29 décembre 2005
L’année 2005
Cette fois, il faut se lancer dans cet exercice somme toute facile en apparence, pour un blogueur, sauf si on cherche à faire valoir ses capacités de philosophe analyste et essayiste, autrement dit, un concours de vérité, un peu comme il y a des concours de beauté. Ce n’est pas forcément chez Madame de Fontenay qu’on trouve les plus belles femmes, pas plus que les meilleurs éditoriaux sont publiés dans le journal Libération. Je ne cherche pas à concourir, juste tester mon aptitude à disserter encore sur le cours du monde en dépit d’une lassitude confirmée. Ayant en charge l’animation d’un café actualité, ces exercices sont indispensables, surtout celui-ci puisque la prochaine réunion sera consacrée aux événements de 2005. Alors cette année, une France en dépression comme le dit Alain Juppé sur son blog, appliquant la méthode coué et disposé à croire qu’on puisse sortir d’une dépression par une simple résolution. Moi, les résolutions, je n’en prends aucune, conservant la main sur des causes que je continuerai à défendre tout en les approfondissant. C’est le cas de la biologie théorique, la monéthique, l’analyse d’une société aux prises avec les techniques et la Technique, la métaphysique, le théisme héhé, de quoi agacer pas mal de monde. Tant qu’à être un emmerdeur, autant le faire dans la multidisciplinarité, c’est plus rigolo et surtout on ne s’ennuie pas car on change de lieu. Un coup contre les scientistes, un autre contre les piètres journalistes etc. Bon, tout cela n’a rien à voir avec l’année 2005. J’espère faire mieux que Juppé qui quand même, semble se démarquer par son génie analytique. N’a-t-il pas souligné qu’à propos de la colonisation, personne n’a déclaré que le bilan était contrasté ? Avec un tel sens de l’a propos, gageons que notre immigré québécois saura reconquérir ses sièges politiques. La France a besoin de timoniers de son envergure, doué d’une vision hors pair, apte à saisir le contraste. Coup de chapeau Alain, encore quelques éditos de ce genre et tu l’auras gagnée, la mairie de Bordeaux.
Un bilan se doit d’être objectif, du moins s’il est destiné à être édité par un journal, car sur un blog, on peut se permettre d’être subjectif. De toute façon, l’objectivité stricte est impossible, chacun sélectionne les événements faisant sens. Le reste est affaire de discipline. Soit on reste neutre, soit on affiche clairement ses options subjectives, jugeant telle évolution bonne ou mauvaise, affichant ses goûts pour les actions, les créations, les manifestations dans tous les champs du social ou à défaut dans ceux qu’on prise plus particulièrement.
Pour faire un bilan de cette année 2005, il faudrait retenir les événements importants, ainsi que les tendances qui s’affirment, aux côtés de celles qui émergent. Que retenir ? L’élan de générosité à l’occasion du tsunami en Asie, la mort de Jean-Paul II et l’improbable succession de Benoît XVI avec une accentuation de la rigueur morale alliée à des recommandations éthiques adressées aux politiques. Bien évidemment, l’étonnante bataille à l’occasion du référendum et le Non français traduisant un malaise, autant chez nous qu’en Europe. Il faut le reconnaître, ce projet est en panne. Et puis le cyclone Katrina et les émeutes dans les banlieues françaises, événements qui ont fait ressortir, chacun à leur manière, la misère sociale dans les sociétés d’abondance. J’ai aussi retenu les controverses sur l’ID mais ces événements ne sont pas vraiment au cur de l’actualité, juste des incidents dont on ne sait ce qu’ils recèlent en terme de changement de paradigme. Sans oublier Chirac, sa fin de règne calamiteuse !
En règle générale, on constate une affirmation des tendances sociales et culturelles. Les classes sociales se regroupent et les écarts se creusent. Accentuation du religieux et des conservatismes avec d’un autre côté une décadence festive et technologique. Une dévotion vis-à-vis de l’économie traduite en Europe par une déception car elle reste globalement en retrait, laissant l’avantage aux nations fortement émergentes, le Brésil, l’Amérique du Sud, la Chine et les Etats-Unis qui ne faiblissent pas. La montée des profits est accompagnée par la montée des haines. On dirait un remake des années 30. Dans l’actualité de cette année, on aura aussi remarqué l’omniprésence de Nicolas Sarkozy. Ce type use de méthodes douteuses et son fond est douteux. Ceux qui dénoncent Sarkozy ne sont pas entièrement clairs non plus. Act Up par exemple. Sarkozy use des pratiques régaliennes de la République comme s’il était déjà sur un trône. Il est partisan, sans aucun sens de l’honnêteté intellectuelle, jugeant que Jamel Debouze n’est pas habilité à représenter les banlieues, trop star, trop people, mais Arno Klarsfeld, jet-setteur à ses heures, engagé dans l’armée israélienne à d’autres heures, serait représentatif de la mémoire. De plus, cette désignation est une insulte aux historiens et tous ceux qui oeuvrent pour donner un peu plus d’intelligence à la société. Au lieu de nommer l’un d’entre eux, Sarkozy désigne un individu sans compétences savantes reconnues. Bref, du n’importe quoi qui n’étonne plus guère tant cette nation française sombre, sur le plan culturel et politique.
Cette année 2005 a été pour moi l’occasion d’obtenir en mon âme et conscience des réponses à des questions, les unes anciennes, les autres qui sont posées en même temps. Je pense avoir tout exposé dans les notes et ne crois pas que cela puisse refléter l’année 2005. Juste la marque d’un achèvement du changement de vision et de perspective. Quelques-uns ont accompli ce cheminement avant, pour d’autres ce sera plus tard. Que retenir ? Que je me défie de la presse et des journaux, que je ne crois plus en l’éthique ici, je crois que les élites françaises me semblent entachées de malhonnêteté et dépourvues du sens de l’honneur, contrairement aux Etats-Unis où l’honneur reste un peu le ressort de cette nation ayant préservé son avenir. Les intellectuels qui s’épanchent dans les journaux n’apportent rien, à l’exception d’un sur dix. Il faut savoir les trouver. Cette année s’est confirmée l’idée que la France est sur la fin d’une époque, comme l’Ancien Régime avant la Révolution, le Second Empire avant la Commune, la Troisième République avant Vichy. Après ? Nul ne sait. Les journalistes s’intéressent-ils aux gens ? Cette même question je me la pose bien que je ne sois pas journaliste.
