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Fulcanelli
Fulcanelli d'Aquithènes
Chroniques transversales, métaphysique, philo, science, société, politique, musique, etc.
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Ils ont buté Benazir Bhutto !

  • Dec 31, 2007
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Benazir_bhutto_prime_minister
Benazir_bhutto_prime_minister

Ils ont assassiné Bhutto ! Une formule qui pour les Pakistanais pourrait bien résonner d’un funeste présage, comme pour nous, le « Ils ont assassiné Jaurès ! » renvoie à une période tragique de l’Histoire. Souhaitons que la réplique à cet acte odieux soit à la hauteur des menaces qui, de tous temps, on mis les civilisation en péril. Par le fait d’une catégorie d’individus au psychisme détraqué, pénétrés de haine et de ressentiments au point de buter ceux qui pensent différemment. Le fanatisme est hélas universel. On le trouve partout, logé comme un ver vénéneux rongeant les longs efforts de l’humanité pour parvenir à la civilité. C’est un fanatique nationaliste qui assassina Jaurès et un fanatique islamiste qui a tué Benazir. Mais le pluriel s’impose. Il faut dire « Ils ». Ces gens sont organisés, se soutiennent dans leurs passions, leurs obsessions marquées par l’ignorance car c’est là aussi l’un des nerfs du problème. Le fanatique est fermé, son cerveau est embastillé dans des idées fixes sur ce qui doit être. Le fanatique a horreur de tout ce qui ouvre le réel, libère l’espace des possibles, invente un monde différent de ce qu’il a conçu dans son petit cerveau. Le fanatique rêve d’un monde où tout est conforme à la tyrannie de sa petite pensée. L’infini et l’inconnu l’inquiètent. Il fuit même la transcendance ou du moins, paraphrasant Gorgias, il dit que l’homme est la mesure la transcendance et que lui, il est la juste mesure d’une société qui se conçoit comme une addition de gens qui voient et pensent comme lui.

 

Autant dire qu’accoler une religion au fanatisme est pour le moins falsificateur sur la nature de ces phénomènes trop humains hélas. La religion ouvre vers le sens et la transcendance. Elle n’a pas vocation à fermer les gens sur leur vision égocentrée, leur mental limité, leur univers social étriqué, leur esprit sclérosé. Il est donc pénible de désigner l’islamisme. A défaut on le dit radical. Le nationalisme de l’assassin de Jaurès fut lui aussi radical, étranger à la belle idée de Nation campée par Renan. Le fanatique est replié sur l’immanence. Comme du reste le fan dans nos sociétés consuméristes, entouré de ses reliques, vivant par et pour son idole mais à titre privé, individuel, sans menacer la société. D’autres se ferment sur leur univers consumériste. Le Pakistan, doté de l’arme nucléaire, est une société contrastée avec des zones de grande pauvreté. Et c’est ce qui constitue un terreau pour le fanatisme. Quand on n’a pas les moyens d’inventer les possibles ou de se perdre dans la consommation, on veut imposer une société à hauteur spartiate.

 

Ces mises au point effectuées, rendons un simple hommage à cette grande dame de la politique qui doit aussi nous rappeler quelques vérités, la moins importante étant que cette grande dame émane de la bourgeoisie éclairée pakistanaise, nous renvoyant quelques échos de notre Histoire et les grands moments de la Troisième République. Il faut maintenant insister sur les desseins que cette ancienne Première Ministre avait en tête pour le Pakistan, se positionnant, un peu à l’image du Général De Gaulle en 1958, comme un recours pour son pays dans une crise de grande ampleur. Restons modeste et ne virons pas au panégyrique en comparant deux statures différentes, mais qui ont comme point commun d’avoir été la cible d’un attentat qui pour notre Général, a avorté, alors qu’hélas, l’affaire a été liquidée pour Madame Bhutto. Cette dame qui s’est fendue d’une tribune audacieuse dans Le Monde où elle déclarait, non sans quelques raisons, que son pays en était à la croisée des chemins, à l’instar de la Sécession en 1860 pour les Américains. Et je me permets d’ajouter, à l’instar de la France en 1914 (cf. Jaurès). Mais le plus important dans sa tribune, c’est son appréciation du terrorisme qui selon elle, est renforcé lorsque le pouvoir devient coercitif pour ne pas dire dictatorial. Elle désignait implicitement le Général Musharraf, responsable des troubles dans le pays qu’il dirige. C’est la même qui lors de l’attentat avorté d’octobre, mettait en cause le système de sécurité qui aurait dû déjouer une bombe pour le moins artisanale (étrange, cela ressemble au 11 septembre). Ajoutons que ce Général n’a fait preuve d’aucun zèle spécial à accueillir, défendre, protéger, celle qui voulait en découdre avec les idées et les urnes. Pour Musharraf, Benazir était plutôt un élément perturbant son jeu politique qu’une chance pour l’avenir du Pakistan. Ce Musharraf qui, connivence oblige, n’est pas mis en cause par la déclaration de GW Bush, son banquier en quelque sorte puisqu’il faut rappeler que le Pakistan bénéficie d’une bienveillance financière des Etats-Unis, pour un résultat que maintenant, on peut se permettre de jauger. D’autant plus que Bhutto, dans sa tribune du Monde, mettait en cause le soutien international bien trop peu regardant à l’égard du régime instauré par Musharraf. Cet assassinat signe un symbole, sans doute une clé pour le monde qui viendra après 2007. Tout dépend comment le signe sera interprété.

 

Que cette mort d’une grande dame serve de leçon, notamment pour notre Président bien approximatif et laudateur avec un ignorant excès sur l’espérance, la religion, le sens du sacrifice et les prétendues limites de la laïcité pour résoudre quelques aspirations sociales auxquels le religieux pourrait palier. Certes, le contexte de la France est différent de celui du Pakistan mais notre Président devrait quand même méditer sur ses bons et mauvais points distribués aux religieux et laïque lors du discours de Latran. Car si sacrifice d’une vie exemplaire il y eut, ce fut celle de Madame Bhutto, au nom des libertés, de la défense de la civilisation démocratique, d’une laïcité pour son pays, contre les intégrismes religieux et les jeux complices et malsains des castes militaires et autres oligarchies disposées à pactiser et instrumentaliser la misère spirituelle des masses musulmanes comme chez nous, Sarkozy instrumentalise le christianisme pour colmater par quelques expédients d’espérance la baisse du pouvoir d’achat des pauvres, aggravée du reste par sa politique antisociale.

 

Pour achever se billet et rendre hommage à Bénazir, à elle le dernier mot et sachons apprécier son verbe et prendre acte du message qu’elle délivra et qui vaut sans doute bien au-delà des frontières pakistanaises :

 

« Dans le Pakistan démocratique, les mouvements extrémistes ont toujours été très minoritaires. Dans toutes les élections démocratiques organisées dans mon pays, les partis religieux extrémistes n'ont jamais rassemblé plus de 11 % des voix. Dans un contexte démocratique, l'extrémisme a toujours été marginalisé par le peuple pakistanais. En revanche, à chaque période de dictature - notamment sous la dictature militaire du général Zia-ul-Haq dans les années 1980, mais malheureusement aussi sous celle du général Musharraf depuis une dizaine d'années -, l'extrémisme religieux a pu prendre pied dans mon pays.

