant
sinon plus qu’économique. Prenons les années 1960. La croissance était
importante et partagée par presque tous. Les gens, à peine remis de la guerre,
ont vu leur niveau de vie augmenter d’une manière plus importante qu’ils n’espéraient.
D’où ce sentiment positif. Actuellement, le niveau de vie est trois fois plus
élevé mais il stagne, alors que les « gens » exigent un progrès que
ne peut plus fournir le système. Et les « gens » ont un sentiment
négatif. En fait, il existe deux processus inverses sur le marché. Premièrement,
ce qu’on appelle démocratisation des biens de consommation. Un type de produit
voit son prix baisser, alors que les revenus moyens augmentent. Au final, le
nombre d’accédant à ce type de produit est en augmentation constante. Ce fut le
cas de la plupart des biens produits pendant les Trente Glorieuses et même
après. Machine à laver, télévision, transport aérien, ordinateur personnel,
automobile, magnétophone, chaîne stéréo, tous ces biens se sont démocratisées
depuis 1950. Deuxièmement. Récemment, on a assisté à une tendance
inverse. Prenons les automobiles. Entre la sophistication des modèles et le
coût de l’entretien, l’accès à l’automobile n’a plus suivi le processus de
démocratisation et ce n’est que grâce au marché de l’occasion et à la
débrouille que les bas revenus peuvent avoir un véhicule personnel. Le prix de
l’essence ne peut que renchérir le phénomène. Le marché de la télévision a subi
aussi une tendance similaire. Mais c’est dû à un changement de technologie.
Alors qu’un écran cathodique de 70 cm aurait pu se vendre pour 300 euros, il
faut débourser plus du double pour disposer de l’équivalent en technologie LCD
ou bien en plasma. La distribution ne commercialise plus que des écrans plats
et on comprend pourquoi, puisque les marges sont largement supérieures. L’accès
à la propriété a aussi subi cette tendance élitaire, tout comme par exemple la
location des gîtes pour les vacances. Les prix ont explosé depuis une décennie A
la « consommation démocratique », on doit opposer une tendance
inverse, celle de la « consommation élitaire ». A noter l’effet
de la mondialisation qui dans les pays avancés favorise la consommation
démocratique grâce à l’importation de produits manufacturés à bas prix. C’est
notamment le cas pour l’habillement. Mais l’inflation dans les pays émergents
va infléchir ce processus.
Compte tenu de la conjoncture actuelle, il semblerait que les sociétés en pointe ne puissent plus progresser, sauf élitairement. La marge de manœuvre se rétrécit d’année en année. Il faut être naïf pour croire qu’on peut aller chercher la croissance en faisant des réformes. Je parle évidemment d’une croissance au service d’une « consommation démocratique ». Le mur du progrès se dresse. Vivre mieux avec plus de moyens est devenu un luxe accessible à une minorité. Vivre mieux ensemble en gérant les moyens est devenu une évidence accessible à une majorité. Le but de la minorité étant de faire croire à la majorité qu’elle peut s’en sortir. La faiblesse de la majorité étant de tout miser sur le matériel et l’arrangement dans un système qui lui est défavorable dans la moyenne mais laisse gagner quelques-uns. Bref, de vouloir faire comme la classe minoritaire en épousant ses codes, un classique de la sociologie ! Le prototype du système actuel c’est la Française des jeux. Beaucoup de petits gagnants, autant de petits perdants, de rares gagnants et une structure qui vit du système avec quelques cadres bien payés mais moins que les supers gagnants. Le système, plein de travailleurs, les uns s’en tirent, les autres sont à la peine. Un Etat et une Finance gèrent l’ensemble. Les hauts fonctionnaires, administrateurs, investisseurs, professions faussement libérales et cadres sup en vivent très bien et quelques stars empochent de gros gains, Boon, Clooney, Carey, Zidane, Madonna, Clinton...
Le choc qui arrive, c’est celui d’une « croissance qui n’est pas démocratique ». Le concept est parfaitement ficelé. Démos, le peuple, kratos le pouvoir. Croissance démocratique, pouvoir d’achat qui augmente pour tous, qui se répartit équitablement. Or, ce n’est plus le cas depuis une bonne décennie sinon plus. Diverses raisons, mais essentiellement, la structure de répartition des revenus, de production des profit et d’autre part, la technologie galopante qui impose ses innovations et qui pour se vendre, nécessite une croissance non démocratique. A cela s’ajoute maintenant une tension sur les matières premières et agricoles. La rareté fait monter les enchères. Malheur à ceux qui ne sont pas solvables. Le choc sera terrible, pour les pauvres des pays pauvres. Le choc sera mal vécu, pour les pauvres des pays riches. Emeutes de la faim chez les uns et qui sait, insurrection du pouvoir d’achat chez les autres.
Trois évolutions sont envisageables chez nous. 1 Un long désenchantement, une résignation, un consensus de la population pour exister et survivre sans grand espoir avec les peines et les petits plaisirs accessibles, une morosité, un lent déclin, comme l’Empire romain, peu d’enthousiasme sauf pour ceux qui ont les moyens. Peu d’innovation, moins de solidarité, société aride, sèche, sans esprit et sans âme. 2 Les gens n’en pouvant plus, étranglés par le pouvoir d’achat en berne, on assiste à des insurrections, des résistances, des incivilités contre une hiérarchie et des classes supérieures jugées à la fois responsables de la situation et incompétentes. Un chaos social qui ne peut qu’amener un régime autoritaire et policier, une surveillance accrue pour protéger les points sensibles et faire fonctionner toute cette machine sans laquelle les élites minoritaires ne peuvent prospérer. 3 Une transformation du système avec quelques mesures fortes qui vont permettre à la croissance de s’infléchir dans un sens démocratique et une nouvelle société où la vie politique, intellectuelle, culturelle, sociale, sera florissante, du moins on devrait l’espérer. |
Ce titre, je l’ai choisi avant même de connaître la teneur de la grande démonstration au décor façonné par les magiciens du plateau, conformément au précepte de la magie des images qu’on voit appliqué dans des séquences sur le foot, les variétés ou bien le millionnaire le samedi sur la trois. La télé joue le clinquant. Mais il n’y aura pas de jeu de lumière diffractée pour filmer Sarkozy. En fait, il n’y aura rien, juste une sobriété et on comprendra que cette soirée est un non-événement qui n’apporte rien et que tout le monde va commenter le lendemain.
Un indice. François Fillon a déclaré, avant la soirée médiatique, qu’il attendait du président qu’il donne la feuille de route pour les prochains mois. C’est étrange. François Fillon devant sa télé pour s’informer des prochaines réformes. A moins qu’il ne s’agisse d’une fausse boutade qu’on va transcrire ainsi. Fillon à Sarkozy : « à toi d’assumer, tu nous as mis dans le merdier avec tes réformes, alors donne officiellement ta feuille de route aux Français, comme ça, devant 20 millions de témoins, tu seras le seul responsable si dans un an c’est encore le merdier ».
