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Fulcanelli
Fulcanelli d'Aquithènes
Chroniques transversales, métaphysique, philo, science, société, politique, musique, etc.
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283 posts from 2006

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Vivement que ça se termine

  • Dec 30, 2006
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Plus que trois jours à passer pour qu’enfin la trêve festive et morose se termine. L’intense activité sur le Net m’a permis de sonder un peu la société française. Certes, il n’y a pas de brassage social intégral puisque des catégories sont sous-représentées, voire absentes mais au moins, la Toile permet d’interagir avec une diversité d’individus largement supérieure à celle de notre vie quotidienne, le travail, les loisirs associatifs, les proches. Cette activité, faite d’édition de billet et de commentaires réactifs, finit par laisser une impression diffuse de la mentalité française actuelle. A laquelle contribue également la fréquentation des médias qui eux aussi, propagent des éléments informatifs mais plus généralistes, moins personnels, composés de faits divers, d’événements concernant des personnalités, de discours et phrases prononcée par des politiques, des intellectuels, des responsables associatifs. Bref, une image contrastée se forme.

 

Cette image est sombre. Du moins pour une partie de la société amputée des fruits du progrès et de l’accès au travail. Comme le constate Thomas Coutrot, membre du Réseau d’alerte sur les inégalités, les gouvernements se sont résignés à ce que la France ait un taux de chômage élevé. On se souvient de la phrase de Mitterrand au début des années 1990. Contre le chômage, on a tout essayé. Pire que cela, si l’on en croit Coutrot, le modèle économique français fonctionnerait mieux avec du chômage que sans. Quant à Jean-Pierre Guenanten, délégué du Mouvement national des chômeurs et précaires, il évalue à six millions le nombre de demandeurs d’emploi réels en comptabilisant non seulement les inscrits de l’ANPE toutes catégories, mais aussi ceux qui ne sont pas inscrits sans pour autant être réfractaire au travail.

 

Quel lien entre ces deux choses ? Une intuition, confirmée par ailleurs avec des choses vues, lues et entendues. La résignation de la France face au chômage est non seulement le fait des gouvernements mais aussi de l’état d’esprit de la société civile, ou du moins d’une majorité de ceux qui disposent d’un emploi les satisfaisant, ou qu’ils jugent acceptable. Les uns sont indifférents parce qu’ils sont satisfaits, les autres par ressentiment, subissant leur situation et nullement disposés à s’intéresser à la souffrance. Ce qui n’empêche pas de souligner la minorité qui se bat pour faire changer les choses, notamment dans les associations comme par exemple AC. Ayons une pensée pour elles. Cette résignation des gens face au chômage, les politiques l’ont bien compris. C’est pour cette raison qu’ils ne prennent pas des mesures radicales pour y remédier. La plupart des gens se sont accommodés de cette situation, malgré les plaintes qu’on entend, tandis qu’un bon nombre en tirent bénéfice. Voilà.

 

2006 s’achève. Il n’y a rien à espérer de 2007. Bonne fêtes de fin d’année.

 

 

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Dialogue à venir sur deux systèmes du monde

  • Dec 27, 2006
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Voici un peu moins de quatre siècles, Galilée publiait un livre promis à un retentissement remarquable dans une Europe en plein bouleversement. Dans Le dialogue sur les deux systèmes du monde, Galilée jetait les bases d’une science prometteuse, la physique mathématique. Une science pourtant inédite, inattendue, voire même incongrue en une époque où la physique aristotélicienne était devenue la doctrine officielle permettant de décrire et comprendre autant que faire se peut la nature physique. L’objectif visé par Galilée est de présenter le résultat de ses investigations le conduisant à fournir une nouvelle représentation d’une Nature physique, assurément réglée (l’expérience le montre), voire même écrite (la pensée le spécule) par les mathématiques.

 

C’est à dessein que j’ai séparé les deux champs, celui de l’astronomie expérimentale symbolisée par la formule « et pourtant elle tourne », et celui de la métaphysique (fille et donc rivale de la théologie) avec l’autre célèbre formule « l’univers est écrit en langage mathématique », extraite du Saggiatore, publié 11 ans avant le Dialogue. L’évocation est celle de la distinction fondamentale opérée par la scolastique médiévale, héritée d’Aristote, entre la physique et la métaphysique. D’après Duhem, si Galilée s’en était tenu à une description physique du comment, sans déborder dans le champ de la philosophie de la nature, alors il n’aurait pas été inquiété par les théologiens. Cela se comprend. A l’époque, faire de la philosophie naturelle, c’est se prononcer sur l’essence des choses et donc sur le créateur et se mettre en contradiction avec la doctrine immutable de l’Eglise et ses théologiens.

 

« S’ils eussent pensé que Galilée parlait sincèrement en astronome, et non en philosophe de la nature, en physicien, selon leur langage ; s’ils eussent regardé ses théories comme un système propre à représenter les mouvements célestes, et non comme une doctrine affirmative sur la nature réelle des phénomènes astronomiques, ils n’eussent point censuré ses idées. Nous en avons l’assurance par une lettre que, dès le 12 avril 1615, le principal adversaire de Galilée, le cardinal Bellarmin, écrivait à Foscarini : « Votre Paternité et le seigneur Galilée agiront prudemment en se contentant de parler ex suppositione, et non pas absolument, comme l’a toujours fait, je crois, Copernic ; en effet, dire qu’en supposant la terre mobile et le Soleil immobile, on rend compte de toutes les apparences beaucoup mieux qu’on ne pourrait le faire avec les excentriques et les épicycles, c’est très bien dire ; cela ne présente aucun danger et cela suffit au mathématicien. » Dans ce passage, Bellarmin [60] maintenait la distinction, familière aux Scolastiques, entre la méthode physique et la méthode métaphysique, distinction qui, pour Galilée, n’était plus qu’un subterfuge » (Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, p. 38)

 

Galilée met en scène trois personnages, l’un faisant figure de modérateur neutre, médiateur circonstanciel entre les deux protagonistes de la controverse, Simplicio, le partisan de la physique aristotélicienne campé, dans une position obtuse parfois ridicule, et Salviati, partisan de Copernic. Ce dialogue est devenu le symbole de la naissance de la science moderne qui à ses débuts, dut batailler pour gagner la faveur des milieux instruits et savants. Reste à savoir ce qu’est un système du monde. Une chose est sûre, la controverse a concerné d’abord la manière de voir le monde, l’explorer avec l’observation et l’expérience. Ensuite, la nature des choses s’est trouvée au centre des débats. Cette essence des choses relève de la métaphysique. Auguste Comte avait proscrit les recherches sur la substance, au profit des investigations sur les lois régissant la nature qui se donne à l’expérience. Ce qui n’a pas empêché les savants de poursuivre leur quête des fondements, ouvertement ou à leur insu. La question de l’éther à la fin du 19ème siècle relève autant des sciences physiques que de la philosophie de la nature.