Que cela soit dû au fait que les dirigeants comme le général Zia ont manipulé et exploité la religion pour servir leurs propres objectifs politiques, ou au fait que la dictature suscite par elle-même des sentiments de dépossession et de désespoir, il demeure que l'extrémisme représente aujourd'hui une menace pour mon pays, pour la région et pour le monde. Ces extrémistes constituent la boîte de Pétri du terrorisme international. Cela n'a rien de fatal. La tendance doit être inversée, et il est possible d'y parvenir. » (B. Bhutto, 4 septembre 2007)

 


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Sarkozy-Bruni, ils se sont fait buzzer les faux-culs mais pas faux-cons du PS

  • Dec 31, 2007
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Sarko-Bruni
Sarko-Bruni


La vie médiatique se refuse à la trêve des confiseurs. Nicolas Sarkozy, en charmante compagnie, oblige les opposants du PS à suivre dans une partie de poker perdue d’avance, c’est dire le piètre état de la gauche française qui pour exister, a besoin de Nicolas Sarkozy. La dépêche de l’agence Reuter titre sur un nouveau tohu-bohu déclenché autour des vacances du Président Sarkozy. Ce qui signifie qu’il y eut un premier tohu-bohu et qu’une réplique de la secousse médiatique s’est produite, déclenchant une seconde vague du tsunami indignatique des préposés à l’indignation. Et l’artillerie hautement efficace des caciques du PS de tirer dans cette cible en carton-pâte. La foire du trône socialiste ne détrônera jamais celui qui est sur le trône. Ah, quelle trône de guerre, ces fantassins du PS impuissants face aux stratèges du blitzkrieg médiatique, jouant une étrange déconfiture.

 

Les responsables du PS sont à l’image des piètres tacticiens de l’étrange défaite de 39. Ils sont positionnés derrière une ligne de Maginot morale et dès que Sarkozy franchit selon eux cette ligne, ils tirent et avec quels arguments ! Prenons Ségolène Royal, affirmant que Sarkozy met en cause l’indépendance et la dignité de la fonction présidentielle. En quoi le fait de se faire prêter un jet mettrait en cause l’indépendance de l’Elysée et en quoi est-ce indigne de se faire prêter un j(ou)et de luxe pour un Président qui aurait pu utiliser en catimini l’Airbus officiel pour combiner une visite officielle et un séjour privé, sans qu’on y trouve rien à redire. Sarkozy serait à la botte des milliardaires ajoute Ségolène, un milliardaire dont les affaires dépendent de l’Etat. C’est tout faux, car Bolloré n’émarge que peu dans les marchés publics, qui lui servent d’argent de poche alors que son statut dans le monde des puissances le place comme un nain de jardin face à la taille du géant EADS ou Total. Ségolène Royal a la mémoire courte, elle ne se rappelle plus le pillage des fonds publics sur fond d’affairisme entre énarques et monarque du temps de Mitterrand, ce jeu de fric qui a coûté quelques dizaines de milliards d’euro au contribuables français, mais dans son esprit aveuglé par une paille égyptienne érigée en poutre, ce n’est qu’une paille dans les affaires de l’Etat, absoute par l’amnésie du temps qui dit qu’il y a prescription face au droit d’inventaire citoyen.

 

Montebourg, ce disque rayé jouant une mélopée de Robespierre, se répète, en clown inquisiteur d’une terreur jouée en mode comique, il nous sert un hypothétique marché d’homme d’affaire rusé, hypothèse sans fondement mais tout aussi pathétique que les atermoiements de Royal. Comme si Sarkozy avait un besoin vital et urgentissime d’un Bolloré même pas dans les grosses fortunes. Et Jean-Paul Huchon, séjournant lui aussi à Louxor, déplorant le manque de retenu de Sarkozy alors que les Français peinent au pouvoir d’achat. D’où parle Huchon, d’un bidonville du Caire qui a bien voulu lui louer un souk pour le prix de son smic d’élu régional ? C’est un peu se foutre de la gueule des gens. Surtout quand on est soupçonné de quelques filouteries et autres bizarreries avec les marchés publics et qu’on a été condamné en première instance à six mois avec sursis, un an d’inéligibilité et 60000 euros d’amende pour prise illégale d’intérêt. C’est à se demander si notre Huchon n’envie pas le train de vie de Sarkozy, lui qui n’a que les moyens d’un quatre étoile ; tandis que Montebourg, ça doit lui foutre les boules de voir le Président se taper un top model de l’hyper classe. Et d’être sous les feux de la rampe, lui qui rampe sans pouvoir y accéder sauf pour quelque bourde sur le compagnon de Ségolène !

 

Ce voyage d’un couple d’adulescents présidentiel a quelque chose de rafraîchissant, ridicule certes, mais ridiculisant de ce fait, ceux qui bavant sur ces jours d’alcôves, se croyant des blanches colombes, se trouvent transformés par la magicienne Bruni, non pas en pourceaux mais en piètres crapauds en attente de quelques minutes de célébrités, les Royal, les Huchon, les Montebourg, devenus comiques médiatiques, faux-culs d’un show de Lafesse scénarisé par Andy Warhol.

 

On aurait escompté plus de hauteur, plus de rigueur, plus de combativité sur les choses essentielles et notamment le discours de Latran où quelques attentats à la République et ses instits ont été commis mais il est avéré que nos dirigeants politiques s’infantilisent, ils ne lisent plus, sauf quand il y a des images. De ce fait, ils ont tiré dans l’épaisseur du monde imaginal, perdant leurs munitions tels des fantassins visant un mirage. Les Socialistes bon tient et bien installés, tout comme la gauche en général, n’ont plus la verve de la critique, le soucis des citoyens, le maintien de la civilisation. Ils se ruent dans des opérations de tir médiatique orchestrés par une instance présidentielle qui reste maître du jeu et sans doute, doit s’amuser en secret de ces représentants de gauche qui se roulent dans la farine. Tel est non plus le bon plaisir mais le double plaisir, comme il y a une double peine, de notre cher Président, jouissant de son séjour en Egypte, tel un Moïse maître de son destin, de sa traversée du futur, et se gaussant des plaies que s’infligent les socialistes et leur peuple d’esclaves des idées collectivistes.

 

Ils ont buzzés, nos deux tourtereaux. Pour preuve ce diagramme proposé ci-dessus, grâce aux outils de blogpulse ; Sarkozy et Bruni, unis dans une même noce médiatique, entraînant l’Egypte dans la valse des mots cités. Ainsi va le monde de l’indignation, de la réaction ; tel un cirque fou dont on ne saura même plus qui en tient les ficelles mais dont on connaît les vedettes. Au fait, quel est l’opposé du faux-con ?

 

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Guaino cogne Bendit ; l’encombrant cadavre de mai 68

  • Dec 31, 2007
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Il est parfois des moments où le sens des événements se livre avec clarté. Ce fut le cas lors de cette rencontre qui était inéluctable et qu’on attendait avec impatience. Ce samedi 22 décembre, Henri Guaino et Daniel Cohn-Bendit ont été invités dans l’émission d’Alain Finkielkraut pour faire le point sur une page de l’Histoire commencée un 22 mars en 1968. On ne présente plus les invités, le premier, parolier du Président Sarkozy et le second, porte-parole et témoins des événements de mai 68 dont on va célébrer avec passion, enfin, c’est moins sûr, le quarantième anniversaire.

 

Une impression générale pour commencer. D’abord, le débat a été pour le moins confus et si dialogue il y eut, ce fut un dialogue de sourds, chacun ayant ses idées et ses munitions en tête et s’efforçant de les placer dans une cible souvent ratée. Ensuite, une différence de tonalité flagrante, sans doute due aux caractères des protagonistes, avec un Guaino plutôt zen, donnant l’impression d’être invité à un apéro dans un salon, alors que Cohn-Bendit visiblement avait choisi l’option ring. D’où une impression surréaliste de deux pensées qui se sont croisées sans se rencontrer sur l’essentiel, ne serait-ce que pour s’opposer franchement selon l’art de la dialectique. Enfin, une appréciation sur le match car s’en fut un. Une formule dit que les vainqueurs écrivent l’Histoire. A entendre nos deux débateurs, on peut dire que le vainqueur est plus à l’aise pour interpréter l’Histoire, celui-ci n’étant autre que Guaino, situé dans le camp de la victoire électorale en 2007. Quant à Cohn-Bendit, il s’est bien défendu mais on sent bien que l’héritage de mai 68 a du mal à se faire reconnaître, comme s’il avait été laissé en friche, alors que la société se démocratisait en devenant individualiste et épousant les valeurs du plaisir et du fric.