L’année 2005 a suscité en moi le dégoût de la politique comme jamais auparavant. Que dire de plus ? Ce cirque m’indispose. Les médias sont responsables pour une part et Sarkozy sera peut-être le premier Président français fabriqué par la médiacratie. En tous cas, les options prises par la droite font gerber. Accentuer le profit et l’apartheid. Le seul mérite de ce gouvernement aura été la baisse des morts sur la route. Là je dis bravo, il était temps de freiner ce jeu de massacre. Le reste est minable autant que détestable mais si le gouvernement agit ainsi, c’est que la société avec ses cadres et élites est devenue elle aussi détestable et dévoyée, corrompue, comme l’aristocratie de l’Ancien Régime. Nous sommes pour la plupart des bourgeois, avec l’esprit bourgeois, l’essentiel étant de le reconnaître et de faire son autocritique. Beaucoup ne le font pas et cela donne des individus étrangers au sens commun de la nation, repliés sur leur intérêt et leur ego. A vomir ! Tant mieux, le 29 mai 2005 a été l’occasion d’une grande claque aux bourgeois héhé c’est aussi la victoire de l’esprit bourgeois dans un autre sens haha ! Mais je n’aime pas cette manière de voir les choses, avec un esprit déformé par une rage intellectuelle, miroir d’une année où les anathèmes ont fusé de toute part. Ce jeu me déplaît. Connu sur la place publique, je pourrait récolter quelques miettes de célébrités, méconnu de la blogosphère, je ramasse quelques témoignages de compréhensions autant que des quolibets car les imbéciles anonymes sont légion. J’ai dit anonymes parce que moi aussi je commente sans concession et avec rage, mais en signant. La différence est là !
Il neige, il neige ! Etonnant, non ? La neige occupe une bonne partie de l’actualité. Depuis quelques années, les phénomènes atmosphériques extrêmes, tempêtes, séisme et maintenant thermiques, sont devenus un sujet de préoccupation. Voilà une tendance confirmée cette année où l’on a vu nombres de unes consacrées à la neige et la pluie, le froid hivernal et les épisodes caniculaires. Pourtant, rien de bien affolant mais dès que le thermomètre dépasse les 35 ou tombe sous zéro, les médias en font état, avec anticipation lors des alertes de la météo qui, à défaut de nous protéger des phénomènes atmosphériques, se protège des intempéries juridiques, étant sommée de dire les risques sous peine de se voir coller un procès. Médias et Etat se complètent pour faire une guerre au climat, étant sous-entendu que le français de base ne supporte pas la moindre contrariété thermique, ce que déplorent quelques éditorialistes jugeant excessives voire même infantilisantes ces pratiques. 2005 aura été aussi l’année de la météo, comme le sera 2006.
Les médias, voilà à l’occasion de la crise de Libération ce dont il faut causer. Cette année 2005 aura aussi suscité une prise de conscience sur un phénomène dont la tendance s’affirme de plus en plus. Le rôle des médias dans ce qu’il faut appeler la perte du sens des valeurs, la production des événements et des personnages, stars, politiques, animateurs télé. Ces médias ont le pouvoir de façonner l’esprit des gens au point d’être prescripteurs. Nous dire les hommes et femmes populaires pour qui il faut voter, les grandes causes où il faut donner, tsunami, téléthon pendant ce temps, il n’existe plus d’alternative pour l’avenir et le modèle français a montré ses limites autant que son échec à engendrer une société solidaire et citoyenne.
L’année 2005 reste en fin de compte dans le cours régulier d’un monde qui de plus en plus, se marchandise, alors que les politiques sacrifient au culte de la croissance et du profit. Preuve à l’appui, les mesures fiscales prises en France et les lois sur le téléchargement faisant des internautes des délinquants potentiels. L’année 2005 confirme la guerre aux pauvres, précaires et chômeurs menée par un gouvernement inique qui préfère consolider les profits. Peut-on parler d’intégrisme économique comme il y en a dans les religions ? Une sorte d’obsession politique qui traquerait les fainéants, les petit fraudeurs, les petits épargnants et qui n’hésiterait pas à sur-endetter quelques ménage pour quelques achats destinés à relancer la croissance. 2005 aura été l’année où on aura compris que la France va assez mal et que tout ne pourra qu’empirer compte-tenu des tendances actuelles. Aussi, doit-on s’attendre à ce que 2006 soit pire. Le Non au référendum n’a fait que traduire les sentiments d’une France inquiète face à l’avenir et surtout décider de faire payer aux élites le bilan politique désastreux sans connaître réellement les causes de ce bilan et leurs implications à titres divers. France des bulles immobilières, des profits, de la bourse, des propriétaires et actionnaires défiscalisés, du gaspillage étatique, des petits chefs administratifs. Dieu merci il y a plusieurs France, comme disait Bedos qui n’aimait pas la France de Guy Lux. Moi, je n’aime pas la France des bourgeois, des riverains, des trentenaires, des sarkozystes, des blaireaux qui consomment les merdes culturelles. Et puis quelle importance, l’essentiel est de rester stoïque et savoir ne pas être exigeant, 2006 sera pire encore que 2005, année qui a vu s’accroître le besoin sécuritaire ; entretenu par les médias et surestimé ? 2005, année de la polémique au festival d’Avignon, crise du théâtre, année mauvaise pour le rock, année ridicule pour la littérature.
J’ai parfaitement réussi à être subjectif, à livrer un peu d’analyse et une critique sur ce que m’a inspiré cette année 2005. Attention à ne pas lire de biais ce propos. La France, en termes technologiques, économiques et démocratiques, ne se porte pas plus mal que les autres nations. En dépit de toutes les tares signalées, on doit reconnaître que ce pays est viable malgré ses crises aiguës, son amputation sociale. Il faut simplement admettre que la France n’est plus un phare mais une sorte de nation technologique fonctionnelle et relativement stable. On verra combien de temps. N’étant que simple citoyen, l’utopie que je propose n’a pas à être imposée, d’autant plus qu’elle reste marginale. La bataille politique se jouera entre les réformistes libéraux et les réformistes sociaux, les uns défendant plus de profits pour la classe la mieux favorisée et les autres plus de solidarité et d’aide pour les classes en retrait et les individus en quête de sécurité économique. Tout est question de valeur et de déterminations politiques. Je ne crois plus en la gauche.