 

Si le Dialogue de Galilée est le plus prisé par les scientifiques, c’est parce qu’il représente l’émancipation de la science moderne vis-à-vis de la tutelle théologique. Mais ce n’est pas tellement cet aspect qui compte. Indépendamment de toute récupération idéologique, ce dialogue expose comment une transition épistémologique s’opère dans la manière d’observer le monde et surtout de le voir. De telles révolutions, la science en a connu, beaucoup en physique, notamment au tournant du 20ème siècle, mécanique quantique et relativités. En biologie, Darwin. En psychologie, Freud. Sans compter les sciences sociales. L’épistémologie contemporaine a su intégrer les ruptures, les révolutions, les changements, les progrès, tout cela dans le champ des savoirs.

 

Parmi les découvertes, les unes reposent sur des faits expérimentaux, sur l’observation, et doivent beaucoup aux nouveaux dispositifs technologiques. Sans les techniques microphysiques, pas de quanta ni de gènes. L’utilisation des appareils d’observations fut presque une hérésie du temps de Galilée. Il était hors de question de contredire la doctrine des savants théologiens. Puis c’est devenu la règle. Il ne viendrait pas à l’idée d’un savant de mettre en scène un dialogue où par exemple, un Simplicius défendrait la physique de Newton contre celle d’Einstein, ou l’hypothèse de la génération spontanée contre celles des biologistes contemporains. Mais l’histoire connaît des changements de système du monde au fil des avancées scientifiques. Et maintenant ?

 

Il faut garder à l’esprit que la vision du monde est fondée sur des expériences, faits et observation mais que c’est avant tout un acte intellectuel, le résultat d’un processus de la pensée qui parvient à s’accorder sur une vision en dépassant le champ de l’expérience. L’invisible pour ce qui est de la compréhension de l’univers matériel des champs, particule, atomes, l’univers vivant avec ses molécules mais surtout, une théorie telle que celle de Darwin nécessite une projection dans un temps dépassant toute échelle humaine. C’est le cas aussi de la cosmologie où là, espace et temps sont incommensurables à l’homme. La conception d’un monde ou d’un objet est donc le résultat d’une spéculation intellectuelle effectuée sur un réel entre-ouvert par les expériences et les ouvres-boîtes technologiques.

 

Actuellement, la physique semble en crise autour de la grande unification, le big bang est encore la thèse dominante mais controversée, tandis que la biologie mécaniste et les neurosciences physicalistes s’entendent sur un paradigme commun, non sans une crise en biologie théorique. Et pourtant, l’hégémonie annoncée des sciences mécanistes, du matérialisme, du darwinisme social, tout cela est sans doute amené à basculer prochainement. Oui mais quand, comment et pourquoi ? Le quand n’a pas lieu d’être posé, le basculement se fera progressivement. Le pourquoi, disons que c’est le souci d’intelligibilité, de sens et de vérité au sens métaphysique qui servira de ressort. Le comment, c’est simple. Un corps doctrinal, des schémas, des écrits, des théories et surtout, la mise en œuvre de la pensée spéculative. Ce ne sont plus les résultats empiriques mais la manière de les ordonner en un système qui fera la différence.

 

La science contemporaine a fourni des modèles formels du cosmos, de la vie, de l’homme, en combinant des éléments tirés de l’expérience. Les représentations sont en fait des extrapolations, qu’il s’agisse de se projeter dans l’infiniment grand (avec temps et espace) ou l’infiniment complexe (avec formes et mécanismes) L’infiniment petit résiste à une vision extrapolée à partir du sens commun. Dans le monde des champs quantiques, le temps, l’espace, la forme, le mécanisme, n’ont plus le même sens.

 

Nous voilà au seuil d’une alternative. Le système mécaniste va-t-il s’imposer ou bien un autre système du monde est-il amené à émerger ? Non pas pour contredire le modèle mécaniste dans son champ scientifique mais le dépasser en ajoutant aux domaines des processus physiques objectifs un champ méta-physique irréductible à celui des objectivités. Bref, de l’hétérogène pour ne pas dire du transcendant. Tel sera l’enjeu épistémologique majeur de ce siècle. Un dépassement des savoirs scientifiques et positifs et l’élaboration d’une nouvelle vision du monde, de la vie, de l’homme. Je prends les paris ! La révolution sera double, elle se fera dans le champ des sciences de la Nature et de l’Esprit

 

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Les Lumières brillent-elles encore ?

  • Dec 26, 2006
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Après un numéro spécial sur l’intelligent design paru il y a un an, le Nouvel Observateur propose dans son édition de Noël un dossier sur les Lumières. Est-ce l’affaire Redeker, la crise de société ou la monté des islamismes qui suscite un tel intérêt ? Sans doute mais l’idée d’une trahison des Lumières par nos sociétés reste quand même un marronnier dont se sert la cléricature pensante. « La trahison des Lumières », tel est le titre d’un livre écrit il y a dix ans par Jean-Claude Guillebaud, bonne conscience du clergé intellectuel. 2007, les élections approchent, la France s’interroge. Que peuvent encore nous dire ces « mythiques Lumières » du 18ème siècle ?

 

Si pour les Européens de la Renaissance, le monde grec a constitué un idéal de société, d’accomplissement esthétique et moral, voire même un mythe structurant le présent, depuis 150 ans, le siècle des Lumières semble jouer un rôle similaire pour nous, Européens et surtout Français. Néanmoins, deux éléments fondamentaux différencient le monde grec compris par la Renaissance du monde des Lumières qui hante nos esprits. L’Antiquité a été perçue comme un monde achevé, idéalisé, dont l’essence doit être retrouvée pour reconstruire une société tendant vers la perfection. Les Lumières sont au contraire un principe de civilisation, portant les valeurs d’égalité, de droits naturels et de liberté, servant plus de moyens, d’instrument, que de modèle à imiter ou égaler. De plus, les Lumières n’ont pas cette clarté idéale et sont entachées d’une suspicion, d’un doute quant à une duplice ambivalence par laquelle elles se retourneraient en un sombre dessein.

 

En fin de compte, les Lumières pourraient être consignées dans un texte évangélique moderne. Si les Evangiles chrétiens parlent d’amour, celles des Lumières prônent la liberté et l’émancipation. Le parallélisme entre Ecritures et philosophie des Lumières n’est pas usurpé car les Lumières ont représenté une sorte de religion sécularisée (instituant la foi dans le Progrès), laïque, à laquelle s’est opposée la tradition catholique conservatrice. De plus, il est question dans ces antagonismes d’une tension entre pouvoirs temporels. Enfin, si on admet que les ordres religieux ont peu à peu détourné le dessein consigné dans le Nouveau Testament, on pourrait en dire de même des ordres politiques modernes. Les totalitarismes contemporains sont pour une part le résultat d’un dévoiement des Lumières mais les Lumières n’y sont pour rien ! On aurait pu s’attendre à ce que les Lumières constituent un garde-fou contre ces événements. Eh bien non, pas plus le message d’amour que celui de liberté n’a réussi à contrecarrer des processus de société ayant asservi les hommes, avec ses massacres, guerres et autres abominations.

 

Les Lumières, ce sont des « bonnes intentions », des croyances et des valeurs, comme on en trouve dans les écrits religieux, mais l’homme suit une pente plus sombre où les désirs et la technique jouent un rôle important. Les belles paroles sont bien impuissantes face aux puissances historiques et politiques mais elles ne sont pas vaines. Sans Ecritures, livres, valeurs, cultures, il n’y a pas de salut possible.