 

Quelques mots maintenant sur ces échanges. Guaino entame les hostilités en explicitant ce qui justifie à ses yeux la condamnation de mai 68. L’individualisme, l’interdit d’interdire, la récusation des pouvoirs, des valeurs, de la hiérarchie dans les institutions mais aussi les savoirs et puis, comme la division permet de mettre en difficulté son adversaire, Guaino sépare le mai des étudiants et celui des travailleurs, ce qui est exact dans un sens politique mais erroné dans le sens de la vie sociale où les barrières entre classes, sans être tombée, on été percées suffisamment pour qu’une mixité entre gens de conditions inégales se produise. C’était ça aussi la magie des années post-68, magie qui n’a pas été évoquée par un Cohn-Bendit trop focalisé sur la contre-attaque. Ce qu’il fit en ironisant sur un Sarkozy qui selon lui, affiche sans jouissance sans entrave, se mettant en scène comme séducteur d’un jour à Disneyland.

 

Ce petit jeu a duré une bonne partie de l’émission. Chacun s’emparant d’un thème pour l’utiliser comme appui pour soi et cible contre l’adversaire. Ce fut le cas de Sarkozy. Il a bien profité des acquis de mai dit l’un et l’autre de répliquer, oui, il a sa vie mais du moment qu’il travaille et pas qu’un peu, pourquoi lui reprocher ses frasques qui ne relèvent que des options privées. Même chose pour l’émancipation des femmes et la légalisation de l’avortement. L’un de mettre en avant les puissances revendicatrices du mouvement et l’autre de dire que cette avancée sociale est le fait de Simone Veil, avec l’appui du duumvirat Chirac-Giscard. Bref, ces échanges ont paru mesquins mais pouvait-on y échapper. Chacun campant sur ces positions. Guaino affirmant que c’est une erreur de récuser l’autorité du gaullisme et Cohn-Bendit revendiquant la défiance vis-à-vis du Pape et le droit de ne pas croire dans l’autorité.

 

Finkielkraut s’est alors improvisé en juge de paix, reconnaissant avoir été Mao, influencé par le marxisme, soutier de mai 68, acteur dans le report du concours de ENS. Rendant justice en un mai qui a permis l’expression contre la répression, voyant dans ce mouvement un moment tocquevillien, dirigé contre notamment les parcours d’existence déjà fixés selon les classes d’origine. Bref, des aspirations démocrates qui ne vont pas sans les effets secondaires sur une culture qui se nivelle et sur la perte du sens de l’autorité avec la confusion entre pouvoir et autorité, en quelque sorte le péché originel de mai selon Finkielkraut. Ce là la zone d’opposition s’est déplacée sur le terrain de la culture, de l’éducation, du pédagogisme, de la place de l’enfant, de l’autorité des enseignants, bref, toujours les mêmes ficelles déjà utilisées. Contre l’enfant roi rétablissons l’humilité face aux textes dit l’un. L’individu doit devenir autonome et s’opposer à l’adulte dit l’autre. On ne s’en sort pas de ce dialogue de sourds.

 

Et cette fois, Finkielkraut jouant les demis de démêlée en utilisant la carte Ionesco qui à travers sa pièce Rhinocéros illustrerait parfaitement les failles du mouvement de mai. Plus précisément, l’alliance entre un conformisme et le déchaînement pulsionnel. Une illustration qui n’a rien apporté de positif dans le débat, Guaino profitant de cette entame pour louer justement le non conformisme de De Gaulle dans sa politique étrangère.

 

Il était attendu qu’on en viendrait à la question des parachutes dorés, sujet de dispute après l’imputation aux héritiers de mai de ces pratiques prédatrices par Sarkozy. Et Guaino d’enfoncer le clou avec une trahison des ouvriers sur fond de Jaurès avec le relativisme moral engendré par les enfants de mai. Ensuite, un échange de sourds sur la BCE, Cohn-Bendit franchissant le point Godwin (eh oui, il n’y a pas que sur Internet que ça se passe) en faisant allusion à la politique de la banque allemande et la monté du nazisme et Guaino de répliquer avec une astucieuse mauvaise foi que la banque américaine qui elle, était indépendante, n’a pas empêché la crise de 1929.

 

Enfin, l’autocritique arrive. Cohn-Bendit reconnaissant la bêtise des slogans comme élection piège à con, CRS SS, faisant son mea culpa sur l’autogestion impropre à relayer la démocratie mais insistant sur un mai comme étant à la base d’un progrès social. Bref, c’est peut-être une des clés de l’interprétation. Le mouvement de mai représenta le moment de grandes émancipations sociales et individuelles mais une société a aussi ses nécessités de fonctionnement, de gouvernance, si bien qu’il ne peut y avoir transcription directe du social dans le politique. Ces deux domaines, s’ils sont en conflit, doivent le rester et c’est à ce prix qu’un système démocratique fonctionne. Il ne faut pas confondre le social et le politique, la société et l’Etat sinon, c’est le totalitarisme qui nous pend au nez.

 

Le rideau s’est fermé sur un plaidoyer pour la culture. Finkielkraut effectuant une saillie percutante en opposant au mai 68 déconstructeur de la culture le printemps de Prague, fondé sur le texte et l’autorité des livres, avec la figure de Kundera. Puis sonnant la charge contre la grimaldisation de l’Elysée, la bigardisation de la vie politique, le chemin vers Disneyland, l’avènement de la jet set et l’ajoute pour ma part la montée de la bling génération et la culture des parvenus. Et sur ce point, Finkielkraut conclut en regrettant la disparition de la grande bourgeoisie, celle dont la taille de la bibliothèque était à la hauteur de la position sociale, alors que maintenant, c’est la dimension du yacht qui sert d’étalon.   

 

Cette émission a donné quelques éclairages sur comment Sarkozy a pu si aisément gagner les présidentielles, jouant une campagne blitzkrieg en infligeant une étrange défaite (clin d’œil à Bloch) à une gauche dépourvue de généraux et de stratèges autant politiques qu’intellectuels.

 

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Le KARMA-SUTRA ou l’art politique de Nicolas SARKOZY

  • Dec 25, 2007
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Sarkozy-merkel
Sarkozy-merkel

Le karma-sutra n’a rien d’une cocasserie. C’est au contraire une manière de transcrire et d’interpréter une facette de l’action de Sarkozy et d’interpréter sa rupture.

 

Le langage sanscrit en usage dans l’Inde védique utilisait une racine sémantique, kri, signifiant acte, action. De cette racine est dérivé le mot karma qui dans les doctrines orientales désigne un enchaînement de causes et d’effets dans l’existence temporelle. Le karma d’un individu désigne une intégrale de toutes ses actions et des conséquences qui en résultent, dans son être propre mais aussi dans sa puissance à interagir avec le monde. Certaines religions évoquent même un karma lié à des existences antérieures, dans le contexte de la réincarnation. L’usage qu’en fait le bouddhisme paraît d’une utilité heuristique. Le karma est produit par diverses actions effectuées par le corps, la parole ou l’esprit. Il intervient dans un bilan moral en se créditant en positif ou en négatif. Par exemple, un don désintéressé compte pour du positif. Des paroles négatives ou positives créent du karma, idem pour les pensées. Cette prise en compte du karma s’est retrouvée à la foi dans les religions orientales mais aussi les gnoses ésotériques occidentales, Rose-croix par exemple et bien évidemment, cette notion a transité vers la Grèce présocratique dont on connaît quelques connivences avec le monde védique. Le karma, on le retrouve clairement explicité dans cette fameuse parole d’Anaximandre, désignée comme la plus ancienne parole de la pensée occidentale par Heidegger qui s’employa à la commenter en de longues méditations (in : Chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard) tout en livrant la traduction qu’en fit Nietzsche, que je reproduis ici en y ajoutant la traduction française publiée dans le livre sur les écoles présocratiques dirigé par Jean-Paul Dumont (folio) :