Autocritique. Je ne vois rien de positif dans cette année, alors que chacun aura vécu des événements satisfaisants. C’est simplement que le rêve collectif est en panne et qu’il faut cesser d’attendre de l’Etat, de lui demander ce qu’il ne peut offrir et quand bien même il l’offrirait et il l’a fait, cela n’élimine pas les grincheux et autres fâcheux petits bourgeois. Des réussites, presque tout le monde y a accès, ne serait-ce qu’au niveau individuel, des fêtes, des joies, des surprises, du fun, de l’amour, du sexe. Et puis les beaux Airbus qui prennent leur envol, superbe aventure technologique, enfin, le café philo de Talence que j’anime et qui fonctionne admirablement, plus de dix participants, jusqu’à vingt, ce qui n’est pas rien pour cette ville connue pour être d’un ennui mortel. On fait aussi bien que le café philo de la Fnac avec toute sa logistique et son animateur payé. Voilà, l’essentiel est de croire en soi, en ses proches, en quelques valeurs et le jour où un peuple se décidera à prendre de la hauteur, nous y seront mais pas pour l’instant. Je ne m’aime pas, parce que je n’ai pas la force de fuir ce pays pour pour quoi en fait, je n’en sais rien. Je sais pourquoi je reste ici et pourquoi il me faudrait partir je n’aime pas trop cette note, police taille 3 puis 2, pour ne pas encombrer ce blog ! Bon 31 décembre !
Rencontres philosophiques à la « Taverne du septième art »
Place de l’Eglise Talence
(face au Gaumont)
Tous les mercredis à 18 heures
28/12 café actu : informations, médias, année 2005
Spécial 2005. Quels événements et tendances avez-vous notés ? Merci pour vos suggestions. Une note développée suivra...
26 décembre 2005
Controverse sur l’ID. Réactions à une intervention de Michel Morange
Grâce aux bons soins du Journal Télérama, l’article sur l’Intelligent design est complété par une vidéo accessible par le site web du journal. On y entend Michel Morange, professeur d’Histoire des sciences, évoquer cette affaire de l’ID avec toute l’autorité du personnage habilité à statuer avec compétence sur ce sujet. Le problème, c’est que ses arguments sont pour l’essentiel erronés. Une mise au point est nécessaire, non sans signaler ce déficit congénital de l’épistémologie (en général et française en particulier) qui commente après-coup les évolutions scientifiques au lieu d’être en le moteur. Loin de moi l’idée de la condamner. Par contre, entre commenter et freiner le progrès il y a une différence et par son attitude qu’il faut appeler docte désinformation, Monsieur Morange dissuade les curieux de l’intéresser à l’ID au prix d’une présentation fallacieuse de cette hypothèse. Pourquoi fallacieuse ?
Ecoutons-le parler de l’ID qui ne serait qu’une hypothèse sans avenir, simplement copiée sur la théologie naturelle de William Paley et donc, appartenant au 19ème siècle. On voit que Morange n’a pas lu les propos d’un William Dembski** se prononçant sur le contexte épistémologique de l’ID très différent de celui en vigueur lorsque Paley (qui est plus un homme du 18ème siècle que de l’âge romantique) publia en 1802 son traité. Y figure l’idée d’une perfection de l’organisme telle qu’il faille invoquer un horloger de la Vie. C’est ce que ferait un individu trouvant sur son chemin une montre. Il penserait aussitôt qu’un artisan l’a produite. Darwin on le sait, a opté pour une autre solution, celle de la « sélection naturelle » qui conçoit la transformation des espèces sur une durée très longue, avec l’idée d’une amélioration progressive de l’organisme, thèse opposée bien entendue au créationnisme de la Bible, et par ailleurs confirmée par la science moderne. Au passage, on notera que Morange présente Paley comme un opposant à Darwin. Espérons qu’il s’agit d’un raccourci médiatique car Darwin n’était pas né au moment de la parution de Théologie naturelle et qu’il s’agit d’une allusion aux héritiers de Paley qui eux, on pu s’opposer à l’évolutionnisme. Soulignons aussi que l’opposition n’est pas si binaire et que l’idée d’un horloger perfectionnant le Vivant est tout à fait compatible avec l’évolution. La conjonction des deux options, « horloger ou cause intelligente ou ? » et sélection, conduisant vers un paradigme méta-darwinien ou post-darwinien, bien plus qu’anti-darwinien. On voit à quel point l’activisme religieux a plombé la réflexion scientifique en s’emparant de l’ID qui est devenue une théorie anti-darwinienne et donc non scientifique, au lieu d’être le germe d’une nouvelle conception du Vivant.
Je ne sais pas si Morange est tombé dans le piège. En tous cas, en présentant l’ID comme une théorie du 19ème siècle, il fait le jeu des évangélistes en freinant la découverte scientifique. La supercherie est aisée à démonter. Le néo-darwinisme est une théorie qui a intégré les découvertes de la génétique et la biologie moléculaire. Morange fait comme si les théoriciens de l’ID n’avaient pas eux-aussi accès à ce contexte épistémologique, laissant accroire à une hypothèse dépassée alors que c’est tout le contraire. Comme le clame Michael Behe, c’est parce que l’on connaît la complexité du vivant que l’hypothèse de l’ID est nécessaire. Nous ne sommes plus au temps de Paley. Il ne faut donc pas réduire l’ID à un anti-darwinisme mais lui donner la chance de devenir un méta-darwinisme !