 

Si on devait pointer une erreur de jeunesse dans « les idées des Lumières, » où du moins telles qu’elles ont été fixées en un canon philosophique pendant la Troisième République, c’est l’abandon, voire la négation de la transcendance. Ou même l’élaboration d’une transcendance seulement humaine, trop humaine… l’Histoire par exemple. Les Lumières auraient dû être dépassées sans que ses idées fondamentales soient abandonnées, voire niées. Les religions ont mal compris la transcendance, ayant tendance à confiner pour le meilleur et le pire les esprits dans les geôles de la croyance, croyant bien faire et prémunir l’homme des dérives du mal, ce faisant, elles ont aussi barré l’accomplissement de l’humain vers l’émancipation et la liberté. A l’inverse, les Lumières ont ouvert la voie vers la liberté mais sans y mettre un contenu, un ressort transcendantal. Voire même transcendental. Les Lumières ont tenté de décrypter l’homme, son émancipation, sa raison, sa liberté, sans déchiffrer la véritable essence de sa condition face à la technique, la société et lui-même.

 

( Le sujet transcendental, voilà une tâche philosophique pour les temps présents. Le principe, instituer une réciprocité entre l’homme et le Transcendant. Penser le Divin dans l’homme et l’homme dans le Divin. Et puis décliner, la Liberté est dans l’homme et l’homme est dans la Liberté ; la Conscience est dans l’homme et l’homme est dans la Conscience ; le Beau dans l’homme, la Puissance dans l’homme, la Vérité dans l’homme, l’Etre dans l’homme. Un programme philosophique assez ambitieux mais surpasser les Lumières exige de l’audace ! Affaire à suivre… Mais les Lumières, qu’amènent-elles ? )

 

 Plusieurs questions auxquelles il a été répliqué diversement. D’abord les valeurs et la signification des Lumières. Les études savantes pléthoriques ont largement répondu. Reste l’essentiel. Sont-ce les Lumières qui nous interrogent ou bien l’utilisation qu’en ont faite les hommes ? Autrement dit, c’est plus le rapport des hommes lettrés (politiques et intellectuels) à la pensée des Lumières, que cette pensée elle-même, qui nous interroge. Ensuite, on pourra toujours voir la part d’ombre et d’irrésolu dans les Lumières, ce qu’elles occultent, voilent, et surtout ce qu’elles ne parviennent pas à dévoiler. Enfin, on se demandera sous quelles modalités une pensée intervient dans le cours des sociétés.

 

Si les hommes agissent en fonction des idées ou si une spontanéité, une volonté irraisonnée voire irrationnelle est à l’œuvre, avec des pulsions, désirs etc. ; et si les écrits, plutôt que de prescrire, ne serviraient pas en fait à interpréter et offrir quelques « panneaux de signification » orientant la conscience dans le monde, tout en expliquant l’homme ?

 

Rapport de l’homme à l’écriture, la parole, les discours, voilà ce qu’il est nécessaire de penser actuellement. Etant entendu que toute écriture mérite un examen et que l’interrogation ne se limite pas à une seule pensée, mythifiée, celle des Lumières. D’autres textes suscitent des questions similaires, ne serait-ce que les Ecritures. Comme le disait Hermann Broch, le mythe vit dans l’expérience humaine. On pourrait en dire autant des Lumières, « mythe philosophique » ou « philosophie mythifiée », vivant dans l’expérience collective de nos sociétés occidentales cherchant ses réponses, alors que ces mêmes Lumières ont vécu comme vecteur de progrès pendant la Troisième République. Comment vivre soi, comment vivre avec les autres ?

 

Le dossier du Nouvel Observateur est de bonne facture. Pour ma part j’ai retenu les propos de Régis Debray, l’un des rares intellectuels brillants en cette époque ainsi qu’une perspective historique sur les opposants aux Lumières, billet écrit par Aude Lancelin. L’Histoire de la pensée moderne sait combien nombreux et différents ont été les opposants aux Lumières en Europe, notamment en Allemagne et en France. Ils ont été sceptiques ou alors plus souvent réactionnaires, conservateur, censés incarner le frein traditionnel face au progrès. Ensuite, deuxième stade, la critique accusatrice après les horreurs des guerres et totalitarismes des années 1910-1950. Maintenant, certain pleurent les Lumières, constatant la décomposition morale de la société et les dérives sécuritaires, autant que la perte des valeurs culturelles et l’avènement des soi-disant néo-réacs.

 

Debray a bien noté la part d’ombre des Lumières, l’idéalisation après 1870, et la part de Rousseau, autrement dit la compréhension du fait religieux en l’homme. Il était illusoire de croire qu’en évacuant les réponses traditionnelles face aux désirs (besoins) de croire, la raison allait suffire à combler l’homme. Pire que cela, la stricte application des principes de la rationalité a produit une sorte de despotisme intellectuel discréditant les religions, les aspirations à la foi, les phénomènes mystiques voire irrationnels. Ce despotisme est responsable d’un certain désenchantement tout en pointant comme sectaires des pratiques n’entrant pas dans le cadre de la raison et des positivités. Comme le dit Debray, ceux qui s’intéressent au religieux ou au mythique sont frappés d’obscurantisme. De ce fait, les tendances new age ont été discréditées alors qu’elles ont inauguré de nouvelles réponses, voire issues, à ceux qui aspirent à un autre dessein que celui promis par le système technicien, les marchandises et cette démocratie devenue bien fade en arbitrant la compétition de tous contre tous dans un monde où l’économie fait figure de salut.

 

En paraphrasant Nietzsche, on dira que Les Lumières ont éclairé en demi-teinte le monde et que ce sont les hommes qui ont appuyé sur l’interrupteur, pour les allumer puis les éteindre. Les Lumières ne sont pas encore advenus car les hommes ne parviennent pas à brancher correctement le courant.

 

Mai 68 et l’atmosphère qui régna quelques années après représentent à mon sens l’esprit des Lumières tel qu’il pouvait advenir en cette époque pleine d’espérance ; et le new age incompris... Maintenant, les réacs aux âmes desséchées et obtus campent en donneurs de leçon. Les Lumières sont éternelles, elles sont dans le monde, elle émanent des civilisations tout en luisant dans la pénombre des consciences. Chaque époque à ses Lumières. Tout est question de disposition et d’un principe universel. Si les hommes ne veulent pas se mettre à la hauteur des Lumières, celles-ci resteront inaccessibles !

 

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Dépassement

  • Dec 25, 2006
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Le sujet transcendental, voilà une tâche philosophique pour les temps présents. Le principe, instituer une réciprocité entre l’homme et le Transcendant. Penser le Divin dans l’homme et l’homme dans le Divin. Et puis décliner, la Liberté est dans l’homme et l’homme est dans la Liberté ; la Conscience est dans l’homme et l’homme est dans la Conscience ; le Beau dans l’homme, la Puissance dans l’homme, la Vérité dans l’homme, l’Etre dans l’homme.