 

« D’où les choses ont leur naissances, vers là aussi elles doivent sombrer en perdition, selon la nécessité ; car elles doivent expier et être jugées pour leur injustice selon l’ordre du temps »

 

« L’illimité est le principe des choses qui sont (…) Ce dont la génération procède pour les choses qui sont, est aussi ce vers quoi elles retournent sous l’effet de la corruption, selon la nécessité, car elles se rendent mutuellement justice et réparent leur injustice selon l’ordre du temps »

 

Le propos d’Anaximandre fait allusion à une nécessité dans l’ordre des choses procédant puis retournant les une vers les autres et donc dans une certaine manière, le karma signe un ordre temporel qui au bout d’un temps résolutif, celui de la « corruption », met un terme à une situation qu’on peut entendre comme des nœuds karmiques, ceux-ci se dénouant selon les termes d’une justice immanente. Les ésotéristes parlent d’épurer un karma, autrement dit, dénouer les nœuds créés par l’agir dans l’existence, et en quelque sorte, se libérer si on admet que l’action nous enchaîne à nous-même mais aussi aux autres. A noter mais sans développer ce point, la conception cyclique du temps typiquement hellène, alors que le temps des Testaments est linéaire et que cette question de la rupture d’éventuels liens karmiques y figure mais avec un Dieu personnel transcendant. (Le Christ qui dénoue l’humanité du péché-karma originel)

 

 

L’ART DU KARMA-SUTRA OU LA POLITIQUE DU DENOUEMENT

 

Clausewitz avait dit que la guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens. Foucault avait suggéré l’inverse. Quoi qu’il en soit, la politique nécessite pour ceux qui la pratiquent au plus au niveau des compétences qu’on retrouve chez les chefs d’armée. Et l’Histoire récente montre que nombres de militaires de haut rang ont dirigé des nations, souvent dans les dictatures et régimes autoritaires, Franco, Pinochet, Kadhafi, Musharraf, et aussi dans nos démocraties, Eisenhower, De Gaulle. Mais la tendance est à la pacification des sociétés post-modernes, notamment en Europe. Aussi, d’autres horizons se présentent aux chefs politiques et notamment celui de pratiquer le dénouement des situations. D’où l’idée d’esquisser l’art du karma-sutra comme mode opératoire dont Sarkozy s’est faite le maître. Si le kamasutra est l’art de pratiquer l’amour en différentes positions, le karma-sutra est l’art de trouver des postures pour dénouer des situations. Cela vaut en matière de politique, de négociations, comme à l’échelle personnelle où Dieu sait si nous construisons avec le temps et les actions des nœuds se transformant en chaînes destinées à être brisées ou mieux encore, dénouées. C’est une manière de progresser, dans son existence, mais aussi pour une nation d’avancer. Cela dit, si une guerre est un moyen en vue de fins politiques, l’art de dénouer les nœuds karmiques est lui aussi un moyen au services de fins dont il faut s’enquérir.

 

La guerre vise à vaincre un adversaire. Le karma-sutra permet de dénouer des situations sans pour autant qu’il y ait un gagnant ou un perdant. On aura reconnu là quelques principes énoncés par notre Président et du reste, souvent mis en pratique. L’art du karma-sutra nécessite quelques qualités. Quelles sont-elles ? Rien ne vaut la consultation d’un livre édifiant en la matière, Le miroir des princes, de Luc Jacob-Duvernet (Le seuil, 1994). Dans le chapitre 5 sont explicitées les cinq aptitudes du stratège politique. Voici ce qu’en dit l’auteur en les explicitant.

 

La parole, tout d’abord. Un discours ironique s’avère déstabilisant et perturbe la logique des adversaires en les plongeant dans une sorte de torpeur. Le stratège possède l’usage des mots, sans pour autant succomber à leur charme. La simplicité facilite l’aisance de la formulation et de la compréhension et de ne plus être confronté à ce que D. Jamet appelle des textes et des gens incompréhensibles (allusion à M. Rocard ?). Qui a travers cette description n’a pas reconnu le style de Sarkozy, qui en joua pour gagner la présidentielle et continue à en user mais dans un autre objectif, pour tenter de dénouer des situations ? Pour ce faire, il ne doit pas miser sur la torpeur et créer de l’embarras mais jouer sur la séduction avec des formules simples.

 

En second lieu, la psychologie, qui conduit à une meilleure perception des autres. Ne pas comprendre les mécanismes irriguant la vie des autres, c’est s’enfermer dans une tour d’ivoire. Là aussi, quelques traits de Sarkozy se dessinent. Certains l’ont décrit comme une personne qui écoute, même si il ne donne pas suite aux requêtes formulées. C’est le contraire de bien des politiques qui vous reçoivent mécaniquement en ne donnant pas le sentiment de s’investir et d’être à l’écoute.

 

Troisième qualité, le sacré, le retour sur soi, la contemplation. Jacob-Duvernet cite le jésuite Henri Madelin, puis évoque un ancien président de Rhône-Poulenc affirmant que la course à pied lui offrait la possibilité de se ressourcer, se fortifier, chose apparemment simple mais qui demande une maturation interne colossale. On connaît l’intérêt de Sarkozy pour le spirituel et le jogging. Mais sur ce point, on trouvera sans doute le maillon faible car avec un agenda d’hyper président, on ne voit pas où peuvent bien se caser les temps pour méditer.

 

Ensuite viennent les deux dernières qualités, la responsabilité et le courage, dont n’est pas dépourvu Sarkozy qui dans sa mise en posture d’hyper président, affirme son choix d’être comptable de ce qui se décide pour la France. Comme le souligne Jacob-Duvernet, l’exigence de responsabilité va de pair avec l’unicité du pouvoir, tout en citant Mounier pour avoir décrit le chef responsable comme ayant la vocation d’assumer le risque mais aussi de prendre de nombreuses parts dont les milliers d’hommes se déchargent autour de lui. Quant au courage, il va de pair avec les convictions. Sarkozy est décrit comme courageux mais semble par certains côtés en porte-à-faux par sa manière de jouer de quelques actions spectaculaires avec l’idée de séduire, d’attirer. De ce fait, l’homme aux cinq qualités censées constituer le meilleur d’entre les dirigeants ne colle pas entièrement à Sarkozy et c’est sur ce terrain de la séduction et du jeu médiatique qu’on pressent un art du karma-sutra bien affirmé, autrement dit l’art de dénouer des situations, certes fort utile pour faire avancer un pays mais qui ne comble pas une autre exigence, celle de créer des situations, d’inventer ce qui n’existe pas. De faire venir à l’être le non-être comme dirait Platon évoquant la poiesis. C’est ce qui manque à nos hommes politiques actuellement et certainement au plus haut placé d’entre eux.

 

Dernier point. L’art du karma-sutra nécessite comme l’art de la guerre, quelques moyens qu’on choisira parmi ceux analysés dans le célèbre traité de Sun Tse, du reste résumé dans Le miroir des princes. Ou il est question de plan, d’opérations, d’offensives, d’études précises des configurations, du terrain, des forces en présence, des tactiques et pourparlers, de l’utilisation d’espion (on dirait maintenant, carnet d’adresse, réseau) Manque un ingrédient propre à notre civilisation, les médias et la manière de les occuper. Dénouer des situations politiques et sociales impose de montrer le dénouement et son déroulement en s’alliant l’adhésion du public. Et maintenant, place à quelques exemples exposés non sans quelque malice !