Pour finir, on remarquera également la présentation par Morange du cheminement de pensée de Darwin. J’y ai vu un contresens. Contrairement à qu’il prétend, Darwin ne s’est pas cru obligé de répondre à Paley sur la question du perfectionnement de l’organisme et même de l’il. Darwin a voulu répondre à une autre question, celle de l’origine des espèces et de leur diversité. D’ailleurs, Morange a bien fait de citer un passage de Darwin où le fond de sa pensée apparaît clairement *. La perfection n’a pas été un levier mais un obstacle si bien que Darwin a reconnu ce qui paraissait être absurde, à savoir l’incompatibilité entre la sélection naturelle et la perfection. Il a alors a cherché des arguments en observant des espèces à l’il moins perfectionné pour rendre plausible sa théorie. Précisons aussi que Darwin a perdu la foi en Dieu suite aux conditions tragiques liée à la maladie congénitale de sa fille Annie, puis son décès. Le contexte est clair. L’ID ne pose pas les mêmes questions que Darwin. Au nom de quel décret institutionnel certaines questions seraient définies comme non scientifiques ou du moins, exclues du champ de la connaissance si on admet que la science s’exclut des spéculations sortant de son champ d’expérience ?
Voilà un extrait du texte en guise d’illustration de l’Evangile darwinienne qui appartient au Dernier Testament au titre de propédeutique à la réfutation de la Genèse. Je suis darwinien bien évidemment, je suis post-darwinien car le Dernier Testament (écrit entre autres par Hegel et Nietzsche) n’est pas achevé et que le Testament final s’écrira un jour ! Darwin raconte une histoire bien plus crédible que la création divine, surtout si on la met en perspective avec les données de la science contemporaine. Il faut reconnaître ce trait de génie à Darwin et je ne suis même pas sûr que tous les darwiniens aient réellement pris conscience de ce fait intellectuel, lisant Darwin comme d’autres s’efforcent de psalmodier quelques textes du missel à l’occasion de la messe sans en comprendre le sens. En fait, je devrais réviser mon mot d’ordre. Ni Bible mais bien plus que Darwin ! Car Darwin le précise bien, conscient des difficultés de son uvre, il n’a pas pour mission d’expliquer l’origine de la Vie.
* « Il semble absurde au possible, je le reconnais, de supposer que la sélection naturelle ait pu former l’il avec toutes les inimitables dispositions qui permettent d'ajuster le foyer à diverses distances, d'admettre une quantité variable de lumière et de corriger les aberrations sphériques et chromatiques. Lorsqu'on affirma pour la première fois que le soleil est immobile et que la terre tourne autour de lui, le sens commun de l'humanité déclara la doctrine fausse ; mais on sait que le vieux dicton : Vox populi, vox Dei, n'est pas admis en matière de science. La raison nous dit que si, comme cela est certainement le cas, on peut démontrer qu'il existe de nombreuses gradations entre un oeil simple et imparfait et un oeil complexe et parfait, chacune de ces gradations étant avantageuse à l'être qui la possède ; que si, en outre, l’il varie quelquefois et que ces variations sont transmissibles par hérédité, ce qui est également le cas ; que si, enfin, ces variations sont utiles à un animal dans les conditions changeantes de son existence, la difficulté d'admettre qu'un oeil complexe et parfait a pu être produit par la sélection naturelle, bien qu'insurmontable pour notre imagination, n'attaque en rien notre théorie. Nous n'avons pas plus à nous occuper de savoir comment un nerf a pu devenir sensible à l'action de la lumière que nous n'avons à nous occuper de rechercher l'origine de la vie elle-même ; toutefois, comme il existe certains organismes inférieurs sensibles à la lumière, bien que l'on ne puisse découvrir chez eux aucune trace de nerf, il ne paraît pas impossible que certains éléments du sarcode, dont ils sont en grande partie formés, puissent s'agréger et se développer en nerfs doués de cette sensibilité spéciale » (Darwin)
** Following the triumph of Darwin’s theory, design theory was all but banished from biology. Since the 1980s, however, advances in biology have convinced a new generation of scholars that Darwin’s theory was inadequate to account for the sheer complexity of living things. These scholars—chemists, biologists, mathematicians and philosophers of science—began to reconsider design theory. They formulated a new view of design that avoids the pitfalls of previous versions. Called intelligent design (ID), to distinguish it from earlier versions of design theory (as well as from the naturalistic use of the term design), this new approach is more modest than its predecessors. Rather than trying to infer God’s existence or character from the natural world, it simply claims "that intelligent causes are necessary to explain the complex, information-rich structures of biology and that these causes are empirically detectable." (W Dembski)
26 décembre 2005
Le néo-darwinisme n’est qu’un Fait ou presque
Dans le dernier Télérama, daté du 24 décembre 2005, un article de plus sur l’Intelligent Design et la guerre que se livrent fondamentalistes et professeurs de biologie à propos de l’enseignement de cette doctrine qui pour les uns n’est pas de la science et pour les autres, constitue une alternative au récit darwinien de l’évolution. Nous sommes en pleine actualité puisqu’un juge fédéral vient de rendre son verdict et déclarer l’enseignement de l’ID par les enseignants en biologie de Dover contraire à la constitution au motif que l’ID relève de la religion. Au vu de l’importance que prend cette affaire, les livres d’Histoires parleront-il un jour de la controverse de Dover comme on connaît la controverse de Valladolid. Les Indiens du Nouveau monde ont-il une âme ? Voilà la question que se sont posées les savants hispaniques de l’époque. La Nature est-elle produite grâce à une intelligence ? Voilà ce dont-il vient d’être débattu, enfin pas tout fait puisque le différent portait sur l’enseignement de cette hypothèse dans un collège. Si sur la forme, cette affaire est anecdotique, sur le fond, l’ampleur risque d’être d’une autre dimension. L’Histoire jugera.
Ayant lu l’article de Télérama, j’y ai trouvé les mêmes approximations que chez les confrères de ce journal aux prétentions culturelles. Sans doute suis-je trop exigeant. Qu’il y ait des mouvances fondamentalistes aux Etats-Unis je ne le nie pas, de même que je sous-estime point leur danger notamment au niveau des libertés fondamentales, mais de là à occulter le travail correct de quelques scientifiques Bon, après tout, à force de flirter avec les officines évangélistes, ils ont reçu une réponse en forme de claque judiciaire.