Le boulet que Sarkozy traîne, ce sont ses promesses de campagne. La politique est en porte-à-faux, la société aussi, mais, pour se faire élire, il faut savoir en jouer. Faire monter l’adrénaline et la coke des jours meilleurs. Après, la réalité reprend le dessus et la descente est rude. Voilà à peu près le ressort du Sarkozy face à son peuple. Une conjoncture mauvaise. Et toutes ces réformes qui n’auront que guère d’effet sur le cours économique et productif de la France. Tout au plus, on aura fait serrer la ceinture à quelques-uns, déplacé quelques pièces de la fonction publique, supprimé des fonctionnaires, mais la réalité rattrape la fiction et la politique n’est plus une fiction.
Il y a deux problèmes majeurs, ceux portant sur les moyens et ceux portant sur la conscience et l’esprit des gens. Dieu merci, la politique ne s’occupe pour l’essentiel que des moyens. La France, comme du reste le monde avancé, est arrivé au seuil d’un second mur. Le premier, ce fut autour de 1995, au moment des grandes grèves. Les Français, du moins les intégrés, les classes moyennes, avaient pris conscience que leurs enfants vivraient moins bien qu’eux. Ce sentiment fut partagé avec les Japonais. Le second choc du progrès arrive maintenant. Cette fois, ce n’est pas le destin matériel de la prochaine génération qui est mis à mal, mais l’évolution de celui de la génération actuelle. Inutile de préciser qu’il est question du pouvoir d’achat et des conséquences de la crise financière. Pour le reste, les causes sont plus profondes. Inaccessibles à une solution démocratique jouée sur un registre populiste. L’économie est en crise, la société aussi. Un seuil dans les bienfaits du progrès matériel a été atteint. C’est exactement le thème dominant qui a donné la teinte de la causerie entre le président Sarkozy et cinq journalistes. Un thème qui jamais n’aura été affronté directement car le mur est sévère. Alors, comme on dit, les joueurs ont botté en touche, tournant le dos au mur. Cette émission a signé une non-rencontre entre des Français qui attendent trop de la politique et s’en font une fausse idée et un président qui a quelques idées, mais qui ne peut pas briser les chaînes d’un système et, d’ailleurs, les gens ne sont pas prêts à briser les leurs. Donc, match nul. La France reste enchaînée à son marasme. Telle sera la conclusion d’une heure et demie de conversation très clean entre le président et la presse.
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Place au spectacle. 20 h 15 pétantes. L’Histoire. Selon Sarkozy, la France s’est endormie depuis vingt-cinq ans. Les travailleurs apprécieront, les analystes aussi, ceux qui savent que la France s’est profondément transformée et que la productivité est l’une des meilleures au monde. Et Sarkozy de jouer la défausse, de faire croire qu’ailleurs l’herbe est plus verte et que d’autres pays ont fait des réformes indispensables. Et puis l’allusion à Alzheimer, une manière de détourner les regards. Sarkozy attaque visiblement, pour ensuite jouer les Caliméros et plaider sa bonne foi et sa volonté de bouger la cinquième puissance mondiale. Et de jouer encore sur ce mythe d’un président élu pour changer la France d’ici cinq ans. Mais la défense (ou l’attaque) est bonne, le baril fort, l’euro fort, les subprimes fortes, que peut-on y faire dit notre président. La réforme est indispensable. Mais les chiffres du chômage sont bons. Paraît-il. Sarkozy a lancé 55 réformes. Il faut, il faut, il faut, bachelier, formation professionnelle, contrats de travail...
PPDA, question d’une incommensurable subtilité. Avez-vous changé ? Bien oui, dit Sarkozy et, d’ailleurs, il le faut, ne serait-ce que pour prendre les bonnes décisions quand le Ponant est pris en otage. Place au pouvoir d’achat, la faute c’est le manque de concurrence. Et, une fois de plus, l’appel aux chiffres. 5 milliards 500 mille euros distribués en heures sup. Et la même rengaine, la France ne travaille pas assez. Bref, numéro classique de bonimentation et d’autosatisfaction. Et de trompe-l’œil, comme l’AAH qui aurait été augmentée cette année alors que c’est prévu pour octobre. Nous voilà prêt pour une longue séquence de discussions sur les chiffres les heures sup et... Bravo Monsieur le président, vous êtes un bon marchand de tapis. Avec même un côté Robin des bois, celui qui va batailler contre les grandes surfaces pour redonner aux Français le pouvoir d’achat dont ils ont été spoliés par les méchants distributeurs, ces pilleurs d’argent qui montent les étiquettes. Et ça continue, discours de marchand de tapis, le paquet fiscal, le bouclier fiscal. On aurait dit une causerie dans une transaction immobilière où le vendeur défend le potentiel de son bien et où le client pointe les travaux à faire et la situation du marché. Dans le rôle des clients, Mme Ogier, M. Pujadas, M. PPDA, avocats des Français, et on dépense ci et ça, les riches et ci, les déficits et ça, les heures sup qui dépensent ici et les riches qui dépensent là-bas. Et le mythe des 35 heures comme une catastrophe et la valeur du travail qu’il faut réhabiliter. Le même motif développé comme pendant la campagne ; c’était avec la joie en 2007 et, maintenant, avec la tristesse en 2008.
Pourtant, quand Sarkozy parle du RSA et de la prime pour l’emploi, ça sonne plus juste, plus authentique. Il ne faut pas tout jeter. La question de la dette est aussi légitime. Et les réformes du personnel de la fonction publique (et j’ajoute des collectivités locales) sont justifiées, sauf que l’obsession des chiffres est toujours présente et que le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux est pour le moins arbitraire. On dirait une formule magique. La suite, une conversation très attendue sur des sujets déjà balisés. Rien de neuf. Une émission pour rien, inutile, comme un cours dans un amphi qu’on redonne pour ceux qui n’étaient pas présents lors de la dernière séance. Rien de nouveau. Sarkozy n’a rien apporté de neuf, juste rappelé quelques évidences sur l’économie, la fonction publique, les retraites, la situation de la France dans la mondialisation.
Yves Calvi entre en scène. Ce journaliste maintenant aguerri dénote, mais qui s’étonne ? Calvi, qui officie depuis des années sur la cinq, est le plus doué de sa génération, un vrai pro qui connaît ses dossiers et bosse les questions comme aucun autre. L’échange a été intéressant, trop bref sans doute. Sans plus. Mais conférant à cette soirée quelques souvenirs des soirées politiques qu’on a connues il y a vingt ans. La fin de l’émission, consacrée à la politique étrangère, n’apporte rien. Les véritables enjeux géopolitiques ont été esquivés, contournés, escamotés, au profit de quelques points de détails sur le Tibet et Ingrid et aussi l’Afghanistan, thème sur lequel on ne peut qu’approuver le président sur le principe de la condamnation des talibans, mais qui a créé les conditions pour qu’ils apparaissent ?