 

 

QUELQUES FIGURES DU KARMA-SUTRA EXECUTEES PAR SARKOZY

 

La balançoire

 

Sans doute l’une des plus fameuses figures exécutées pour trancher un nœud karmique ayant pesée de tout son funeste poids sur la vie politique française. Il s’agit du lien entre une grosse minorité de citoyens et le parti de Jean-Marie Le Pen. Toute la subtilité du maître en karma-sutra qu’est Sarkozy fut de voir que parmi les électeurs du FN, nombre sont sur une balançoire, oscillant entre les idées extrêmes et la droite républicaine. Lorsqu’un individu est sur une balançoire, en le poussant régulièrement, l’amplitude augmente et il finit par s’éjecter du balancier. C’est ce que fit l’ex-Ministre de l’intérieur puis candidat, et hop, quelques mots, immigration choisie, racaille, karcher, et à la fin, quelques millions de Français dénouée de ce lien avec le FN tombant dans l’escarcelle du candidat de l’UMP

 

Le grand écart 

 

Parmi les cadres du PS, certains ont accumulé au cours du temps un lourd karma de rancœur, frustration, le tout renforcé par la campagne de Ségolène Royal. Observons Eric Besson. Notre homme donne des signes de malaise ; d’aucuns diraient constipé en parlant le langage courant. Besson est-il a gauche ? Ou bien est-il en attente d’exercer des responsabilités ? Tout ceci crée des nœuds que Sarkozy a su défaire en accueillant notre homme et quelques autres enchaînés d’un lourd karma de compagnonnage avec un PS en manque de vision et de stratégies. Ainsi, le grand écart, magnifique figure exécutée par Besson mais aussi Bernard Kouchner. Mais ne rêvons pas, une situation karmique ne peut se trancher qu’en certaines configurations, un peu comme en astrologie, un trigone mars saturne crée une situation favorable. L’opération aurait été impossible avec Henri Emmanuelli. Comme quoi, le côté positif des nœuds karmiques transparaît sous forme de fidélité et d’engagement. Et ce n’est pas du détail !

 

Le trépied chancelant

 

Cette figure a été exécutée pendant la mobilisation étudiante. La base des négociations devait prendre en compte trois parties formant un trépied composé du gouvernement, de l’UNEF et de la coordination étudiante. Le dénouement a consisté à déséquilibrer l’ensemble en attirant l’adhésion de l’UNEF. Ainsi, le nœud karmique liant l’Université à l’Etat fut tranché de belle manière en instituant une dose d’autonomie. Avec à l’appui quelques moyens supplémentaires obtenus en déshabillant l’EDF pour habiller Paul

 

La mystérieuse entrevue

 

On peut s’imaginer à prendre une autre identité, jouer à devenir autre. Telle fut la figure exécutée par Cécilia Sarkozy dont on ne sait toujours pas quelle identité elle incarna, ni d’ailleurs le contenu de la mystérieuse entrevue avec Kadhafi, qui permit à la première lady de ramener les infirmières bulgare et de dénouer une situation vieille de plusieurs années. D’aucun désignent cette figure comme la brouette bulgare mais quoi qu’il en soit, Sarkozy a su étudier en pur stratège éclairé par Sun Tse l’état de la situation et jouer sur le moment propice pour réaliser cette figure de dénouement karmique.

 

Le rêveur ardent

 

Cette figure, seulement entamée, n’a pas encore été réussie. Le rêveur ardent consiste à la jouer Luther King et lancer sur les ondes colombiennes un rêve d’une otage libérée par ses ravisseurs ayant retrouvé quelques sens humaniste. Cette figure est plus difficile à exécuter que la mystérieuse entrevue mais espérons pour l’intéressée que le rêve deviendra réalité, ce qui fera de notre Président un héros du karma-sutra.

 

Les vignes enlacées

 

Cette figure concerne plus spécialement le karma personnel accumulé par Sarkozy à l’occasion d’un passé l’ayant conduit à fréquenter Alain Juppé. Il était temps de se débarrasser de l’encombrant super ministre trop durable du développement soutenable en lui jouant le coup des vignes enlacées, autrement dit prendre dans les mailles du filet bordelais tissé dans un entrelacs de vignes électorales le candidat Juppé, afin que son destin soit lié à la ville qu’il a tant aimé gouverner, ce qui fut fait par des citadins désireux de conserver leur Maire, envoyant de ce fait à l’Assemblée une pasionaria socialiste.

 

Le charmeur de serpent

 

Figure dans laquelle excelle notre Président, réalisée pour dénouer le différent avec l’Allemagne, notamment depuis que les Français ont voté non au référendum et que de plus, la création d’une direction bicéphale pour EADS a plombé les relations entre nos deux pays par la faute d’irresponsables qui ont passé outre les règles de la gestion vertueuse tout en sacrifiant aux logiques des caprices du management. Bref, du lourd, du gros dégât karmique. Rien de tel que la posture du charmeur de serpent réalisée auprès d’Angela Merkel et qui sert d’illustration à ce billet.

 

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En conclusion, la rupture prend un éclairage nouveau avec cette notion cocasse de karma-sutra qui signifie comment la rupture se conçoit comme un ensemble de dénouement de situation et ce, dans de multiples champs dont nombre n’ont pas été évoqués mais qui relèvent à la fois de situation sociales ou bien de nœuds produits tels des rides du temps par des mots, paroles et discours idéologiques. Evoquer la droite décomplexée, n’est-ce pas traduire en terme de dénouement karmique le processus de déliaisons avec un système obsolète de valeurs et d’idées. La France de la rupture s’inscrit dans cette logique et c’est aussi une manière d’éclairer le sens de la rupture dans l’acception qu’on peut entendre en écoutant et visionnant notre Président. Mais attention, je n’ai pas dit que tout est bien et d’ailleurs, on a beau dénouer des liens que sitôt, les rides du temps viennent en produire de nouveaux.  

 

 

 

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Dieu, une conjecture à traiter par les philosophes, bien plus que les religieux

  • Dec 25, 2007
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Kaballe
Kaballe

Dernièrement, ont paru un essai de Jean-Claude Michéa sur le libéralisme, un autre de Christian Salmon sur le conditionnement des gens par le storytelling, enfin une étude savante et universitaire sur le théâtre proposée par Florence Dupont. Le billet qui suit est en résonance avec ces trois livres mais d’une manière cryptée. Disons que nous en sommes aux vertiges d’une époque où l’on s’interroge sur ce qui nous dépasse, sur ce qui nourrit, inspire l’âme humaine, enfin, ce n’est qu’une hypothèse, basée sur des témoignages divers, recoupant les plus anciens remontant à l’époque védique et ses textes en sanscrit.

 

 

La question de Dieu s’est posée à l’homme de manières diverses, selon les lieux et les époques. Les réponses ont été circonstanciées, consignées dans des livres savants de théologie, et proposées dans des versions adaptées au degré moyen de compréhension de l’individu souhaitant pratiquer une religion. Croire est un choix personnel. Le champ de la théologie et de la religion est articulé de manière complexe. On peut très bien croire sans comprendre les subtilités des traités savants de théologie. On peut aussi accéder à une compréhension intellectuelle d’un discours théologique sans pour autant témoigner d’une foi intense, ni d’une croyance certaine.

 

Le sens commun s’est pendant des siècles contenté de croire ce qu’il y avait dans les Ecritures, les livres de messe, de culte et les enseignements des préposés à la transmission de la religion, imams, rabbins, prêtres, dames catéchistes… Il en a résulté une vision parfois naïve, calquée sur des images et des représentations de Dieu élaborées avec des notions rarement symboliques, parfois allégoriques, souvent prosaïques. Dieu élit un peuple, Dieu assure une place au paradis aux fidèles ayant respecté la loi religieuse, Dieu accueille le bon, Dieu est un être bienveillant vis-à-vis de l’humanité, Dieu est tout puissant, il guérit, mieux que les médecins ; on parle de miracle. Dieu prédestine les êtres. Dieu crée le monde, les plantes, les animaux, les hommes. En fait, la représentation de Dieu a subit les déformations consécutives aux attitudes anthropocentriques. Si bien que Dieu a été, du moins dans nos contrées occidentales, pris pour un être supérieur individué doué de facultés agissantes et morales (voire même savantes, cf. l’omniscience divine) Pourtant, ce n’est pas ce que les théologiens ont rapporté dans leurs écrits.