 

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24 décembre

  • Dec 24, 2006
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L’année se termine sur des scandales, la pauvreté d’un côté et de l’autre, des sommes énormes distribuées aux commis des grandes banques. L’argent et le système bancaire devraient être au service de l’économie mais c’est plutôt une inversion de ce principe à laquelle on assiste. Peut-être est-ce la règle de l’efficacité économique. Le système productif est plus efficace, il y a de la croissance, alors pourquoi ne pas se faire l’avocat du diable et reconnaître la légitimité pour ces gens de la finance. Et pour toutes les classes supérieures qui profitent de manière privilégiée, mais qui, selon la vulgate de la doctrine politique droitière, le méritent parce qu’elles créent des richesses.

 

Dans les années 1960, comme l’avait bien vu Ellul, la France était gouvernée au centre gauche, avec un souci de solidarité. Il y avait des liens sociaux puissants, souvent encadrés, un art de vivre en société, un sens du partage, des HLM affreux mais prisés des prolétaires, des bidonvilles aussi. En 1990-2010, l’individualisme s’est renforcé. La pauvreté coexiste avec la richesse. Alors qu’une gouvernance à gauche s’impose, la France est maintenant économiquement à droite et les anti-libéraux sont promis à disparaître non sans avoir tenté de résister. Ah que voilà un french paradox. Simple à expliquer. Le matérialisme, l’égoïsme, l’individualisme, les désirs, le système technicien. Ne cherchons plus une société morale, la tendance ne va pas dans ce sens.

 

Je n’aime guère ces fêtes, vouées à la consommation effrénée et obligatoire.

 

Sur ce, bon Noël.

 

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Monde nouveau, avec ou sans révolutions

  • Dec 20, 2006
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Tout historien qui se respecte, exerçant dans un domaine spécialisé ou non, ne peut qu’être passionné par l’étude des révolutions. Celles-ci adviennent dans plusieurs champs de la société. Certes, l’archétype universel de la révolution reste 1789, mais d’autres nations ont aussi connus des spasmes similaires, l’Angleterre en 1649, puis 1689, les Etats-Unis en 1787, sans pour autant rivaliser avec le symbole de la révolution française. Ces événements ont concerné l’Etat et le mode de gouvernement, tout en engageant la société dans son ensemble, bouleversant les rapports de pouvoirs, à la fois au sein de l’Etat et entre les gouvernants et les gouvernés.

 

Souvent, les révolutions politiques se font avec une violence exacerbée. Ce qui n’est pas le cas dans les autres domaines parmi lesquels la technique prend une place éminente. Que de transformations, notamment à l’ère contemporaine, après 1815. Première, seconde, troisième révolutions industrielles. Charbon, pétrole, électricités et puis l’ordinateur et une nouvelle révolution bouleversant l’existence. Les révolutions technologiques bouleversent la vie quotidienne des gens. Elles se propagent dans d’autres domaines. Le passé s’éloigne et l’avenir se dessine d’une manière nouvelle, inédite. L’entrelacement de la pensée et des évolutions technique engendre des révolutions dans deux autres domaines, l’Art et les savoirs.

 

Révolutions économiques. Elles sont nécessaires, épousant les nécessités du commerce et de l’investissement. Sans l’introduction de la monnaie papier, pas de révolution productives liée à la révolution industrielle. Création des grandes banques. Introduction des valeurs mobilières, bourse. D’autres changements ont eu lieu, ayant pour finalité de sécuriser les moyens de paiement. Abandon de l’étalon or. Passage au système monétariste. Régulation des changes par les marchés financiers. Ne pas oublier les évolutions dans le système de la solidarité, de la santé. La Sécu instituée après la Guerre appartient aux révolutions économiques, avec d’autres dispositifs redistributifs et mutualistes.

 

Révolutions esthétiques. Elles ont concerné tous les champs de l’Art, littérature, peinture, musique etc. Impressionnisme, expressionnisme, suprématisme, cubisme, surréalisme, action painting, abstraction, autant de métamorphoses dans le regard du peintre. L’Art évolue à coup de ruptures, comme en musique, avec les compositions prodigieuses, pour être exécutée par les instruments classiques puis amplifiés à l’époque de l’électricité.

 

Révolutions des savoirs. Parmi les grands moments, on accordera une place éminente à la période axiale, avec en Europe la naissance de la pensée philosophique rationnelle. La suite est connue. Le passage aux système héliocentrique a été appelé révolution copernicienne. Les découvertes scientifiques liées aux expériences et à leur théorisation ont révolutionné notre manière de comprendre les différents ordres de réalités, monde physique, atomes, particules, ondes et cosmos ; systèmes vivants, évolution, cellules, molécules, gènes ; homme, inconscient, société, Dieu. A notre époque, c’est la science qui semble offrir la base des révolutions récentes dans le savoir.

 

Révolutions éthiques et religieuses. On sera bien étonné qu’en cette matière puissent advenir des révolutions. Ce serait ignorer la Réforme, la Contre-réforme, les droits naturels de l’homme, Vatican II, ainsi que l’évolution de la spiritualité et des croyances, avec des mouvements humanistes, mystiques, parfois sectaires.

 

Le tableau est complet, avec le triptyque universel, technique, politique, éthique. En règle générale, les révolutions de diverses essences se conjuguent, se renforcent, s’entrelacent, se superposent, créant des situations de plus en plus complexes. La connivence entre la physique de Newton, les idées des Lumières et la Révolution française sont connues. Ce même Newton qui influença la pensée positiviste d’Auguste Comte.

 

On ne sait pas qui, en vérité, détermine une révolution. Est-ce l’existence, l’expérience, la matière, la technique qui influe sur la pensée alors qu’en même temps, les conditions sociales se modifient de telle manière qu’une rupture devient indispensable et nécessaire ? Ou bien un travail de mûrissement de la pensée qui percute et fulgure dans le réel, l’irradiant de sa divine création ? Avec le recul j’aurais tendance à opter pour la première hypothèse non sans quelques bémols de taille car les idéologies ont joué un rôle notoire, Lénine, 1917, Hitler, à un degré moindre. Le réel temporel et matériel est un bloc qui induit une réactivité de la pensée et la mise en œuvre des dispositifs de raison et représentation. Mais comme la pensée est fragile et incertaine, les tensions et contradictions se résolvent souvent selon des contours irrationnels. Et donc les révolutions s’échappent de la raison, y compris celle, dialectique, qui ruse et que le philosophe pense connaître (Hegel) L’avènement du nazisme est largement imprégnée d’irrationnel. Parfois, des pulsions irraisonnées, lors de la Commune ou mai 68… Par exemple.

 

Précédemment, j’ai évoqué deux types de révolution, l’une possible, nécessaire mais improbable, d’ordre économique, l’autre d’ordre politique, liée à un terrain favorable mais qui n’aura pas lieu en 2007 parce que les contradictions du système ne sont pas allées à leur terme et d’ailleurs, rien de laisse présager un désir de changement. Tout porte à croire que les gens sont prêts à négocier le maintien du système en l’(E)état, en y laissant quelques sous, tout en tolérant l’ascension sociale indécente des classes supérieures. Restent les révolutions éthiques, esthétiques et scientifiques. Sur l’éthique et le spirituel, je joue mon joker. Sur l’esthétique, je mise la mort de l’art conceptuel, le retour du beau, du symbolique, de la puissance stylistique associée au contenu. En matière d’Art, c’est l’aspiration esthétique qui détermine l’accueil des œuvres, le goût ne façonnant que la mode et l’éphémère. En Art, la réception est passive mais participative. Les artistes créent. Affaire à suivre. Synthèse inédite entre rock et classique ? Et en littérature, cinéma ? Pas de réponse. Reste la révolution des savoirs.