Au nom du développement durable, que de réunions politiques, scientifiques, congrès et aussi annonce médiatiques, communication d’élus et de responsables de partis, mesures concrètes mais n’y a-t-il pas dans toute cette agitation une bonne part de dérives idéologiques et politiques? Parlons-en à travers quelques faits précis, au risque de choquer les puristes des vérités durables.
Histoire
de jouer cartes sur table, voici l’hypothèse que je propose. Celle d’une dérive
idéologique d’un concept dont le ressort est hérité des années 1970. Un peu
comme le soviétisme est une déviation du marxisme. Une propagande tente de
faire entrer des idées fausses ou non avérées dans l’esprit des citoyens.
Notamment les impacts de l’activité humaine sur le climat. La manipulation est
du même ressort que pour l’affaire Lyssenko. Une science instrumentalisée au
service de l’idéologie. J’ose prétendre que pour une bonne part, les discours
scientifiques et politiques servent des intérêts idéologiques et commerciaux
sans reposer sur des preuves scientifiques intangibles. C’est même le
contraire. On tente de faire cadrer les données scientifiques avec un catastrophisme
climatique. J’en ai la conviction. Alors, je livre quelques éléments dans ce
papier qui me vaudra sans doute d’être lynché. Un
léger rappel Le développement durable est une notion apparue dans le
vocabulaire des élites intellectuelle en 1987. En gros, l’idée est de prendre
soin de la planète et de léguer aux générations futures un monde habitable.
Déjà dans les années 1960, le club de Rome s’inquiétait des conséquences de la
croissance économique effrénée. Puis la notion d’éco-développement a été
suggérée pendant les années 1970. L’heure était déjà à l’écologie, dans un sens
politique mais aussi culturel. Bref, une contestation sociale plutôt
sympathique. Mais en 2008, le développement durable est devenu une affaire de
propagande politicienne ciblant les citoyens occidentaux, semant des craintes,
de quoi faire tenir tranquilles les gens et les détourner des vrais problèmes
économiques. Tout en offrant à quelques-uns des sources de revenus et de
profit. C’est le cas des voitures hybrides. La
voiture hybride Elle est
présentée avec le label développement durable. Certes, utilisée en ville, elle
ne pollue pas, mais au niveau du bilan énergétique le compte n’y est pas. On
croit que l’électricité est une énergie propre. C’est faux. Pour assurer la
demande en électricité, les fournisseurs sont obligés de maintenir en l’état
de marche des centrales thermiques, celles qui brûlent du charbon ou du
pétrole. Si bien que le développement du parc hybride ne réduira pas les gaz à
effet de serre. C’est même le contraire. Calculez le rendement pour transformer
l’énergie thermique en énergie électrique, puis l’électrique en mécanique et
comparez avec le rendement d’un moteur à essence. Cela dit, le véhicule
hybride, c’est une source de profit pour les constructeurs et ça en jette au
manant. Les mairies sont fières de montrer leurs véhicules électriques. Avant,
le notable devait s’afficher à la messe du dimanche. Maintenant, il lui suffit
de se montrer à cheval sur son vélo ou conduisant un véhicule hybride. En
conclusion, il n’y a qu’une seule vérité. Le véhicule hybride ne réduit les
émissions de CO2 que dans un contexte où 100 % de l’énergie électrique produite
est d’origine nucléaire ou renouvelable (solaire, houille blanche, éoliennes...) La
montée du niveau des océans Quelques documentaires ont évoqué des scénarios catastrophe,
du genre New York en partie sous les eaux après une montée du niveau des océans
de 5 à 10 mètres. Ces anticipations sont bien ficelées, crédibles auprès d’un
large public. Pourtant, la raison se demande pourquoi on présente un futur
incertain, établi sur la base de modèles et de calculs souvent arbitraires,
alors qu’on dispose de chiffres fiables sur la montée du niveau des océans.
S’il y avait vraiment une raison de s’inquiéter, ce serait en examinant les
mesures qui, elles, sont incontestables. Il existe en effet deux satellites qui
permettent de mesurer avec une précision de l’ordre du cm le niveau des mers,
et ce depuis près de 15 ans. Les scientifiques vulgarisateurs n’ont pas l’air
très empressés de fournir les résultats, qu’on trouve difficilement sur le Net,
en utilisant le célèbre moteur de recherche. Une première courbe montre
qu’entre 1992 et 2001, le niveau moyen des océans est resté stable, avec deux
fluctuations de l’ordre de 5 centimètres, l’une en positif, l’autre en négatif.
D’autres images disponibles confirment ces résultats, tout en montrant que le
niveau des océans n’a pratiquement pas bougé entre 2000 et 2006. Et qu’il
existe quelques variations locales mais minimes en amplitudes. Alors, il
faudrait vraiment que la nature nous surprenne pour une montée justifiant qu’on
sonne le tocsin de l’altimètre. Cela dit, quelques gros blocs de glaces se
décollent de l’antarctique. Wait and see. Le
réchauffement de la planète
Qu’en est-il ? Calculer une température moyenne est délicat mais 1998 a
été jugée année la plus chaude du siècle. En un siècle, la température aurait
augmenté d’un degré. La hantise des scientifiques, c’est l’effet de serre dû
aux rejets de CO2. Indépendamment de cet aspect scientifique, un phénomène, non
pas atmosphérique mais médiatique, a alerté ma vigilance rationnelle. Sur le
Net, des dizaines de sites ont relayé cette information sur des « taux de
CO2 dans l’atmosphère » s’élevant plus vite que prévu. Vous avez bien lu,
il est question de taux dans l’atmosphère, alors que si on lit les dépêches, on
s’aperçoit que c’est le rejet de CO2 qui a augmenté plus vite que prévu. L’effet de serre ne dépend pas des rejets mais du
taux. Simple à comprendre. Si les rejets sont absorbés, par les végétaux, par les
océans, le taux n’augmente pas autant qu’on peut le prévoir. Et c’est
d’ailleurs ce qu’on constate en analysant les données exactes mesurées au
sommet de Hawaï, là où se situe la référence en matière de mesure d’évolution
du taux de CO2. L’évolution linéaire du taux mesuré (sur 50 ans) ne suit pas
l’évolution exponentielle des rejets de CO2 ! En utilisant un moteur de
recherche, on trouve deux types d’infos. Les unes évoquant cette fausse
augmentation imprévue de CO2 et les autres dénonçant un alarmisme écologique.