« La théorie de Darwin continue d’être mise à l’épreuve par les nouvelles découvertes. Il s’agit d’une théorie, pas de faits. » Voilà ce que prétendent les religieux dans le but de discréditer l’évolution des espèces selon la théorie néo-darwinienne pour placer la leur, sorte de créationnisme bricolé disent les commentateurs. Si une affaire similaire se produisait dans le domaine de l’Histoire, on évoquerait le révisionnisme. Et de ce point de vue rien de neuf. L’attitude des fondamentalistes est comparable à celle d’extrémistes anti-chrétiens niant l’existence de Jésus. Tout dépend alors le lieu où cela se passe, dans un collège en présence d’adolescent ou dans des bistrots. Les documents faisant état du passage sur terre de Jésus sont suffisant pour qu’on n’ait plus à douter, pas plus qu’on ne mettra en cause le fait évolutif sur une échelle de centaines de millions d’année et le rôle de la transformation naturelle. Les hommes savent modifier un peu les espèces par des techniques de croisement et de domestication, la Nature a modifié les espèces car la Nature est un champ d’épreuves et de modification pour les êtres techniques que sont les spécimens vivant. Tel fut le raisonnement de Darwin. Avec des constatations empiriques très solides permettant de reconstituer un récit empirique de l’Evolution contre le récit mythique de la Genèse.
Les évangélistes fondamentalistes ressemblent à des pharisiens modernes. Il leur faut des preuves, des miracles pour renforcer leur croyance. Ayant trouvé dans l’ID matière à renforcer leur prosélytisme, ils accentuent leur influence sectaire, quitte à dévoyer des jeunes collégiens. Le jugement de Dover est juste. Que les sectes et les religions aillent se faire foutre, y compris Michel Onfray qui voudrait étendre son influence dans les manuel scolaires et qui doit être comparé, au vu de sa virulence et son sectarisme, aux fondamentalistes chrétiens. Onfray, un fondamentaliste athée et rien d’autre ! En dernier ressort, le procès de Dover et l’amendement sur l’enseignement de la colonisation voté à l’Assemblée nationale participent d’un même motif. L’orgueil et le pouvoir des hommes sur leurs congénères, la prééminence des singes dominants et croyants, fondamentalistes chrétiens, musulmans, juifs, athées, anti-darwiniens, pro-colonisation, néo-réacs. En France, Dieu ayant été remplacé par l’Histoire, on ne sera pas étonné que la controverse porte sur le passé colonial. En quoi pouvons-nous croire ? Telle est la grande question du 21ème siècle posée par Jean-Claude Guillebaud dans son dernier essai. Nous ne devons pas ne plus croire en la France ont répondu quelques Députés à travers l’amendement sur le rôle positif de la colonisation. Le religieux n’est pas absent de la France, il prend une autre forme, c’est tout. Seuls les aveugles ne voient pas ces réalités, mais ils ne sont pas seuls hélas. L’ignorance est plus universelle que la connaissance. Quand l’inversion se produira, l’humanité découvrira le sens de son uvre, la tendance moderne et complexe sera éclairée par la Raison tout aussi complexe, un autre monde émergera.
Face à cette controverse, ma position est celle du contre-pied radical. Les faits sont empiriquement établis. L’Evolution est un fait et ce que je reproche au néo-darwinisme, c’est de n’être qu’un ensemble de faits unis par un récit cohérent mais qui n’explique pas l’essentiel. Bref, le néo-darwinisme n’est pas assez théorique et trop factuel. Mon grief en une formule lapidaire, le darwinisme, il s’agit de faits, pas de théorie ! C’est exagéré mais juste d’un point de vue relatif. Le néo-darwinisme n’explique pas la complexité moléculaire et le perfectionnement des organismes. Ce n’est qu’un récit généalogique de l’Evolution, une reconstitution des faits qui aimerait bien comprendre comment cela se passe mais qui n’en a pas les moyens. Deux Histoires sont modélisées, celle de la spéciation dans un milieu naturel avec sélection et transformation, celle de l’évolution moléculaire reconstituée à partir des données du disque dur ADN. Ce ne sont que des faits, issus de l’observation et de l’analyse moléculaire. Innombrables données savamment mise bout à bout pour en faire un récit s’efforçant tant bien que mal de réunir les deux Histoires, avec un problème comme la conjecture de Kimura qui a découplé le contexte sélectif de l’évolution moléculaire, à l’image d’un véhicule dont la transmission entre moteur et roulement ne se ferait qu’épisodiquement. Mais « la boite darwinienne reste noire » et la formule de Michael Behe restera dans l’Histoire. Ce qu’il adviendra dépassera sans doute ce qu’ont imaginé Behe, Dembski et le groupe de scientifiques liés à la mouvance de l’ID.
Le néo-darwinisme n’est qu’un récit, autrement dit un ensemble de faits racontant la longue filiation des espèces dans les milieux naturels, la spéciation, l’évolution moléculaire. Il n’explique pas l’essence du vivant et s’il prétend le faire il usurpe ses compétences et devient une métaphysique spéculative. Qu’il ne s’étonne pas d’avoir en face une autre métaphysique qui, si elle ne dérape pas dans le créationnisme, a autant de valeur sinon plus. Alors les praticiens de la science orthodoxe sont invités à réviser leur position s’ils veulent participer à l’une des plus excitantes aventures du siècle ! La théorie actuelle de l’évolution est faite de deux récits, l’un portant sur la spéciation dans un milieu aux contraintes plus ou moins fortes, l’autre sur les évolutions moléculaires. C’est une erreur de croire qu’en mettant en avant ces récits, on explique ce qu’est la Vie des organismes avec la genèse d’une machinerie moléculaire complexe. C’est le point focal désigné comme IC, conjecture induisant l’ID, « l’irreducible complexity » comme constat amenant l’hypothèse d’une « cause dite intelligente », ou si on veut rester neutre, métacomplexe dira-t-on. C’est d’ailleurs cette hypothèse que j’avais proposée dans un texte paru dans les actes du congrès européen de systémique de 1993. Premier point, la conjecture de la partie et du tout, deuxième point, la partie contient des informations sur le tout, troisième point, surdétermination de l’information, quatrième point, informations contenues sous une forme essentielle, immergée, substantielle, dualité substance et existence (voir ce schéma publié dans les actes). Avant la publication du livre de Behe en 1996, j’avais déjà formulé une conjecture apparentée à IC, mais sans la mettre en perspective avec l’évolution.