 

Comment se résout une crise du savoir scientifique ? Une crise économique amène une transformation des structures monétaires et fiscales en fonction de nécessités techniques et sociales, une crise politique se solde par un changement de gouvernement, gouvernance, institution, constitution, souhaité par les élites et le cas échéant, sollicité par les citoyens. Une aspiration esthétique voit naître des œuvres et arts inédits, accueillis et soutenus par les esthètes au goût certain. Une aspiration religieuse infléchit le contenu de la foi, devenue nouvelle, à laquelle adhèrent les croyants. Les paradigmes scientifiques se transforment en fonction des expériences et des théories qui les accompagnent.

 

Le champ des savoirs étant de ma compétence, je pense qu’une révolution doit avoir lieu et je m’en expliquerai ultérieurement Mon doute porte sur les autres champs. En général, toutes les révolutions sont entrelacées, sans être forcément coordonnées. Autant dire que ma perplexité s’accroît, puisque je suis sûr d’une métamorphose de la science et de la pensée, sans voir poindre pour l’instant quelques profonds changements dans les champs politiques et économiques. La crise s’étend et les gens s’en accommodent, c’est ce qui transparaît. Dans ce contexte d’époque la révolution des savoirs risque de ne pas émerger. Le propre de la post-humanité est d’être étrangère et décalée par rapport aux siècles passés avec leurs quêtes et conquêtes humanistes. Une sorte de verrouillage s’est mis en place, sans qu’il n’y ait aucun complot. Juste une anesthésie de l’esprit, les hommes étant voué et dévoué à la technique, aux tyrannies du désir que ce système induit avec ses séductions consuméristes et bougistes.

 

Je suis certain d’une révolution des savoirs mais sceptique sur l’aptitude des gens de science et de philosophie à la recevoir et la promouvoir. Le blocage idéologique semble puissant. La fascination de la techno-science ensorcelle les consciences. Le paradigme mécaniste est bien ancré. Par ailleurs, cette révolution ne se réduit pas uniquement à un changement de paradigme, comme ceux qu’explicita Thomas Kuhn dans un livre devenu classique. Si tel étais le cas, il faudrait attendre que la jeune génération s’empare des faits et hypothèses nouvelles et que l’ancienne génération parte à la retraite. La révolution à laquelle je pense concerne la vision explicative et compréhensive du monde, Nature, Homme et Transcendant compris.

 

Pour finir, sans doute ne savons-nous pas ce que sont les révolutions. Des causes ou des signes ? Des intentions motivées par des pensées profondes ou bien des spasmes liés aux tensions entre les mondes anciens et les mondes à venir ? Je serai enclin à opter pour la seconde option. Les révolutions sont les expressions de transformations profondes des hommes et des sociétés. En général, elles sont accompagnées par des changements dans les savoirs. Suite à ma thèse, Procès et Miroirs, mon livre édité, L’expressionnisme et mon essai non publié, Le kantique des quantiques, une nouvelle doctrine métaphysique est née. Sauf à m’être égaré, il est à prévoir l’avènement d’un monde nouveau, moins matérialiste et plus spirituel. Qui adviendra avec ou sans secousse mais qui sera compris comme une révolution. Comme le fut celle des Lumières sur fond d’aspirations à la liberté et au développement de la science. Le changement que je pressens sera d’ampleur similaire.

 

En vérité, ce qui se joue n’est pas sans rapport avec l’effondrement de l’Empire, saint Augustin, l’ascension avortée des foi et culture chrétiennes (voir Marrou) l’Ecole d’Athènes radieuse fermée par Justinien. Ce qui se joue relève autant d’une révolution que d’un antagonisme entre forces déclinantes, décadentes, dévoyées, ploutocrates, et puissances innovantes, esthétiques, savantes, éthique. L’ère de la Technique qui n’en finit pas de finir (Heidegger) est celle d’un antagonisme entre puissances conservatrices et puissances révolutionnaires, le tout sur fond d’une vie quotidienne stabilisée par le champ hyperpuissant économique et technologique qui semble-t-il, dilue les puissances du passé et du futur, en accentuant l’emprise du présent et du court terme. Le monde de l’hypertechnique noie l’opposition entre passé et futur. Telle est la vertigineuse puissance technicienne de l’Empire, liée à la vertigineuse impuissance de l’esprit mais rien n’est joué !

 

 

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Cancer : recherches alternatives et blocages scientifiques

  • Dec 20, 2006
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Dans les années 1960, des expériences menées par un ingénieur italien, un certain Antoine Priore, ont permis de mettre en évidence un effet curatif des champs magnétiques sur le cancer. Les résultats ont été obtenus surtout chez la souris. Sur l’homme, il paraît que des effets ont été constatés mais le manque de puissance de la machine a été invoqué pour expliquer les maigres résultats. Toujours est-il que cette affaire a suscité d’énormes controverses. Quelques enjeux financiers additionnés à des querelles de personnes et des controverses scientifiques, ont fait que ces recherches n’ont pas pu être poursuivies après le décès de Priore. Deux livres ont été publiés sur cette affaire.

 

Ce billet fait suite à un article publié par un collaborateur d’Agoravox, pointant entre autres choses des dysfonctionnements dans le monde de la recherche, non sans évoquer l’affaire Beljanski qui ressemble sur quelques points à celle-ci.

 

Depuis le décès de Priore, quelques scientifiques bordelais ont tenté de relancer ces travaux, dans les années 1990. Je me souviens d’une conférence donnée en présence de biologistes, sans qu’aucun enthousiasme spécial ne se manifeste. Ces physiciens et chimistes, pas très brillants selon mon appréciation, ont quand même reçu quelques fonds du ministère alors qu’Aubert était secrétaire d’état à la recherche. Je les ai rencontrés. Ils ne souhaitaient pas se lancer dans des spéculations théoriques et ne misaient que sur l’expérimentation. Nous en sommes restés là. Depuis, rien de nouveau. La rumeur dit qu’une machine est testée dans une arrière-salle de laboratoire. Sans intérêt !

 

A la fin des années 1990, un ancien élève de l’immunologiste Pautrizel, Bernard Murzeau, décida de relancer les travaux en misant son argent personnel, ouvrant un laboratoire à Cestas au sud de Bordeaux. Quelques résultats ont été obtenus. Celui-ci nous fait savoir que les antagonismes et les réticences des universitaires ont été fortes. En témoigne cet extrait d’un entretien daté où s’exprimait l’intéressé.