Ayant suivi un peu le phénomène sur la toile, mon flair a détecté un
renversement de tendance et la prise de conscience d’une manipulation de
l’opinion sur ces sujets. Dès qu’il y a une tromperie sur la présentation des
réalités, vous pouvez soupçonner une vente forcée. 20% de réduction sur un
produit vendu 30 % au dessus du prix raisonnable et vous signez. En matière de
développement durable, le pli est tel que toutes les astuces pour vous vendre
une idée sur l’avenir maussade sont utilisées. Faut-il
s’alarmer ? L’obsession
du CO2 Le gouvernement
vient d’instaurer un malus sur les véhicules émettant un taux élevé de CO2.
Est-ce que cette mesure aura un impact ? Nenni. C’est une arnaque de plus.
Le seul effet, c’est de favoriser légèrement la vente de voiture française car
les allemandes sont censées être d’une motorisation de plus haut niveau. Et
encore. L’autre effet, c’est de rétablir une taxation sur les véhicules
standing reversée aux petites voitures. Ce qui n’est pas un mal mais plutôt un
signe de justice fiscale, comme au bon vieux temps de la vignette. Mais pour ce
qui est du pétrole brûlé, aucune taxe n’arrêtera le processus. Ce qui limite le
taux de CO2, c’est pour l’essentiel le prix du baril, du charbon et surtout les
capacités productives. Pour le reste, c’est une question de technique
industrielle. On peut imaginer des dispositifs pour piéger les émissions de CO2
dans des usines. Sur une automobile ou un avion, c’est bien improbable. Et
puis, quelle imposture que de culpabiliser les gens sur les émissions de CO2
alors que dans le même temps, la production de jets privés ne cesse d’augmenter
et que d’autre part, les échanges commerciaux imposent des navires sur les mers
et des camions sur les routes. A moins de ne plus consommer, il n’y a pas de
solution. Cessons cette obsession du CO2 et démasquons ces faux-culs qui pour
quelques euros de taxes, se considèrent comme en règle avec l’écologie, un peu
comme les notables du 19ème siècles se sentaient en règle avec l’Eglise
après avoir versé l’obole au sacristain. Soyons
mécréants avec raison ! Quelle est cette servitude des scientifiques,
intellectuels et médiarques, agissant sur l’opinion pour la détourner des lieux
où des décisions sages pourraient être prises si les gouvernants refusaient de
servir (et se servir) des faiseurs de profits financiers captés par une caste
mondialisée ? Ces notables de Stockholm ayant offert le Nobel à Al Gore,
est-ce bien raisonnable ? Ah, cette religion du développement durable,
elle a ses préceptes. Un bon ignorant, à qui on envoie une arnaque dans une
oreille, se doit de tendre l’autre pour montrer qu’il est prêt à se faire
arnaquer une seconde fois. Il m’est arrivé, lors d’une kermesse municipale,
d’assister à une prestation orale du chargé au développement durable, employé
de mairie. J’ai entendu tous les poncifs dignes d’un cours niveau
collège ; et je me suis dit que cette homélie écologique est pire que les
prêches qu’il m’arrive parfois d’écouter le dimanche matin sur la deux. C’est même
l’inverse. Les propos tirés des Evangiles me rendent intelligent, porté vers
des questions humaines et existentielles, pas comme avec ces litanies du CO2
que nous assènent ces portes-paroles de la religion durable. Ces commerciaux en
composteurs et collecteurs d’eau bénite durablement recyclée du ciel. Le
principe du développement durable étant de léguer un monde vivable et viable
aux générations futures, je pense que le paquet doit être mis sur la politique
et les rapports humains, sur l’équité économique. Les problèmes qui arrivent
doivent être absorbés pour une part avec la sagesse philosophique,
l’intelligence existentielle, pour une autre part avec le politique qui,
exercée par les gouvernants sous la volonté éclairée des citoyens, doit
s’essayer à régler ces questions d’ordre démographique et économique. Faire que
le système ne soit pas dévoyé au profit d’une caste mondiale. Faire aussi que
nous léguions à nos enfants des valeurs, des œuvres, une culture, des savoirs,
une sagesse ; un monde qui ne soit pas une dictature policière, une jungle
sauvage avec ses esclaves surveillés et ses tyrans de l’élite, prédateurs des
ressources humaines mondiales. C’est cela qui importe, un système de
civilisation et de liberté, c’est un bien plus précieux qu’un ou deux degrés
Celsius. Et c’est ce que je veux léguer à nos enfants !
Alors qu’Hillary Clinton tente de réduire son retard dans les primaires démocrates, on découvre l’existence d’un comité français soutenant son adversaire Barack Obama. Il n’y a rien de scandaleux, mais sans doute matière à s’interroger sur cet étrange phénomène local. Etant entendu que la France n’est qu’une petite province du monde, mais riche d’une belle histoire et, naguère, douée d’un rayonnement culturel incontestable. Ce n’est plus le cas maintenant. Pourquoi nos élites se sont-elles prises d’admiration pour celui qui, actuellement, n’est même pas le candidat officialisé à la présidence ?
Admiration, le mot est lâché. On pourrait dire espérance, foi, croyance, confiance et même dévotion. Car, bien évidemment, comme le souligne l’une des célébrités du comité d’honneur, Pierre Bergé, il n’y a aucune naïveté dans l’espoir que cette démarche ait un impact sur le résultat final. Soutenir Obama, c’est comme prier à l’église. Nulle retombée concrète, pas de calcul en vue. Il n’y a rien à gagner pour les membres du comité dans cette histoire. Notre kermesse politique est achevée. Les prébendes ont été distribuées. Eric Besson a eu l’un des meilleurs lots, avec Georges-Marc Benamous. Il faut voir dans ces soutiens la traduction d’une ferveur, une manière d’afficher ses convictions comme le dit Bergé. Quant à Olivier Duhamel, il n’économise pas ses formules égrenées en germe de panégyrique ; poussant l’admiration en voyant dans une possible élection d’un Noir à la Maison-Blanche un événement d’une importance exceptionnelle et même un choc dans l’histoire mondiale. Un « événement colossal », dit-il, annonçant un changement de politique. La déléguée démocrate Constance Borde pense qu’« Obama est le mieux équipé pour nous mener vers un autre monde ». Nous l’avons, notre Moïse, capable de soulever les eaux de la mer des subprimes et l’étang de la récession.
Parmi les personnalités du comité d’honneur, on trouve aussi Bernard-Henri Lévy, Frédéric Mitterrand (le webmaster doit être Américain, comme d’ailleurs le jeune étudiant à l’origine de ce comité), Sonia Rykiel et toute une kyrielle de politiciens et intellos de gauche, de Daniel Cohn-Bendit à Marie-Georges Buffet, des Verts au PC avec une grosse délégation du PS. Et puis, quelques personnalités appartenant à la majorité, comme Axel Poniatowski, fils de, président de la Commission des affaires étrangères à l’Assemblée, ne tarissant pas d’éloge sur Obama qu’il juge intelligent, jeune, charismatique et porteur d’une nouvelle image de l’Amérique. Bref, tout un programme. A ce comité s’ajoute une liste de personnalités ayant exprimé dans la presse leur soutien à Obama. On y trouve beaucoup de membres de la majorité, ce qui en dit long et confirme la poussée d’Obama dans les Etats ancrés à droite. Et, chose incroyable, le super-atlantiste Pierre Lelouche est aux côtés du communiste Maxime Gremetz. Si, si, c’est vrai, au risque de faire passer cette démarche de soutien comme une énorme farce que même pas Dario Fo aurait imaginée tant c’est gros... ou grotesque ? Il ne manque que Marine Le Pen et Olivier Besancenot pour achever la liste.