 

La vérité telle qu’elle se fait jour progressivement dans la grande et belle aventure du savoir humain fait appel à l’expérience et à la théorisation. La connaissance de la Nature s’est faite, peu à peu, par l’exploration expérimentale et la création de modèles formels représentant le cours et la complexité des mécanismes du monde physique et vivant. Quelques règles, quelques lois. L’homme interagit avec une Nature qui se prête à une investigation scientifique, qui est dans la matérialité, la temporalité, les formes, la possibilité d’emprise. Il y a le sujet et l’objet. Une tension, une opposition, une complémentarité qui permet à l’homme de dominer la Nature. Le fait est là, je préfère insister, emprise, domination, voilà le spectre de l’homme face au monde physique, naturel, mais aussi politique. Maintenant, la conjoncture avec Dieu ne passe pas par le champ des objectivités. Si cela était le cas, nous le saurions depuis longtemps. Néanmoins, quelques signes, épiphanies et autres théophanies, témoignent d’une rencontre entre Dieu et les hommes. Ou alors, on pourra aussi admettre que quelques hommes d’une hauteur spirituelle particulières ont été des canaux reliant un ordre divin et le monde temporel des humains. Evoquer justement un ordre divin, voire transcendant, convient mieux à notre époque. Il existe un ordre naturel, alors pourquoi pas un ordre invisible dont les règles et le fonctionnement obéissent à d’autres principes que celui du monde physique et ses créatures vivantes, certaines pensantes et parlantes. Un ordre caché qui se tiendrait derrière l’univers spatio-temporel avec ses photons et ses édifices faits de matière atomisée. Une chose est certaine, la physique contemporaine a trouvé une substance quantique, un vide, qui n’est pas si vide que cela car il contient une énergie non manifeste, faites de processus impliquant matière et antimatière non visible, excepté dans les accélérateurs qui permettent de les faire apparaître de manière très éphémère.

 

Dieu ne se dévoile pas dans un accélérateur de particules. Il est un élément participant à l’expérience humaine et n’étant pas une entité, le mot et le concept de Dieu ne conviennent pas. Expérience du divin, comme on parle d’une expérience du naturel ou bien sur la nature, avec les moyens scientifiques. L’expérience du divin engage des moyens autres, le sujet, la conscience. Une plénitude de l’âme, pas une division expérimentale qui dissèque le réel à coup de bistouri technologique. En ce cas, la question de Dieu devient une affaire philosophique qui doit être abordées dans un contexte plus que moderne. Plus précisément, il sera question d’interroger une liaison possible ou effective entre le plan de l’immanence et le plan de la transcendance. Une imprégnation divine du sujet qui par réciprocité, imprègne également le divin.

 

La mécanique quantique est une métaphore éclairante car elle établit que la Nature ne peut pas être observée d’un point de vue strictement objectif. Le dispositif observant influe sur le phénomène observée. Sans doute en est-il de même sur l’expérience du divin dont la Saveur dépend de celui qui l’accomplit. Présentée ainsi, la quête du divin n’a rien d’une contrainte religieuse encadrée par des pratiques et orientée vers des fins assignées mais se comprendre comme une expérience humaine intégrale, librement décidée, conduite, expérimentée, revue, corrigée, pensée, produisant du sens, une conscience, une connaissance, une transformation. De ces choses là, la philosophie peut parler et questionner. Même les transposer dans un sens politique. Une parenthèse please !

 

((( Vivre c’est lutter disent les darwiniens, philosopher c’est connaître disent les sages. Vivre c’est gagner plus disent les nationaux-capitalistes, exister, c’est trouver la voie, le sens, et la sagesse disent les radicaux-révolutionnaires. ))) « Dieu » n’est pas aussi puissant que l’homme ne le pense, et sa puissance n’est pas là où elle se trouve. « Dieu » est un être libre, qui a laissé l’homme s’emparer de son aura pour commettre de basses œuvres. « Dieu » ne se dit qu’avec des guillemets. ( Dieu ) ne se comprend qu’entre des parenthèses.

 

Le Dieu des Modernes, c’est un peu le Léviathan de Hobbes appliqué au monde moral. Il est évident que la théologie chrétienne avec son Dieu personnel a joué le rôle parfait pour accompagner les institutions chrétiennes dans leur tache de moralisation des sociétés. Ce faisant, avec l’épreuve du temps et les déficiences anthroposophiques, l’Eglise a trahi les hommes en voulant les aider, les accompagner, avec les « égarements politiques » de la part des dignitaires religieux mais aussi, il faut le reconnaître, la perfectibilité de l’humain dans un monde aux crises récurrentes. La trahison de l’Eglise a précédé la trahison de l’idéal communisme par le soviétisme entre autres régimes calamiteux. L’homme est destiné à s’égarer puis se retrouver, marcher dans l’erreur puis chercher la vérité. Est-ce une loi universelle de la condition humaine ?

 

Le pourquoi de cette question, on le verra resurgir dans différents contextes portant sur la nature humain, l’existence d’une transcendance efficace, le rôle d’une transformation des sujets, l’implication dans l’atténuation du chaos mondial, réfléchi dans le chaos mental des âmes qui par répercussion, alimentent en retour le chaos social. La question de la transformation impliquant une transcendance relève de la verticalité. L’homme change dans son être. De cela, la philosophie peut rendre compte. Comme par exemple le trop méconnu Ken Wilber. Les textes anciens évoquent ces choses-là. On reparlera s’il y a lieu d’un fulgurant livre de René Daumal consacré à la poésie védique et au sanscrit. Sans oublier les ennéades de Plotin et la mystique spéculative (suprarationnelle) des penseurs d’Islam (réhabilités par Henri Corbin). Pour quelques généralités, on ne saurait que conseiller un livre qui n’a pas eu la faveur des recensions publiques mais qui pourtant, est d’une précieuse utilité pour qui veut jouer le jeu de la connaissance et voir comment les philosophes ont traité cette question de Dieu, chacun avec ses inspirations et les données de son époque. Petit dictionnaire des philosophes de la religion, chez Brepols. C’est évidemment une pirouette de ma part, puisque la philosophie de Dieu ne peut contourner la philosophie de l’expérience de l’homme avec Dieu et donc, d’une certaine manière, de la religion. Cela dit, ce livre traite aussi de la manière avec les philosophes ont spéculé, raisonné et théorisé sur Dieu.

 

Ce livre ne dit rien sur l’avenir des spéculations sur le divin au 21ème siècle. Une page reste à écrire. Un Dernier Testament, sans doute aussi fulgurant que l’Ancien et le Nouveau. Un livre qui offrira le dernier terme à cette quête, autant intellectuelle qu’expérientielle, de la Transcendance. Chut… soyez heureux, les fêtes approchent !

 

 

 

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Un fauteuil du Saint-siège impérial pour deux. Habeam Presidam !