 

« Pourquoi avons-nous arrêté les expériences bien que le laboratoire fonctionne ? D'abord une telle expérimentation en dehors d'un laboratoire "officiel" demande de la part de tous une débauche d'énergie incompatible avec un effort de longue haleine. Rappelons ensuite que le laboratoire n'a fait l'objet d'aucune subvention publique ou privée. Son poids financier est énorme. Enfin nous avons vu surgir dès l'annonce des premiers résultats une mauvaise fois certaine de nombreux universitaires engagés dans un premier temps mais hésitant à pousser plus avant une recherche qui leur semblait aventureuse... pour leur réputation ! Toute une batterie de contraintes expérimentales nous fut suggérée allant du nombre de souris (pas moins de cent par expérience!) aux mesures de températures, de bruit, etc. Nous ne savions évidemment pas qu'on pouvait guérir du cancer à coups de décibels !! Bref nous n'avons pas souhaité - comme Priore l'a malheureusement été contraint - consacrer nos efforts à satisfaire les exigences de ceux qui n'ont pas envie d'être convaincus. »

 

L’aventure scientifique est semée d’embûches. Difficile de se faire un jugement sur ce qui semble relever de la mauvaise foi de la part d’individus censés être au service des progrès scientifiques et de plus rémunérés par l’argent public. On retiendra, en accordant confiance aux informations publiées, que les champs magnétiques ont un effet sur les structures vivantes. Un mécanisme invoqué serait que les antigènes des cellules tumorales qui sont masqués deviendraient visibles et donc les défenses naturelles disposeraient des bonnes informations pour lancer leur système de destruction du cancer. C’est du moins ce qui ressort au niveau d’expériences de greffe au cours desquelles un champ favorable démasque un antigène mineur alors qu’un champ nocif les masque. Bref, des effets physiologiques sont produits au niveau cellulaire par l’influence du champ (j’allais écrire l’action mais ce n’est pas de l’action)

 

Que penser ? Rien de bien original en fait. L’Histoire a connu des situations similaires, bien plus exacerbées, comme par exemple la controverse autour du docteur Messmer, théoricien du fluide universel, s’essayant à utiliser un supposé magnétisme animal à des fins thérapeutiques, puis extrapolant ses découvertes pour élaborer une philosophie politique inspirée de Rousseau. Bref, un mélange assez complexe autant que détonnant raconté par l’historien Robert Darnton dans son ouvrage La fin des Lumières traduit chez Odile Jacob. Les enjeux signifiés ne furent pas des points de détail. Quelques faits bien ordinaires ont émaillé cette aventure. Beaucoup de médecins ont essayé de faire barrage aux pratiques conçues par Mesmer de peur de perdre leurs moyens de subsistance au cas où la thérapie magnétique pourrait supplanter les méthodes médicales conventionnelles. C’est apparemment un petit point de détail mais ces événements fournissent un véritable paradigme pour ce qui concerne le « Janus humain », écartelé entre son intérêt personnel et le sens supérieur.

 

Les tergiversations des scientifiques autour de cette machine semblent différentes. Difficile de faire la part entre une mauvaise foi, une ignorance qu’on peut excuser, un calcul carriériste éloignant les scientifiques d’un champ controversé. Quant à la société, que sait-elle de toutes ces choses ? Pas grand chose en vérité. Elle s’en remet le plus souvent à l’autorité. Versant son obole si une cause humanitaire est défendue par une grande chaîne publique avec à l’appui, quelques hypothèses prometteuses lancées par des généticiens de renom. Et pourtant, qui peut être certain que la thérapie par les ondes est sans issue ? Cela n’a rien de scientifique. Tant qu’on a pas déployé un ensemble de moyens expérimentaux doublés de réflexions théoriques, on ne peut conclure définitivement. Le centième du budget alloué à l’AFM aurait suffit pour ce type de recherche.

 

Le scientifique se signale souvent par une étroitesse d’esprit, comparable à celle de l’administrateur. Paradoxalement, le scientifique, ou du moins le savant, fut compris comme éclairé, visionnaire, frondeur, et surtout ouvert à l’inconnu et au mystère. Mais sans doute se trompe-t-on de dénomination. Les savants furent des découvreurs, les scientifiques sont devenus des chercheurs. Qui cherchent là où la contingence les a placés dans l’organigramme du système. Ils cherchent là où il y a des crédits, à l’instar de celui qui égare ses clés mais va sous le lampadaire les chercher parce que c’est éclairé. Alors que le savant devrait être la lumière éclairant les domaines de l’inconnu.

 

Les ondes de Priore ont représenté cet inconnu, autant que les travaux de Lakhovsky qui, dans son livre intitulé La Cabale, publié en 1934, décrivit les difficultés à proposer ses découvertes. Il avait perçu une hostilité alors qu’il travaillait à la Salpetrière. Le monde de la médecine et de la biologie ressemblait à celui qu’on connaît actuellement.

Un jour, on finira bien par se pencher sur cette aversion du monde médical (sauf quelques cas isolés) vis-à-vis d’un savoir qui sort des cadres mécanistes mais qui pourtant ne peut être rejeté car il n’est pas situé en dehors des critères de scientificité. Les ondes hertziennes, pourtant impalpables et invisibles, sont à la base des transmissions de tous types. On les soupçonne de nuire à la santé, alors pourquoi pas de signer moyennant un usage adapté ? Pourquoi ces ondes, associées aux champs, ne pourraient pas avoir des effets sur les tissus vivants ? Le physicien Bearden s’est intéressé depuis quinze ans à l’effet Priore. Il a publié quelques articles, notamment sur le rôle des ondes scalaires dans la thérapie magnétique, avec l’hypothèse que la fameuse machine puisse générer de telles ondes ; par ailleurs potentiellement efficaces contre le Sida avait-il affirmé.

 

Il est possible que nous passions à côté d’une grande découverte mais tout aussi plausible que le cancer soit un mal pour lequel le magnétisme est inopérant, alors que les limites de la médecine mécaniste soient atteintes. Je ne tire donc aucune conclusion d’ordre scientifique, sauf que l’hypothèse de travail est valide pour peu qu’on élabore un corpus théorique associant les sciences physiques, la biologie et la théorie des systèmes. Et puis qu’on mette quelques moyens raisonnables pour financer ses recherches, moyens alloués aux expériences autant qu’aux réflexions tranversales. Quant au citoyen, il lui suffit d’un peu de bon sens pour juger que cette affaire n’est pas claire et qu’au vu du piétinement des avancées thérapeutiques sur le cancer, c’est un comble de rayer d’un trait une piste de recherche. C’en est même hallucinant, à se demander si le siècle des Lumières a existé. Puisse cet article permettre de ne pas oublier, de participer à un travail de mémoire et qui sait, si quelque mécène lisait ces pages, avec des scientifiques imaginatifs, et qu’on puisse réunir les bonnes volontés…

 

A titre de complément d’information, un extrait d’une recension de Catherine Sokolsky sur cette « affaire Priore », parue dans la revue L'impatient.