On ne le dira pas assez, cette adhésion, cet engouement de politiciens et intellectuels pour un candidat aux primaires américaines est sans précédent en France. Une liste impressionnante, contrastant avec la désaffection témoignée à l’égard des deux autres protagonistes, Mme Clinton encore en course pour l’investiture et M. McCain, républicain candidat à la présidence le 4 novembre 2008. Il serait intéressant de visiter ce qui se passe dans la tête de ces gens. De quoi cette vénération est-elle le signe ?
Supposons que l’Amérique joue une sorte de miroir de nos craintes et nos espérances. A travers l’élection possible d’Obama, nos politiciens ont le sentiment de vivre par procuration un événement contrastant avec la morosité de l’Europe, avec le marasme politique pesant. Comme si Obama était perçu comme un homme providentiel dans un monde devenu incertain. Et un ressort éventuel pour sortir l’Europe de ses incertitudes. Obama, à l’état civil, un métis, « noircisé » pour la bonne cause idéologique. Ils peuvent bien rêver et vivre par procuration l’arrivée au pouvoir de la « négritude » aux States, nos politiciens dont les partis ont démissionné dès lors qu’il fallait ouvrir les listes aux représentants des minorités ethniques. Pleutres. Retardataires. Les Socialistes en tête. A quand Obama au Panthéon, aux côtés de Césaire ? Que d’hypocrites, croyant que le rêve d’Obama va les exonérer de leurs responsabilités et les décomplexer. Car la décomplexion du politique semble être à la mode. On comprend cette dévotion. D’ailleurs, nos élites se prenant d’admiration pour le phénomène Obama me paraissent trouver là un exutoire pour fuir les réalités et ne pas voir le piètre résultat de leurs actions et discours ici en France. Ils peuvent bien rêver et s’inventer un nouvel élan, dans une France qu’ils ont délaissées et dont on voit le piètre état en ce moment.
Obama suscite quelques croyances d’ordre religieux et idéologique sans aucune idéologie. Il est la dernière cartouche de ceux qui croient encore au grand soir, de droite ou de gauche. Il est le représentant de l’ultime farce à laquelle se prêtent nos élites. Prenons Jack Lang, déjà en délicatesse avec les valeurs, ayant dansé aux côtés d’un dictateur africain quitte à devenir la honte des Lumières. Lang fasciné par Obama parce qu’il transcende les clivages entre gauche et droite. Mais Obama ne transcende rien. C’est juste un homme du centre, un Bayrou américain qui réussit parce qu’il a un charisme fou et sait louvoyer sur des fibres sensibles. Et c’est sacrément irresponsable que de croire en un salut du monde par cette fausse transcendance qui n’est en vérité qu’un neutralisme pragmatique visant à maintenir la domination des uns sur les autres en travestissant le procédé par des effets de nouveauté. Bref, Lang est comme beaucoup dans son camp un Sans-culotte dans une non-révolution et, d’ailleurs, il n’a plus de culotte depuis qu’il l’a baissée en dansant devant un dictateur, montrant son vrai visage de flagorneur devant les puissants. Adieu Djack et bon débarras !
La politique sait encore discerner les valeurs et ne peut souffrir cette dévotion en une providence faussement transcendante, mais qui a tout d’une séduction populiste menée par une bête de scène politique. Les puissants règnent, avec la complicité des masses et le relais du populisme médiatique. Ce n’est pas en jouant dans cette cour des miracles iconiques que le monde progressera. La confrontation des valeurs et des programmes a encore un sens, accessible à la raison. Toute cette caste politique et intellectuelle qui vénère Obama se fourre le doigt dans l’œil. Le monde est déséquilibré de ses excès dans les pouvoirs financiers et médiatiques. Fascination des images et du clinquant, des technologies et du profit. Le neutralisme politique est une erreur historique. Les structures de gouvernement agissent dans un sens orienté, notamment en défendant les puissants et les détenteurs de capitaux, les élites économiques contre les populations en précarité. Il appartient à la dignité de la gauche de revendiquer un rééquilibrage, une politique juste, éthique. Mais je doute que ceux qui soutiennent Obama officiellement soient de gauche. BHL, F. Mitterrand, Lang et Bergé de gauche ? Quelle bonne blague !
Les soutiens d’Obama peuvent bien louer la nouveauté, s’y croire, ils ne pourront s’exonérer d’une critique de la raison dès lors qu’il faut réfléchir à cette campagne. On entend dire çà et là qu’il faut en finir avec l’establishment politique en liquidant Hillary. N’oublions pas que l’Amérique est partiellement une ploutocratie. L’establishment réel, c’est celui de l’argent. Et, là, c’est Obama qui a levé les fonds les plus volumineux et qui lui ont servi à mener la course en tête. Oui, mais n’est-ce pas le meilleur s’il a levé ces fonds ? Peut-être, dans sa manière d’incarner la fonction. Le type est charismatique. Un excellent show man, rappelant Sarkozy et un peu Royal. C’est ce que nos élites aiment en lui. Charismatique, comme les télé-évangélistes qui, en galvanisant les foules, ramassent un tas de fric. Obama, c’est un peu ça. Un type super doué, mais qui, selon les canons rationnels de la politique, peut très bien se révéler comme un habile politicien maintenant le système dans sa continuité. Et toutes nos élites françaises seraient tombées dans le piège ? C’est possible puisque comme je l’ai dit, la France est un naufrage.
Alors, naviguant sur une bouée, je préfère soutenir Hillary Clinton qui, sur le fond, paraît plus proche des réalités sociales, plus « typée à gauche » selon les analystes. Je préfère cette grande dame, parfois guindée, même si elle vient des classes aisées, à celui que je vois comme le meilleur des acteurs dans un monde avide de sensations et d’émotions. Nos élites sont peut-être en voie de décomposition. Sacrifiant la raison sur l’autel de faux symboles. Soutenir Hillary n’aura aucun impact sur les élections américaines, mais c’est l’occasion de marquer une différence contre ce consensus trop large pour être crédible. La politique française a perdu ses repères, surtout à gauche. Et c’est mon dernier mot !