Le néo-darwinisme est factuel, oui, bien sur, et c’est ce que je lui reproche, car de théorie, on ne voit guère, enfin, presque rien si on veut expliquer la Vie, mais presque tout si on veut la décrire à travers une reconstitution de l’histoire des spéciations et des différenciations moléculaires. Enter dans le questionnement de l’ID, c’est adopter le camp des Lumières contre celui de la croyance car le néo-darwinisme relève lui aussi du croire dès lors qu’on lui fait jouer le rôle explicatif qu’il n’a pas. D’ailleurs, certains scientifiques vouent une sorte de culte à Darwin voir note suivante
25 décembre 2005
Le père Noël est une
Note sans grande importance, taille caractère 2 ! C’est assez étrange mais comme l’année dernière à la même époque, j’ai dû subir un lynchage de la part d’un fâcheux anonyme de passage sur mon blog. Cette fois, le tir a été réglo et d’ailleurs j’ai même rencontré de visu mon adversaire, le dénommé Oldcola, expert en lynchage plus que réellement disposé pour avancer dans l’échange mais il vous dira exactement le contraire. La controverse portait sur l’Intelligent design que je défends non pas dans sa forme actuelle mais comme ouverture vers une science plus haute et explicative que le néo-darwinisme. Visiblement, Oldcola, en bon jésuite de laboratoire, voulait se payer ce qu’il a cru être un partisan de l’ID à travers ma personne. Je ne regrette rien. Sa lecture critique de mon Kantique a été utile, me permettant de corriger les erreurs qui s’y sont glissées. Jusque là rien à redire, excepté que le fond de l’ouvrage n’a pas été examiné. Evidemment, quand on ne comprends pas une pensée philosophique, on s’en prends aux formes et on cherche les failles. Ce qui m’a agacé, c’est le ton inquisitorial, les méthodes de menace, les insinuations, toute une rhétorique visant à me discréditer en allant de plus piocher des échanges sur un forum. Extraire des passages d’un livre pour en faire des balles de fusil est monnaie courante, aller sur un forum est encore plus facile. Le procédé employé par Oldcola est détestable, sans doute un côté petit tyran qu’on lui pardonnera au vu de ses origines. Se servir de répliques sur un forum sans même savoir qui sont les auteurs participe d’une tactique de trollage mais je n’aime pas me servir de ce mot comme d’autres usent du fameux point de Goodwin afin de se défausser d’une conversation devenant tendue. J’assume donc parfaitement, persiste et signe sur mon engagement scientifique non pas contre le récit néo-darwinien mais contre la supercherie de cette reconstitution naturaliste lorsqu’elle prétend expliquer la Vie complexe. Que notre confrère Oldcola pense en jésuite, avec ses certitudes, son étroitesse d’esprit doctement façonnée, cela n’empêchera les recherches post-darwiniennes de se faire. Le débat est clos. Chacun voit la situation comme il la comprend. Cet épisode me semble caractéristique des ressentiments propres aux scientifiques lorsqu’on les met face à un système de pensée différent et de plus exigeant des aptitudes intellectuelles qu’ils n’ont pas pu ou voulu développer. C’est alors plus facile de trouver les failles de l’adversaire, constater les mal-façons au lieu de sonder le monument. J’avais cru un moment Oldcola plus ouvert. Je me suis trompé, sa véritable nature s’est dévoilée sur ses dernières notes. Laissons-le aboyer avec la meute et chacun se fera une idée en lisant sa prose de caniveau ses propos. Affaire classée
Bon Noël à tous !
23 décembre 2005
Chroniques des haines généralisées
Le monde a basculé après la fête des seventies. Haines, que de haines. Un livre à recommander, paru en 1985 chez Dervy-Livres, Progrès ou déclin du mal de Henri Agel. Dix ans plus tard, Mathieu Kassovitz sortait La haine, un film sur l’atmosphère des cités livrées à l’abandon par les politiques mais cette haine, je l’ai aussi constatée pendant les grèves de décembre 1995, haine des bons bourgeois de droite contre les vilains fonctionnaires privilégiés. Dix ans plus tard, rien n’a changé. Les émeutes récentes laissent penser à une amplification du phénomène, ou du moins à une éruption proéminente au-dessus d’un bruit de fond composé de faits divers. Nicolas Sarkozy, avec un instinct affirmé de politicien avide de pouvoir, emploie des propos susceptibles d’attiser la haine. On lui fait remarquer mais il continue donc c’est bien le personnage et non pas un dérapage. Dieudonné n’est pas en reste, dressant ses fans communautaires contre l’Etat français. Des paroles de haine, on en voit partout. Finkielkraut, en bon bourgeois haineux, a mis tout son fiel pour fustiger une bande d’individus qui ont saccagé des écoles en accusant leur religion et leur culture, sans la moindre compréhension pour la misère sociale. La haine est division, elle a divisé Finkielkraut d’avec lui-même, d’avec la vérité et la sagesse philosophique. La haine, il s’est tiré une balle dans sa tête, atteignant la zone neuronale où est stockée la pensée de Levinas. La haine, attribut de la vie intellectuelle de l’individu urbain. La haine, elle est présente dans les milieux intellectuels, pas seulement à Paris, dans les cercles médiatiques, les partis politiques, bref, que dire de plus ? Le bon prêtre demandera une trêve des confiseurs pour que le monde s’aime à l’unisson. Regardez, la nuit, les lumières multicolores, la vie est belle !
Pourquoi cette note au fait ? Juste pour signaler que dans un contexte de haine, il est plus difficile de créer, bien que dans certains genres, peinture ou littérature, le commerce avec le mal puisse être profitable, enfin, disons que ce serait le négatif plus que le mal ou la haine. L’élaboration d’une théorie du Vivant et de l’Evolution devra faire commerce avec l’élégance, le beau, l’harmonie des formes, bref, se mirer dans la Nature tout en explicitant les essences et les causes, autant technique qu’esthétique, forme en mouvement, dynamique des formes, l’évolution qui à travers l’homme, prend conscience de ses finalités, poétique du chaos, la théorie prend son envol, les spéculations planent, séduisant les scientifiques mélomanes prêts à entendre le chant de l’évolution et la danse des espèces.