  • Dec 21, 2007
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Fumée blanche
Fumée blanche

Texte livré brut, avec les défauts de sa spontanéité

 




Ce jeudi 20 décembre, des fumées blanches se sont élevées au Vatican. Chouette, un nouveau pape a été désigné. Mais non, l’actuel est encore vivant, c’est juste la fumée causée par les flashs des photographes qui crépitent. Bref, une fumée ordinaire accompagnant la venue de notre Président pontife et laïque avec quelques membres d’une délégation parmi lesquels Henri Guaino, premier pontificateur auprès du Président, scribe en chef des homélies présidentielles servies lors des messes cathodiques. Dans les coulisses du Vatican, on ne redoute pas tant la froideur catholique du Président, bien au contraire. Ce qu’on craint le plus, c’est la venue d’une certaine Carla Bruni, non pas qu’elle soit honnie mais plutôt qu’elle vienne voler la vedette à un Benoît XVI qui au cours de son stage d’aspirant à la papauté, a longuement appris de son maître Jean-Paul II sur l’utilisation des médias au service de la religion. Etant entendu, au risque d’une répétition, que la maison de Dieu n’est pas uniquement localisée dans les églises mais aussi dans les médias cathodiques où parfois, de grandes célébrations sont retransmises pour servir le culte dans l’Empire mondialisé.

 

On l’aura compris, lors de cette visite présidentielle, il aura été question de pouvoir, temporel pour notre Président, spirituel pour le Pape. Et pas l’ombre d’une dissension, le partage médiatique fut équitable, nul dilemme comme au temps du césaropapisme, ces deux là s’entendent comme cul et chemise. Les mauvaises langues diront faux-cul et faux-col de chemise. Sont-ils sincères ces deux dirigeants parmi d’autres dans le monde ? Oui, du moins dans le sérieux et le travail consacrée à leur vocation qui est d’être chef, des Français pour l’un, des Catholiques pour l’autre. On ne trouvera rien à redire sur la visite du Président de cette Nation considéré comme la fille aînée de l’Eglise.

 

Tous les analystes et autres chroniqueurs insistent sur le rappel à l’Histoire, comme il y a rappel à l’ordre ; avec un Sarkozy zélé dans l’empressement à effectuer cette visite qui lui donne l’occasion de prononcer un discours sur les racines chrétiennes de l’Occident et plus particulièrement, de la France. L’Histoire, elle joue le rôle d’un Testament moderne et laïque, sorte d’Ecriture servant aux chefs d’Etat pour asseoir la foi envers les Héros de tous les âges, de Jeanne d’Arc à De Gaulle, y compris maintenant les héros de la politique dont un certain Nicolas qui se voyait ainsi en se rasant le matin. La différence entre la religion et la foi dans le politique, c’est que la première a ses Ecritures définitivement inscrites alors que le politicien doit faire appel à un écrivain pour quelques discours bien ficelé censés doper la foi des citoyen. D’où la présence d’Henri Guaino toute symbolique. Néanmoins, non sans quelque malice, on rappellera que les Ecritures font l’objet d’interprétations selon les époques et c’est ce qui rapproche la religion de l’Histoire qui elle, sert le politique moyennant aussi une interprétation particulière.

 

De cette rencontre, il serait bon d’évoquer non seulement le rappel des origines chrétiennes de la France mais aussi quelques tractations plus anciennes mettant aux prises les gens de foi et ceux du pouvoir temporel. L’occasion de signaler la marque du césaropapisme, notion datant du 19ème siècle (on comprend pourquoi avec Napoléon) et qui caractérise un phénomène historique typique de l’Empire romain au plus fort de sa puissance. Le césaropapisme désigne la velléité d’un pouvoir temporel (symbolisé par le règne de César) à exercer son pouvoir sur le religieux (symbolisé par le Pape) L’Empereur empiète sur le pouvoir de l’Eglise. Un précédent fut institué par l’Empereur Constantin qui se converti au christianisme, puis régna en jouant de deux pouvoirs maintenant l’Eglise sous sa sujétion. De plus Constantin siégeait parmi les évêques comme s’il était l’un d’entre eux en se posant comme gardien du dogme. Ce mode de gouvernance sera pratiqué dans l’Empire byzantin, puis dans l’Europe du Haut Moyen Age, pendant la période otonienne, qui tire son nom du chef suprême du Saint Empire romain germanique, Oton premier. Celui-ci, fut sacré à la basilique du Vatican puis couronné par Jean XII en 962. Dès lors, de troubles jeux de pouvoirs se dessinèrent. Oton décida que le scrutin d’élection du Pape devait être visé par les autorités de l’Empire, puis s’arrogea un droit de regard sur la légitimité du Pape, lui imposant de prêter serment auprès de l’Empereur, et enfin promulgua un décret instituant le contrôle total sur la désignation du Pape par les Romains. De ce fait, c’était un moyen d’assurer son pouvoir dans l’Empire en se servant du relais des Evêques. Ce n’est qu’en 1122, lors du concordat de Worms, que l’Eglise reprend en main les deux axes du pouvoir en mettant un terme au césaropapisme tout en conférant au Pape les deux glaives, à charge à sa personne de livrer celui du pouvoir temporel au chargé de mission auquel il fixe la feuille de route.

 

La suite de l’Histoire est connue. Les lignes ont bougé de siècle en siècle pour aboutir à la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. En 2007, la vue du tandem Benoit XVI Sarkozy fait penser à une résurgence du césaropapisme mais dans une version inédite car exercée sur un empire dédoublé, celui des médias. Comme si on avait affaire à un partage du marché. Deux chefs de multinationale du pouvoir impérial post-moderne se partageant le Saint-siège d’un conseil d’administration des affaires politiques et spirituelles, bref, un peu à la manière d’une association entre un constructeur japonais et un autre européen pour régner sur un plus grand territoire en unissant leurs compétences. Et c’est une affaire sérieuse. Comme l’a dit Sarkozy, la foi politique mérite autant que la foi religieuse. Il n’y a pas de prêtre à mi-temps et moi je suis Président à temps plein.

 

 

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Pas de 1929 en vue ! Mais une crise sociale assortie de mensonges

  • Dec 21, 2007
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1929
1929

Ce billet tente de répondre à une question posée précédemment, puis développe la thèse d’une crise qui doit se penser plus sociale qu’économique, tout en dénonçant les mensonges des dirigeants et des intellectuels d’Etat.

 

 

POURQUOI IL N’Y AURA PAS DE CRISE COMME CELLE DE 1929

 

Le spectre de 1929 semble installé dans nombre d’esprits. Faut-il craindre le pire ? Rien ne permet de le penser et de le dire, car l’économie étant devenu mondialisée, complexe, interconnectée, et riche de toutes ses liquidités circulantes ; et donc on peut raisonnablement miser sur une masse inertielle tellement puissante que rien ne peut la dévier, du moins pour les cinq voire dix prochaines années ; car il faudra bien nous préparer à l’après pétrole et revoir nos modes de consommation, nos choix, notre style de vie, du moins pour les classes moyennes. Pour l’instant, quelques-uns, et GW Bush en tête, disent que l’économie américaine se porte bien, d’autres, comme ici en France Jacques Attali, s’improvisent en Cassandre et nous la jouent crise de 29 avec à l’appui des chiffres faramineux censés terrasser nos défenses psychologiques et nous plonger dans l’inquiétude, tel des vacanciers au bord de la plage lorgnant sur un mur d’eau voué à nous submerger. Quant aux analyses de l’OCDE, elles ne sont pas du tout alarmistes et semblent pour le moins réalistes. Que disent-elles ? Que l’endettement est important, que pour l’immobilier, des segments à risque élevé ne sont pas transparents, que la crise des subprimes est bien avérée, mais qu’en fin de compte, ces « déficiences » financières interviennent dans une période où la croissance est soutenue, si bien que si quelques indices dévissent, le choc sera absorbé par l’imposante masse du système économique. Il en coûtera de la croissance certes, mais pas de quoi évoquer une récession durable.