Le 21 avril au soir, lors du journal de 19 heures, la station Europe 1 annonce la mort de Pascal Sevran, en évoquant des sources sûres. Puis c’est Ruquier qui enchaîne. Si vous voyez dans la fenêtre des articles les plus lus d’Agoravox un vieux papier sur Sevran daté d’il y a un an, c’est à cause de ce buzz médiatique. Les internautes se sont rués sur les nouvelles. Cet épisode médiatique restera sans doute comme un des signes les plus retentissants des dérives médiatiques contemporaines annonçant que le journalisme est sur la pente du naufrage. Eh oui, cette profession a mal vieilli et donne des signes de faiblesse, cherchant à tout prix le scoop, comme un certain Airy Routier dont le nom prononcé dans les cercles médiatiques fait le même effet que celui d’André Rieu à l’Opéra de Paris où à l’Académie de Rome. Le scoop revient à annoncer un événement dont on a l’exclusivité et dont les autres ne disposent pas. Cette pratique est parfois ficelée et les parties en profitent. C’est de bonne guerre marchande. Tout économiste sait que l’un des principes essentiels pour faire de bonnes affaires est de jouer sur la rareté. Quand on n’est pas galeriste ni antiquaire et qu’on ne peut pas espérer tomber sur une belle pièce, alors on s’arrange. Moyennant un contrat juteux, un média peut avoir le privilège d’échanger quelques mots avec une célébrité, prendre des photos et publier un reportage qui permettra d’augmenter les ventes. Ces pratiques sont courantes. Ce ne sont pas des vrais scoops, mais plutôt des exclusivités.
Le scoop repose sur la possibilité d’être sur les lieux d’un événement et de pouvoir en tirer un enregistrement, sous forme de photo, de bande son ou encore mieux, de vidéo. Ensuite, tout dépend de la valeur que la coterie médiatique accorde à l’événement, en fonction de son côté pittoresque et de la notoriété des célébrités. G. W. Bush se grattant une crotte de nez n’a pas une grande valeur. Plus exquise est Rachida Dati racontant que Borloo ronfle et pue des pieds. Ce genre de scoop est du pain béni pour les émissions de Ruquier ou Ardisson. Et que penser d’un type qui dans le WTC aurait pu filmer de près l’événement, l’encastrement du boeing dans une des tours, les paniques des gens, puis décamper du lieu pour sauver sa peau et, surtout, le précieux film. Pour sûr, en monnayant son document, ce type aurait pu assurer la fin de ses jours. Voilà ce qu’est un vrai scoop. Il faut avoir la chance d’être sur un événement, ou bien provoquer cette chance en jouant sur son flair et ses réseaux d’informations.
Les sources sûres, ah, ces fameuses sources, ces indicateurs, à qui l’on doit respect et protection quand il s’agit de révéler des trafics d’armes, des escroqueries politiques, des blanchiments d’argent sale. Ces investigations sont devenues risquées comme l’a confessé Denis Robert qui du reste, n’est pas tendre pour la profession, reconnaissant que, dans cette course, il n’y a pas d’amis ni de soutien et que chacun cherche à être le premier. Mais il y a d’autres sources, faisant dans le people et l’insignifiant. On a connu le SMS de Cécilia, avec le diffuseur du scoop jurant ses grands dieux que sa source était infaillible, tout en reconnaissant ne pas avoir eu entre ses mains la preuve de l’existence de la pièce à conviction. Rien ne nous étonne, dans ce milieu, nombre sont en délicatesse avec ce mot si vénéré il y a quinze ans, faisant l’objet de débats au sein d’une profession se sentant déjà basculer dans la médiocrité pour ne pas dire la malhonnêteté. Retenons ce mot, il fait partie du passé, dé-on-to-lo-gie ! Un mot bien évidemment absent pour qualifier ceux qui ont annoncé la mort de Pascal Sevran et, de ce fait, compte tenu de l’énorme bourde, se dévoilent dans leur posture de vautours tournant autour de ce présentateur dont on se doute bien que la mort est prochaine. Les pourvoyeurs de scoop rodent autour de cette mort, alimentant en SMS le réseau et le journaliste Morandini, pris au piège lui aussi, de confirmer avoir reçu plusieurs SMS annonçant dès 18 h 50 le décès de Sevran, avant la déclaration d’Europe 1. Et quelques autres de relayer la fausse mort ; on imagine le pire s’il n’y avait pas eu un démenti rapide. L’annonce au JT et Sevran devant sa télé, regardant la nécro que sa chaîne lui a concoctée. Revenons vers 19 h 15.
Laurent Ruquier, informé par son oreillette grâce aux bons soins de ses collaborateurs, relaie l’info qui est de source sûre, puisque venant d’Europe 1 et Morandini qui la relaie ensuite parce que l’info vient de France 2, là où officiait Sevran. C’est l’effet domino. Comme dans les subprimes. On se passe le produit avarié. Puis, le même Ruquier qui ne décolère pas, affichant un rictus traduisant le désir de lynchage pour ces pourvoyeurs de fausse info, énervé tel un dealer constatant qu’on lui a vendu un kilo de farine pour 20 000 euros. La profession n’en sort pas grandie et les prétextes invoqués ne leurrent plus personne. Le lendemain, l’animateur du journal de 13 heures sur Canal+ se prend de compréhension pour Ruquier, faisant bloc en jurant qu’il aurait fait pareil. A croire que le journalisme dans l’action est un zombi réagissant telle l’araignée sentant la proie s’agiter dans sa toile. C’est de bonne guerre. Les journalistes sont une corporation solidaire, surtout pour défendre les bourdes de leurs confrères. Je fais pareil que mon confrère, un scoop, ça ne se refuse pas, vite une annonce, il faut être sur l’actu, c’est pro ! Pourtant, on les aimerait plus solidaires de Denis Robert que des égarements dans les caniveaux. Sur le blog de Patrick Jankielevicz, rédac chef de la Voix du Nord, on peut lire un billet sur cette affaire et cette légitime condamnation des mauvais journalistes qu’on ne peut empêcher de mal faire leur boulot. Et, dixit l’auteur, les « internautes peu scrupuleux » relayant les dépêches sans vérifier l’authenticité des sources. Ce propos est flagrant du malaise d’une profession qui cherche à trouver des excuses en accusant des internautes qui, sur ce coup, n’y sont strictement pour rien. S’il y a un responsable, c’est JP Elkabbach. Désigné un peu trop facilement pour excuser les frénétiques du scoop qui, une fois leur vessie pleine, pissent de l’info pour éclairer le monde, prenant leur vessie pour une lanterne. C’est aussi facile de désigner les internautes. Sans doute, les journalistes voient-il dans quelques dérives ordinaires de la toile leurs propres faiblesses. L’hôpital se fout de la charité et le fumeur de cigare accuse ceux qui clopent dans les bars d’être responsables de son cancer.