 

« D'ailleurs, les ennuis qui vont fondre sur le Pr Pautrizel ont commencé après la fameuse commission aux conclusions irréfutables de 1969. On ne peut plus démolir les travaux, on va démolir l'homme. Après plusieurs menaces, le Pr Pautrizel se voit retirer son unité de recherche en décembre 1975. Tous ses collaborateurs qui ont travaillé sur l'appareil Priore ont vu leur carrière menacée, compromise ou brisée. Malgré ce contexte, Pautrizel continue à se battre pour le dossier Priore. Il aide celui-ci à présenter une thèse d'université qui sera finalement refusée (…) Antoine Priore se referme sur lui-même, rompt avec tous y compris Pautrizel et arrête son appareil. Le Pr Pautrizel, écœuré, remet à J.M. Graille, de Sud-Ouest, une partie de son dossier. Un premier article paraît dans Sud-Ouest le dimanche 27 janvier 80. Fin 80, le dossier arrive chez Pierre Emeury, conseiller scientifique de la présidence. Pautrizel est convoqué à l'Elysée. Une énième commission est formée. Mais entre temps, changement de gouvernement, la commission remet son rapport en mars 82. Ce rapport démolit le dossier tout en reconnaissant l'effet biologique incontestable du rayonnement Priore ! Où en est-on en 1984 ? Antoine Priore mort, le dossier est lui aussi au point mort. Mais il reste le petit appareil qui a toujours fonctionné jusqu'en 1980. Il y a aussi le gros appareil qui n'a fonctionné qu'une semaine, toujours en place. L'affaire Priore peut-elle redémarrer sans Priore ? »

 

 

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Névrose d’avenir, dérives ploutocrates, naufrage démocratique, citoyens sous emprise

  • Dec 18, 2006
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Développement de ces idées à suivre ?

 

Névrose d’avenir, dérives ploutocrates, naufrage démocratique, citoyens sous emprise

 

On assiste ainsi à une dérive ploutocratique des pays riches (ce n’est pas nouveau)*** Rappelons qu’une ploutocratie désigne le gouvernement de la cité par les individus fortunés. Un tel régime n’a jamais existé dans sa forme pure, mais on est certain que la plupart des pays ont dans leur gouvernement des individus possédant des fortunes élevées. C’est notamment le cas des Etats-Unis. En ce sens, on peut parler d’infléchissement ou de dérive ploutocratique pour désigner des politiques dont l’action est soit motivée, soit influencée par des considérations d’ordre financier. Une démocratie se prête aisément à ce genre de dérive, quel que soit le parti au pouvoir, de droite ou bien socialiste, bien que ce dernier, par principe, soit mieux armé pour y résister. Ce qui n’a pas empêché Mitterrand de se mettre au service des mieux lotis et Chirac d’appuyer encore plus. Quant à l’opinion, elle semble avoir une raison anesthésiée et devient complice de l’idéal d’enrichissement qui à terme, détruit peu à peu la cohésion sociale. La ploutocratie a été la principale cause de l’effondrement de l’Empire romain.

 

L’appât du gain a été à l’origine de diverses mesures fiscales en France et ailleurs. La propagande ploutocrate a été efficace. En face, elle a les opposants anti-libéraux qui se trompent de cible, de combat, d’analyse. C’est à travers l’esprit de sa fiscalité qu’on décèle les desseins matérialistes et politiques d’une nation. Les défiscalisations Périssol et Robien ont amplifié la spéculation immobilière, renforcé les profits des propriétaires en étranglant le niveau de vie des locataires. La ploutocratie a son représentant en la personne de Johnny, le pourfendeur du fisc, adulé par ses fans, absous moralement par Sarkozy, et sa cohorte de décérébrés compatissants, ignares, confondant les ordres de fiscalité, comparant le sort d’un jeune diplômé et celui d’une star prédatrice, laissant accroire que c’est pour l’argent que nos jeunes se barrent alors que souvent, c’est parce qu’ils n’ont pas de travail ici. La France est devenue le théâtre de l’abjection et de la bêtise. Qu’on reconnaisse les mérites est une chose, qu’on fasse abstraction des leviers et du contexte qui permet aux talents de faire du profit est une faute d’intelligence citoyenne qui ne pardonne pas. Sur ce point, l’exemple de Johnny est édifiant. On oublie que sa fortune, il l’a faite aussi grâce aux électriciens de l’EDF qui ont illuminé ses concerts, au service public de la télévision et radio qui lui a offert une vitrine sans pareille pour se vendre, à tout un système économique qui sans la manne de l’Etat, ne lui aurait pas fourni les moyens ni la logistique pour accumuler sa fortune, alors point barre. L’homélie sarkozyste sur les méritoires est une escroquerie intellectuelle ! A suivre…

 

… Empire des confusions. On fait croire que ceux qui ont des revenus élevés sont des travailleurs méritants. Certains le sont oui, mais dans bien des cas, les revenus sont plus le fait de connivences, de réseaux, de positionnements. Prenons deux étudiantes ayant une licence d’économie, l’une finira dans une banque en CDI si un membre de sa famille y a des connaissances, l’autre en CES à faire des enquêtes sociales pour l’Université dont elle est issue. Où est le mérite ? Prenons un éditeur bien connu, qui sait aussi se placer dans le milieu. On lui offre des piges à 500 euros pièce, des prestations en télé ou radio facturées 700 euros, en plus de ses 10 000 euros par mois de son activité principale. Une partie de la société profite et s’enrichit, et le justifie en arguant de ses supposés talents alors que souvent, il est question d’entregent. Cette culture de l’élitisme économique est bien celle des ploutocrates. Le résultat étant qu’une frange de la société, avec plein de talent, reste dans les marges. Une Nation riche en Histoire et riche d’avenir va se foutre en l’air. Le coupable, ce rapport passionnel entre des candidats avide de possession du peuple et d’individus désemparés et prêt à convoler pour des noces faussées avec les politiciens sur fond d’admiration pour l’argent. Les déclassés pauvres en esprit rêvent de prendre la place du profiteur, au lieu de penser une société républicaine et vertueuse. Les pauvres en esprit écoutent Johnny, cet escroc artistique, cet homme de paille interprète, doué d’un instinct animal mais qui ne saura jamais composer une musique ou écrire un texte. La solidarité se meurt. L’intelligence aussi !

 

Cette crise du désir d’argent est à rapprocher au champ de la technique, de sa puissance d’agir mais aussi de possessivité, mettre les gens sous emprise, du système, des drogues, de l’argent, des services, de la consommation. L’ordre des rapports sociaux épouse également ce schème, dévoyant les actions entrepreneuriales (règne du management) et politique, en les modelant sur le schème de l’emprise, de la névrose narcissique et possessive, archétype de la tyrannie douce ou violente, avec comme exemple exacerbé l’amour possessif. Le citoyen est à la foi aimé, magnifié mais honni dès qu’il montre quelques signes de liberté. Ainsi va le cours de la névrose d’avenir, sorte de cauchemar socialiste mené par Ségolène Royal qui aime les Français d’une névrose possessive. Et leur rend la pareille en leur offrant la réciprocité de la démocratie participative, des jury citoyens, pour bâtir une société de l’universelle surveillance, de la bienveillante coopération entre les névroses de part et d’autre. Surveiller l’autre, l’apanage de l’amant possessif. Le sacré, transféré à la technique, nous asservit dit Ellul, oui, et j’ajoute, le sacré transféré à la politique fait de même. Ce qui semble être le cas avec Madame Royal.