Ces quelques mots histoire d’enguirlander le monde des scientifiques de laboratoire. Dans ces lieux règne une ambiance morbide. On comprend l’une des raisons de cette science française qui rame. Comment les jeunes chercheurs pourraient-il apprécier la science alors qu’ils sont pris pour de la main d’uvre corvéable jour et nuit, dimanche compris, pour un salaire de misère en attendant une carotte obtenue au prix d’un léchage de bottes des patrons. Quand on est obligé d’en passer par-là, on finit par se haïr soi-même et l’on comprend l’absence d’innovation et de créativité qu’on devrait attendre d’un jeune chercheur. Mais sans doute, cette science devenue mécanique et jaugeant la Nature au miroir de sa damnation passe à côté de la beauté du monde. C’est Noël, les lumières, les guirlandes, que c’est beau, la ville, la nuit, enchantée, l’amour
22 décembre 2005
Top crédibilité, top débilité ?
Je viens de recevoir il y a peu un mail de Monsieur Oldcola avec qui nous avons échangé à propos de l’ID. Il a d’ailleurs créé un blog à cet usage puis, sans doute par excès de susceptibilité, il a décidé de fermer boutique suite à un de mes commentaires qu’il a jugé « insultant ». Le lien est dans la colonne, chacun jugera. Histoire de secouer un peu notre ami, je me suis permis d’évoquer sa bouderie. Ce commentaire n’a pas été publié mais j’ai reçu ce mail. C’est ainsi, la blogosphère est aussi le théâtre de chamailleries mais vu le contenu de l’envoi, il m’a paru bon de réagir. Si je comprends ses intentions, Oldcola souhaite attaquer ma crédibilité plutôt qu’établir un dialogue constructif sur l’ID. C’est son droit, comme le mien est de réagir, tout d’abord sur ce soi-disant commentaire insultant qui semble jouer comme prétexte, car question discussion, apparemment ça fonctionne assez bien et je remercie mes interlocuteurs du forum des sceptiques pour leur participation aux échanges savants.
Je trouve donc le procédé employé par Oldcola fort peu élégant. Au nom de quoi cette mise en demeure de corriger un texte dans un délai d’une quinzaine sous peine d’être discrédité par les bons soins de ce personnage décidé à me faire passer pour un ignorant en biologie. Autant mettre les choses au clair. J’ai été qualifié en section 64 et 65 du CNU il y a près de quinze ans. La biologie, je la connais certainement mieux que ce monsieur, ayant publiés des articles dans des revues internationales dont trois en biologie théorique. Le texte présenté dans le Kantique des quantiques est un essai de philosophie de la Nature, rédigé alors que j’avais quitté la biologie depuis des années. Qu’il y ait quelques erreurs dans la présentation des faits et théories, notamment dans le chapitre sur l’évolution, c’est certain. Et c’est presque normal. Les scientifiques savent qu’avant de publier des articles ou des livres, les examinateurs demandent souvent quelques modifications, chose que je ferai avec enthousiasme si un éditeur me le demandait. Et des erreurs, qui n’en ferait pas en étant isolé, sans la complicité bienveillante de quelques collègues ou confrères disposés à donner un peu de temps pour une lecture critique. Je n’ai donc pas à satisfaire cette mise en demeure et laisse le soin à Oldcola d’entamer ma crédibilité puisque corriger des erreurs (et me corriger) lui paraît plus important que de tenter d’entrer dans le fond des théories que je développe, notamment celle du champ transcendantal comme élément causal intervenant dans l’ontogenèse. Bien évidemment, le texte ne va pas être retiré et restera tel quel, sauf peut-être un avertissement au lecteur et je me ferai un plaisir de lire les critiques qui le jour venu, me seront utiles pour présenter un manuscrit définitif.
Cette note, en plus d’être une mise au point à l’occasion d’un différent, montre à quel point la défense d’alternative au néo-darwinisme suscite l’ardeur des détracteurs. N’a-t-on pas entendu certain mettre en doute les compétences scientifiques de Michael Behe, et ce jusqu’à ironiser sur ses raisonnements, métaphores et autres déboires rencontrés pour tenter de développer la scientificité de l’ID en imaginant quelques moyens d’en tester les hypothèses. La Cour fédérale des Etats-Unis vient de décréter l’enseignement de l’ID en collège comme anti-constitutionnel parce qu’il s’agirait d’une religion plutôt que de science. Et que voilà les activistes darwiniens prêts à se servir de ce verdict comme d’un trophée de guerre, comme si la science devait être jugée par les tribunaux (et ajoutons, l’Histoire s’écrire à l’Assemblée Nationale). Toutes ces affaires, anecdotiques ou plus profondes, illustrent bien cette comédie humaine dont on doit rire. La vérité scientifique et philosophique finira par l’emporter, sauf si l’Occident renie ses origines grecques
Texte mis en ligne à l’occasion du solstice d’hiver, histoire de réchauffer les esprits. J’ai fait de mon mieux pour être compris.
20-21 décembre 2005
Intelligent design, spéciation, sélection, mutation, horloges, IC, ID, changement de paradigme
Un coup d’il sur le dictionnaire atteste de la traduction de design par dessein. Ce qui est ennuyeux vu l’option philosophique que j’assume. A cause l' idée d’un « dessein » la mouvance de l’ID suscite autant sinon plus de réactions sur les controverses du Kansas et de Dover que sur son contenu « scientifique ». C’est à dessein que je mets les guillemets, sorte de bouclier protecteur pour éviter de voir une meute de laborantins me remonter les bretelles sous prétexte que l’ID n’est pas testable. Ce qui du reste m’oblige à serrer la ceinture vu l’absence de financements. Dans une certaine mesure, il faudrait habiller de guillemets un mot sur deux lorsqu’on parle de l’ID, par précaution et puis, le roi de l’évolution « desseinnée » est nu disent les scientistes ou plutôt, le roi c’est Dieu, monarque absolu ayant conçu à dessein les espèces et l’homme.
Suite à une présentation de ma doctrine téléologique sans dessein, accompagnée d’une argumentation la plus directe qui soit, je m’en tiendrai à nouveau à un discours spartiate dont l’objectif sera de banaliser l’hypothèse de l’Intelligent design telle qu’elle peut s’insérer comme complément explicatif du néo-darwinisme.