Que dire de plus ? Anomie aurait dit Durkheim, non pas l’anomie du paysan pervers ou maintenant du jeune qui hante les cages d’escalier, mais anomie de gens de bonne société, ces journalistes qui souvent, officient en costard cravate. Absence de Vergogne, dirait Bernard Stiegler, y voyant l’effondrement des soubassements éthiques et moraux de la société. Un grand homme de la IIIe République disait que la politique, c’est comme le boudin, faut que ça pue la merde, mais pas trop. Et les médias, doivent-ils sentir les égouts, mais pas trop, juste pour ressembler à la ville ? |
Quelques jours avant sa prestation officielle le 24 avril 2008, le président Sarkozy a bien voulu répondre à quelques questions que je lui ai posées alors qu’il passait près d’Arcachon. L’occasion de vérifier son franc-parler et sa vision de la France dans le contexte difficile que l’on connaît.
BD Monsieur le président, bonjour et merci de vous être prêté à cette interview apocryphe
NS Je vous en prie M. Dugué, bonjour !
BD Monsieur le président, une année après votre élection, les sondages affirment que 6 Français sur 10 sont mécontents de votre bilan, le plus mauvais score après celui de Jacques Chirac en 1996. Quel sens donnez-vous à ce mécontentement ?
NS Tout d’abord, s’agissant de mon prédécesseur, je voudrais souligner que, s’il a fait mieux, c’est parce qu’il n’a en fait rien fait alors que moi, au contraire, je ne fais qu’agir depuis un an. Ma femme se barre, j’en trouve une autre pour représenter la France dans les réunions officielles. Après avoir libéré les infirmières, j’envoie un avion chercher Ingrid Betancourt. Bon, les Farc sont de sacrés farceurs, ils jouent à cache-cache dans la jungle colombienne. Qu’est-ce que j’y peux ? Et puis je ne cesse de faire des propositions, supprimer la pub à la télé, commander des tas de rapports à Copé, à Attali, à Seguin, faire payer les mutuelles, faire chier les chômeurs, bien gérer l’Education nationale, revoir tous les programmes scolaires, repenser les syndicats, réformer les tribunaux et les hôpitaux et j’en passe... Je n’arrête pas, voilà pourquoi les Français ne sont pas contents, d’ailleurs, pour être populaire en France, il faut ne rien faire. Croyez-vous, M. Dugué, que j’ai été élu par les Français pour me planquer à l’Elysée et, au mois d’août, me faire photographier à poil au fort de Brégançon ? Si je suis le chef d’Etat de ce pays à l’Histoire si riche, c’est pour le remettre dans la bonne voie et faire de la France un modèle que le monde entier nous enviera, mais, pour cela, il faut faire des réformes.
BD Comment envisagez-vous d’arriver au terme de votre mandat en ayant dès la première année 35 points de popularité ?
NS M. Dugué, ne soyez pas impertinent, vous valez mieux que Joffrin et sa clique. Vous voulez comprendre. Imaginez le gosse qui risque de redoubler la quatrième. Il est repêché, puis on lui demande des efforts et, l’année suivante, il parvient avec difficulté à la moyenne. En seconde, il se bouge, passe en première et réussi correctement son français puis cravache en terminale et passe son bac avec mention bien. Moi et mes ministres, c’est pareil et c’est le même tarif pour la majorité. Si je suis si impopulaire, c’est qu’on est mauvais ou que le niveau à atteindre est trop élevé, alors on va tout donner et, croyez-moi, rien de tel qu’une mauvaise note pour les faire bosser, tous ces glandeurs de ministres et ces fainéants de ma majorité qui se sont accrochés à mes basques, ont eu leur siège de député et, maintenant, me tirent la gueule en croyant qu’en 2012 ils vont se faire ramasser. Ils n’ont qu’à bosser à l’Assemblée au lieu de venir m’emmerder chaque matin et contester toutes mes idées que je lance dans les médias.
BD Les Français ont remarqué beaucoup d’effets d’annonce de la part de vos ministres, puis des reculades sur quelques mesures. Ne craignez-vous pas que votre politique soit interprétée comme illisible, voire incohérente, au risque même de vous mettre à dos une partie des députés UMP ?
NS La politique que je mène est cohérente. Je n’ai qu’un seul souci, la bonne gestion du budget de l’Etat et, au passage, des réformes pour faire de la France un pays moderne. Je veux donner aux Français l’image d’un gouvernement responsable et actif. Et qui pratique le dialogue social. Ce n’est pas superbe, cette idée ? Un jour mon ministre suggère de supprimer la carte famille nombreuse. Les Français réagissent et, moi, compte tenu des arguments et de mon sens de l’écoute particulièrement développé, je décide de rétablir cette carte. C’est cela la démocratie. Vous préféreriez être dans une dictature, comme en Chine ? Là-bas, quand il faut trouver un terrain pour bâtir des bureaux, le parti décide et le petit paysan qui occupe son bout de terrain, il décampe et ferme sa gueule. Je n’ai pas l’intention de reculer devant les réformes et j’y mettrais les formes du dialogue social. Quant aux députés, je vous ai déjà répondu. Au fond, la majorité, elle n’a pas d’idée géniale, ni mes élus ni mes ministres et, dans mon Cabinet, ce n’est pas mieux. Les réformes, ça ne se fait pas dans les médias. Mais les médias, ça sert à annoncer des idées de réforme, qu’elles soient vraies ou fausses. Une par jour au moins. Ensuite, mes services rapportent ce qui s’en dit, dans les reportages, les plateaux télés avec des intellectuels, des membres de l’opposition, à l’Assemblée. Enfin, je n’ai plus qu’à trier. Je fais les réformes qui ont fait le moins de bruit et, grâce aux bruits et aux tollés qui occupent les gens et font bisquer l’opposition, je peux faire en douce quelques réformes pas très populaires. Les Français ont la tête ailleurs.
BD N’est-ce pas là votre style, M. Sarkozy, pratiquer l’esquive et la tactique du trompe-l’œil, comme dans votre éditorial du Monde où vous écrivez que le financement des syndicats n’a pas changé depuis la loi Waldeck-Rousseau de 1884 ?
NS Ah, Waldeck-Rousseau, ce libéral de notre vieille République, qui comme moi a été à l’Intérieur ! Oui, c’est un peu gros, mais ça passe. Mes certitudes sont confirmées, on peut raconter n’importe quoi aux Français et, là, M. Joffrin, que j’ai mouché un jour à propos de la monarchie élective, le pauvre, il ne s’en est pas remis, eh bien M. Joffrin n’a fait aucun commentaire, aucune réaction, je suis sûr qu’il ne sait pas qui c’est, Waldeck-Rousseau. Les journalistes ne lisent plus, les Français non plus. Mon ministre Darcos peut y aller. Les enseignements d’histoire à l’école, à quoi ça peut servir. Autant miser sur le calcul mental, au moins, ça servira pour lire les étiquettes des supermarchés et gérer son maigre budget quand les prix augmentent.