 

Entre la névrose socialiste et l’élan ploutocrate libéral, on ne voit pas ce que la France peut bien escompter comme avenir. L’un des schèmes à retenir est celui de l’amour possessif et de la névrose propagandiste. Nos deux séducteurs en herbe tentent d’attirer les Français en peine, leur faisant miroiter un avenir meilleur, alors qu’ils n’ont pas les moyens de tenir leur promesses. Les Français vont vite se rendre compte qu’ils sont des amants éconduits, trahis par tant de mensonges, mais telle est la condition humaine. Certaines aventures finissent comme des cauchemars et d’autres comme de belles histoires, en amour comme dans l’ordre des questions politiques et sociales. Je ne vois que déroute et déception en me fiant à mes intuitions. Mais un jour, la sublime république adviendra !

 

Le seul moyen de déjouer l’amour possessif est de rester libre ou de le devenir. Ce n’est pas facile. Les élections de 2007 sont d’ores et déjà révélatrices. Le choix des candidats montre que le peuple français est prêt pour une partie de mensonge supplémentaire, inapte à user de cet instrument qu’est la liberté, celle qui sauve d’une possession amoureuse comme d’une emprise politicienne. 2007 sera l’occasion de choisir quel cauchemar les Français élisent, à moins que quelques puissances libérés fassent dérailler ce contrat de dupe entre Sarko, Ségo, Le Pen et les Français ! Je n’y crois guère. La partie se jouera en 2012, sans doute.

 

*** Quelques lignes extraites du Traité de sociologie générale de Pareto

 

Aujourd'hui, en plusieurs pays, ils ont contribué au triomphe du régime qu'on appelle « démocratique », et qui s'appellerait plus proprement régime de ploutocratie démagogique ; maintenant, ils sont en train de préparer la ruine de ce régime.Parmi eux se trouvent plusieurs démagogues  ploutocrates, habiles à faire tourner à leur profit une grève qui semblerait vraiment faite contre eux 

 

Comme le firent déjà les ploutocrates de la fin de la République romaine, nos ploutocrates se préoccupent de gagner de l'argent, soit pour eux-mêmes, soit pour assouvir les appétits de leurs partisans et de leurs complices ; ils se soucient peu ou point d'autre chose. Parmi les dérivations dont ils usent pour démontrer l'utilité de leur pouvoir pour la nation, il faut remarquer celle qui affirme que le peuple est plus capable de juger les questions générales que les questions spéciales. En réalité, c'est exactement l'inverse. Il suffit de raisonner quelque peu avec des personnes qui ne sont pas cultivées, pour constater qu'elles comprennent beaucoup mieux les questions spéciales, qui sont habituel­lement concrètes, que les questions générales, qui sont habituellement abstraites. Mais les questions abstraites présentent cet avantage pour les gouvernants, que quelle que soit la solution donnée par le peuple, ils sauront en tirer les conséquences qu'ils voudront. Par exemple, le peuple élit des hommes qui veulent abolir l'intérêt du capital, la plus-value des industries, et réfréner l'avidité des spéculateurs (questions générales), et ces hommes, directement ou indirectement, en soutiennent d'autres ; ils accroissent énormément la dette publique, et par conséquent les intérêts payés pour ce capital ; ils maintiennent, ils accrois­sent même la plus-value dont jouissent les industriels. Beaucoup de ceux-ci s'enrichissent grâce à la démagogie, et confient le gouvernement de l'État aux spéculateurs. On voit même certains de leurs chefs devenir des diplomates, tel Volpi, qui conclut le traité de Lausanne, ou des ministres, tels Caillaux et Lloyd George.

 

Nos démocraties, en France, en Italie, en Angleterre, aux États-Unis, tendent toujours plus vers un régime de ploutocratie démagogique. Peut-être s'acheminent-elles ainsi vers quelque transformation radicale, semblable à l'une de celles qu'on observa dans le passé.

 

il y a des ploutocrates démagogues qui courent vers le progrès d'une course si frénétique que nous nous essoufflons à vouloir les suivre. Ils veulent, ceux-là, le tout ou le rien. Dans le moment même où ils s'enrichissent avec une facilité scandaleuse, dans ce moment même, ils ont le poing tourné vers la richesse, dans un geste si menaçant, si désordonné, si excessif, que nous avons le droit de nous demander si c'est bien pour l'atteindre, si ce n'est pas plutôt pour la protéger ». Mais les financiers auxquels le ministre Briand fait allusion laissent dire et continuent à gagner de l'argent.

 

 

 

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Quelques idées entrelacées

  • Dec 18, 2006
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Les faits de la vie ordinaire des gens révèlent souvent quelques traits de l’âme humaine et parfois, offrent quelques éclairages sur les orientations de la société, vers le progrès, la vertu, la fraternité ou bien la perte des valeurs et la décomposition sociale. Deux champs relationnels se prêtent à cette investigation, celui du monde de travail et celui des relations amoureuses. On y trouvera matière à explorer les contours de la condition humaine. Entre deux pôles. L’homme étant aux prises avec ses désirs, ses fantasmes, ses rêves et l’ordre des réalités. On a beau être un fugitif de l’existence, imaginer des châteaux en Espagne, le réel revient à la charge, parfois rapidement, en d’autres circonstances après un long égarement au pays des fantasmagories. Retenons de l’histoire ce constat. Quand les rêves prennent le pas sur le réel, les mondes s’effilochent et s’effondrent, perdant leur assise morale et leur structure sociale, mais sans rêve, le monde ne serait que fadeur, sans saveur ni contenu. Donc, tout se joue entre principe de désir et principe de réalité comme dirait Sigmund. Sans oublier l’éthique et l’esprit. Selon Pierre Desproges, le névrosé croit qu’il peut construire des châteaux en Espagne, le psychotique est persuadé qu’il peut les habiter. La condition humaine est triple, avec les désirs, la réalité de la construction sociale et des exigences de vie en collectivité, enfin le monde éthique, avec l’amour, les émotions esthétiques, la vérité nue. Ce monde de l’esprit balance entre supra-rationnalité et irrationnel.

 

Les romanciers savent mettre en scène les lames de fond de l’âme humaines, avec ses passions, ses tourments, ses zones d’ombre et de lumière.

 

Pourrait-on dire que le cours des relations amoureuses est entrelacé avec celui des relations sociales ? A l’ère de l’Empire des désirs et de la consommation, le sacre de l’ego déroule devant lui son cortège de narcissisme. Délires possessifs, harcèlements moraux, addictions, amours fusionnels et narcissiques, ainsi le monde se dévoie, non content d’avoir asservi la Nature, il poursuit sa conquête arraisonnante et l’homme fait de son prochain sa chose.

 

 La crise du désir, de la possession, voilà un élément du monde contemporain. Et puisque les images se propagent, avec leur cortège de puissance symbolique constituante d’identités, la crise des ego se surajoute. Et ainsi va le cours du monde. Privant les uns d’un accès à des besoins fondamentaux, les autres d’une vie décente, tout en offrant aux mieux placés des occasions de profit leur permettant d’assouvir leur désir de puissance et de luxe.