 

Un seul bémol, l’envolée du prix des matières premières, une affaire qui mérite un regard affûté s’autant plus que les spéculateurs sont à l’affût mais pas de quoi s’affoler, nous n’en sommes pas rendus là. Et donc, lorgner sur l’imposant endettement des ménages américains ainsi que les secousses bancaires des liées aux subprimes ne doit pas susciter l’effroi. Tout semble relever d’une cuisine bancaire bien ordinaire, avec des établissements qui ont pris plus de risque et une bonne dose d’opacité quant aux produits financiers qui se sont refilés tels des livres de compte licencieux, sous le manteau, comme les romans libertins aux 18ème siècle.

 

Crise, krach, clash, ces mots n’ont qu’un pouvoir signifiant réduit mais ils ont le don d’exciter les esprits et de jeter quelque trouble en jouant d’une subtilité sémantique que la médiarchie se fait un plaisir d’utiliser pour contrôler la pensée des masses citoyennes. Les crises financières sont diverses, tant dans les mécanismes qui les engendrent que leurs conséquences économiques (la production, la croissance) et leurs conséquences sociales (le chômage, l’inflation, la pauvreté). La crise la plus connue et du reste, la plus importante dans ses conséquences, est bien évidemment celle de 1929. Après 1945, des crises nationales puis internationales se sont produites, sans pour autant que les économies s’effondrent ni les sociétés d’ailleurs. Le niveau de développement des pays de l’OCDE a largement atténué les effets des « crises ». Doit-on alors parler de crise ou de secousse ? Le second terme convient mieux et pour décrire la situation actuelle il est approprié. Ainsi, on devrait redouter des secousses prochainement, des sortes de trou d’air déstabilisant quelques établissements, quelques zones économiques, mais pas un effondrement comme en 1929.

 

Les Cassandre jouent sur les chiffres sans aucune analyse de fond. Ah, cette fameuse dette publique et privée des Américains, elle atteint 250 % du PIB, alors qu’elle n’était que de 150 % en 1929. C’est le seul chiffre à retenir, quant aux secousses des subprimes, elles ne sont qu’un phénomène de surface liée à la découverte de segments financiers douteux, un peu comme si on apprenait que quelques champs pétrolifères étaient épuisés avant la date estimée par les géophysiciens. Ce serait un élément suscitant la panique. C’est ce chiffre mis en avant par les Cassandre mais n’il y a-t-il pas tromperie à parler d’un remake de 29 ?

 

La situation n’avait rien de comparable car tous les fondamentaux de l’économie avant 1929 était bien différents de la situation actuelle. Premier point, une économie des Etats-Unis en pleine effervescence, frénétique mais pas consolidée, dans un contexte mondial décalé et une Europe pas encore remise de la déflagration achevée en 1918. Second point, les signes avant-coureurs étaient connus. Dès 1927, chute des productions immobilières alors qu’entre mars et septembre 1929, la production automobile baissait de 600 000 à 400 000 et qu’entre mai et octobre, la production industrielle chutait de 7 points. Bref, rien de commun avec la situation actuelle où la croissance mondiale est soutenue alors que trois économies de gros calibre sont en place et peuvent amortir les secousses, USA, Europe, Asie. Troisième point, le système économique de 1929 était relativement jeune, dépourvu des mécanismes d’amortissement sophistiqués ou simples, dont on dispose actuellement. Et comme l’a analysé Galbraith, ce n’est pas seulement la spéculation boursière qui est responsable de cette crise mais aussi la fragilité des entreprises et la mauvaise répartition de la richesse, tous ces facteurs faisant de l’ensemble un système vermoulu, vicié, tel une poutre de bois à l’apparence convenable mais rongée par les termites à l’intérieur. La charpente finit par s’écrouler. En 1932, L’indice boursier avait chuté de 80% et le PIB des Etats-Unis avait diminué presque de moitié. Ce n’est qu’avec la guerre que l’économie va vraiment redémarrer alors que l’indice boursier mettra 25 ans à rejoindre son niveau de 1929. Epoque où les banques prêtaient pour acheter des actions alors que les entreprises ne pouvaient pas suivre en versant des dividendes. Actuellement, le cours des actions est dans les normes du raisonnable. Pas comme en 1929.

 

Juste une parenthèse sur le krach de 1987. Rien de commun avec 1929. 20 %, ce fut le dévissage du Cac 40. On a craint le pire or l’année suivante, la croissance a redémarré. Rien de paradoxal. L’argent placé dans l’économie spéculative s’est déplacé vers l’économie immédiate via divers mécanismes de transferts, notamment la consommation. Dans un contexte où les capacités productives suivent. Et les banques centrales de jouer aussi les parachutes, comme maintenant du reste, pour palier à un problème similaire (refinancement des établissements financiers)

 

CRISE SOCIALE ET MENSONGE DES DIRIGEANTS

 

 Il semble donc avéré que le spectre de 1929 a été brandi un peu hâtivement. Ce qui ne veut pas dire que tout tourne rond. Loin s’en faut. La crise des subprimes et l’endettement américain auront des conséquences sur l’économie de ce grand pays. C’est normal, tout comme un ménage endetté doit se serrer la ceinture, régler ses créanciers, et repartir d’un bon pied. Les Américains ont consommé plus que leurs moyens. Il y a eu une croissance anticipée. Il est logique qu’elle se dégonfle. Quitte à devenir nulle une année ou deux. Et alors, ce n’est pas un drame. Les Chinois vont se décider à consommer plus. L’histoire économique sait que les croissances ne sont pas identiques d’une zone à une autre et que des rattrapages existent. Ce fut le cas pendant les Trente Glorieuses, la France avait 3 points de plus que les States et le Japon 6.

 

Mais l’essentiel à retenir, c’est qu’il n’y a pas grosse menace sur l’économie mondiale et que ces spectres sont brandis par les intellectuels d’Etat, Attali, Rocard etc. comme pour excuser les politiques de leur incapacité à régler des problèmes de fond qui ne sont pas tant économiques que sociaux. Si crise il y a, elle est sociale. C’est alors pratique d’aller chercher les fautifs Outre-atlantique ou près de la Chine, afin de justifier la conjoncture actuelle faisant que l’économie profite à une large minorité (entre 20 et 30 %) de Français, laissant sur le carreau une autre minorité, au lieu que le système soit équitable et qu’une grosse majorité, disons les deux tiers, puisse voir son niveau s’améliorer alors que les restants aient une possibilité de mise à l’étrier.

 

Nos gouvernants peinent à rendre équitable la distribution des richesses, tout autant qu’à gérer les dépenses publiques. Dans ce contexte, soulignons également la désignation de bouc émissaires censés expliquer le malaise du pouvoir d’achat et l’ampleur des prélèvements. Un coup on brandit le Rmiste qui se la coule douce et refuse de travailler (c’est faux, les études montrant que 90% d’entre eux accepteraient un job à temps plein), ou alors le Rmiste rentier qui touche l’allocation en masquant ses revenus. Une autre fois, un Sénateur s’en prend aux héritiers pressés de toucher le pognon de la succession après avoir bénéficié de l’APA pour leur mère. Encore des boucs émissaires accusés de grever les budgets départementaux mais aucun regard sur la manière dont les dépenses sont gérées par les élus locaux. Des tas de demandes pour un logement HLM restent lettre morte. On n’ira pas regarder la politique du logement depuis dix ans mais on pointera le coupable, ce ménage à hauts revenus qui occupe un HLM de manière jugée illégitime. On en ferait presque un hors-la-loi alors que ces gens payent chaque mois leur loyer. Parfois, la hauteur des revenus s’explique par le fait que madame s’est remise à travailler alors que monsieur a monté en responsabilité dans sa boîte. Bref, des gens qui réussissent, travaillent et qu’on désigne presque comme voyous. C’est d’ailleurs Jean-Paul Bolufer, Dircab de la Ministre Boutin, qui est le plus sévère sur ce point, alors qu’on vient d’apprendre qu’il loue un cossu appart HLM, géré par la ville de Paris, dans le Cinquième, au quart du tarif pratiqué par le marché.