BD N’êtes-vous pas un peu méprisant vis-à-vis des intellectuels ?
NS Pas du tout. Qu’est-ce que vous voulez insinuer ? Les intellectuels, ce n’est pas mon truc, c’est comme Scriabine, je n’arrive pas à m’y faire, ça me déprime, alors que Sardou, ça me fout une pêche et, avec Johnny, j’allume le feu. Je sais bien que la France est attachée à ses professeurs et ses penseurs. J’appuie de toutes mes forces Mme Albanel qui réfléchit pour commémorer le bicentenaire de Darwin. Je respecte la culture. Mais je ne suis pas comme Mitterrand. Je n’irai pas prendre mon jet privé pour aller faire la causette à Jean Guitton. Si j’ai un dimanche de libre, je préfère répondre à l’invitation de Silvio, il a une superbe villa en Sardaigne et Carla adore s’y faire bronzer. Je dois avouer, la compagnie des philosophes m’ennuie. Je ne me vois pas passer une soirée à causer du droit des animaux avec Elisabeth de Fontenay ou de la démocratie sous Périclès avec Rancière. Vous voulez quoi ? Que je crève, ah, ça vous ferait plaisir que je crève, mais n’y comptez pas et, si je crève, ce sera après Juppé ! Blague à part, je tiens à préciser que j’ai en charge la responsabilité de la France et que lorsque je reçois mon ami Poutine, il me faut du punch, de quoi lui glisser quelques mots d’esprit et quelques bonnes blagues. Pas question la veille de m’enquiquiner avec une causerie sur Montesquieu, je préfère m’amuser avec mes potes Clavier et Reno. Ils sont gais, positifs et ça me fout un sacré moral pour gouverner.
BD Récemment, vous avez reçu Lionel Jospin pour discuter de la présidence de l’Europe, pourquoi ce choix ?
NS Ne jouez pas l’innocent M. Dugué, vous n’allez pas penser une seconde que je puisse inviter officiellement Chirac ou même VGE bien que j’y aie pensé. Bien trop risqué. D’abord, auprès des Français, ça fait celui qui ne sait pas diriger son pays et qui a besoin du père pour gérer les affaires. Et puis Chirac est sourd, alors je ne vais pas prendre le risque qu’il raconte n’importe quoi sur moi dans la presse. J’ai choisi Jospin parce que ça fait plus discret. En plus, je passe pour un président ouvert au dialogue. Lui, il est flatté et peut enfin passer au JT de 20 heures. Jospin, il est de gauche et si, au passage, je peux lui piquer quelques idées, ce sera toujours ça de pris. Je n’ose pas l’avouer aux Français, mais l’Europe, je ne sais vraiment pas quoi en faire de ce machin. Si vous saviez, mes conseillers, ils n’ont aucune idée. Va falloir que je me traîne pendant six mois la présidence de l’Union, que je me tape des réunions en présence d’abrutis pour essayer d’imprimer un peu de réforme à cette institution dix fois plus difficile à faire bouger que le mammouth de notre Education nationale. Quel merdier ! Mais je vais vous faire une confidence que vous garderez pour vous. Jospin, je lui ai demandé s’il se sentait encore la pêche pour gouverner. Parce que, des fois, j’en ai tellement plein le cul de ces députés de l’UMP que je songe à dissoudre l’Assemblée, comme Chirac en 1997.
BD Qu’avez-vous fait d’Henri Guaino ?
NS Je l’ai assigné à résidence dans un bureau à l’Elysée. Il a en accès libre la bibliothèque de l’Elysée et celles des arrondissements de la capitale. Plus question qu’il cause aux médias et, pour Emmanuelle, c’est pareil. D’ailleurs, je leur ai dit, c’est ça ou bien le Consul de Grosny et l’Ambassade à Khartoum. Maintenant, tout va bien. D’ailleurs, Guaino, c’est lui qui m’a soufflé Waldeck-Rousseau. Guaino, il faut du bon boulot, il m’a expliqué la loi de Pareto, un auteur que je ne connaissais pas du tout. Ce type était sacrément intelligent. Il avait calculé que, dans un pays moderne, 80 % des richesses sont détenues par 20 % des gens et qu’on ne peut rien y faire. Eh bien, figurez-vous que 20 % c’est le nombre de Français qui me font confiance. C’est rassurant d’un côté, mais inquiétant d’un autre. J’essaie bien d’aider ceux qui veulent s’en sortir, je débloque les heures supplémentaires, je maintiens la prime de l’emploi, mais rien à faire, les pauvres ce sont des ingrats. Ils ont oublié le temps du général, les gens vivaient dans un taudis, l’Etat a construit les HLM et les gens ont pu prendre des douches chez eux, avoir l’eau courante, un canapé dans le salon et les WC, ils étaient reconnaissants et contents. Maintenant, que des grincheux. Ils n’en ont jamais assez, se plaignent tout le temps. Vous leur donnez de quoi se payer un portable, après ils veulent l’écran plat et puis la Golf. De toute façon, les caisses sont vides et si je déçois les riches, ils iront payer leurs impôts ailleurs alors je n’ai pas le choix.
BD L’assurance maladie est en déficit de 9 milliards en 2007, vos réactions
NS Les dépenses de santé, c’est simple, elles seront comprimées, mais faire passer la pilule, ce sera plus compliqué. C’est triste à dire, mais quand c’est Roselyne qui le dit au Fouquet’s, après avoir bu comme une barrique, on est tous tordus de rire. Putain, ils ne sont pas imaginatifs ces Français, plutôt que de plomber la Sécu en allant pleurnicher chez le psy, ils feraient mieux de rire 10 minutes par jour, ça les soignerait de leur déprime et, en plus, ils n’ont qu’à rouler en vélo. Mon dicton favori, rire contre la déprime, Sécu à la comprime.
BD Le projet de second porte-avion voulu par Chirac sera-t-il enterré ?
NS Enterrer, mais ne prononcez jamais ce mot, c’est une incitation à la démission et à la déprime ! Le projet n’est que suspendu pour des raisons évidentes, les caisses sont vides. Et, si l’opposition m’emmerde, eh bien qu’elle assume son choix et suggère d’augmenter les impôts. C’est ce que je lui conseille d’ailleurs, puisqu’elle prend un malin plaisir à perdre les élections. Alors, c’est quand que Mme Royal elle va proposer d’augmenter la TVA pour financer un porte-avion au nom de l’indépendance française d’une autre époque. Ils vont être contents les Français de payer plus cher les pâtes pour financer ce gros machin. Ah c’est sûr, Mme Royal elle a les meilleurs conseillers. Ils lui ont dit qu’avec un tel outil la France pourra poursuivre les pirates sur toutes les mers. Ce n’est pas mon problème. Le PS a les dirigeants qu’il mér