C’est quoi l’évolution ? Conformément à la doctrine néo-darwinienne, l’évolution se conçoit comme un processus de spéciation accompagné de sélection naturelle. Cette doctrine joue ni plus ni moins que le rôle de l’Histoire dans le champ des sciences humaines. Nul besoin de lire le dictionnaire du darwinisme de Patrick Tort. La théorie de l’évolution est une reconstitution de l’Histoire des espèces, autrement dit de la spéciation, et rien de plus. La spéciation, c’est un peu le registre d’acte de naissance des spécimens, le tout étalé sur des millions d’années, avec quelques précision sur des mécanismes de mutation génique et des recombinaisons. Les espèces sont le résultat d’un processus de descendance. Il suffit de rajouter le milieu. D’abord sa géographie, son climat, bref des facteurs physiques et environnementaux ; puis des facteurs vitaux, les plantes, les sources de nourriture ; enfin, le grand jeu de la concurrence entre espèces pour se reproduire, occuper un espace, chasser les proies ou échapper aux prédateurs. Voilà l’Histoire de l’évolution. L’Histoire des hommes prévoit des guerres, celle des animaux une sélection naturelle. Les hommes occupent les cités et les terres, les espèces la Nature selon la loi de l’équilibre ponctué.
Le reste, autrement dit ce qui remplit les milliers de pages de textes sur l’évolution, c’est une affaire de détails concernant les espèces, fruit d’un énorme travail d’observation des scientifiques. Comme dans les livres d’Histoire, il y a des divergences portant sur le récit de l’évolution. Petites variations ou grands sauts parfois ? C’est une affaire de croyance plus que de science, on adhère à l’une ou l’autre des possibilités selon l’idée que l’on croit être la plus plausible. Il n’y a pas de registres ni de témoins. Juste quelques traces paléographiques dans la roche.
Sans l’apport de la génétique, la théorie néo-darwinienne ne serait que darwinienne. Qu’il y a-t-il de plus ? Des analyses du génomes montrant comment les séquences d’ADN sont conservées en fonction de la proximité phylogénique des espèces. Le génome de l’homme est plus proche de celui du singe mais plus éloigné de celui de la souris. Des mutations de gène ont aussi été observées. C’est le cas chez la bactérie autant que chez l’homme. Cela dit, on ne peut prendre ces résultats pour preuve d’un mécanisme évolutif. Les gènes mutés sont en général responsables de maladies. En laboratoire, le bricolage génétique permet de modifier des spécimens de rats ou de mouche sans qu’il y ait transformation d’espèce. A la limite, cela pourrait coller avec la thèse graduationniste. Analyser l’ADN, c’est extraire le disque dur d’une espèce pour en déterminer les informations codées avec les quatre bases. En usant d’une métaphore, cela reviendrait à mettre bout à bout toutes les informations codées en langage binaire sur un disque d’ordinateur. On sait juste deux ou trois choses de l’ADN (pardon pour cette boutade). Son fonctionnement est complexe et s’effectue dans le noyau. L’ADN est une hyper-structure fractale, il se réplique, se transcrit en ARN qui va coder pour les protéines, chacune ayant une fonction dans la cellule. C’est surtout le mécanisme d’expression des gènes qui est complexe. On connaît même des transcriptions illégitimes, autrement dit des gènes s’exprimant de manière infime pour donner des ARN dont les protéines ne sont pas présentes dans la cellule spécialisée concernée. Voilà, on ne sait pas grand chose. Juste que la dérive des gènes peut être mise en correspondance avec la transformation des espèces. On a alors pensé établir des corrélations entre la pression sélective, la variabilité des espèces et le processus de dérives des gènes attesté par une fixation des allèles. Autrement dit, plus le milieu presse, plus ça se transforme et plus le disque dur modifie ses informations. C’est un peu plus complexe mais l’idée c’est que la sélection naturelle est corrélée aux modifications de l’ADN
Les travaux de Motoo Kimura ont infirmé cette hypothèse. La plupart des mutations sont neutres autrement dit, indépendantes de la sélection naturelle. Les allèles se fixent sans qu’on sache pourquoi. De manière aléatoire suggère-t-on, ce qui est l’explication la plus triviale. Inutile de se creuser les neurones, c’est aléatoire, point. Ces résultats n’ont pas remis en cause la théorie néo-darwinienne. Ils sont contestés et discutés. La distribution des allèles n’est pas celle qu’on attend si le moteur de l’évolution est la sélection naturelle mais elle n’est pas plus en adéquation avec une théorie purement neutraliste dissociant la sélection des mécanismes de dérive génique constitué par l’apparition de nouveau allèles destinés à être éliminés à l’exclusion de ceux qui sont fixés (Les avatars du gène, P.-H. Gouyon et al. Belin, p. 150) Ces débats sont très techniques. A la spéciation, sélection naturelle, descendance, autrement dit le darwinisme classique avec ses variantes saltationniste et gradualiste, est venu s’ajouter une seconde théorie, celle de l’évolution moléculaire.
Ce qu’on doit retenir, c’est que l’interprétation du disque dur de la Vie est sujette à caution, bien plus que la traduction des textes en grec classique. Comment lire les gènes, leurs dérives, leurs mutations aux vitesses sélectives selon la nature de la protéine codée, le polymorphisme important ? La pensée parvient à lire une pensée exprimée avec des signes mais s’agissant de l’impensé de la Vie, elle défaille. Selon Jean Chaline, la théorie de Kimura devra être intégrée pour aboutir à une super théorie néo-darwinienne. Il existe des horloges mutationnelles si on lit les résultats de Kimura. De plus, les récentes données sur les gènes de positionnement des membres, les homéogènes, confirment la thèse d’une horlogerie mutationnelle, phylogénique et ontogénique. Bref, il existe une sorte de déterminisme temporel dont le support serait l’ADN. Un déterminisme qui est cependant filtré par les règles de la sélection naturelle. L’ADN ne pense pas, ni l’intelligence du vivant, et donc le polymorphisme génétique ne se traduit pas nécessairement par une contrepartie dans l’ordre de la spéciation. C’est ce qu’a explicité Gouyon quand il expose les limites de l’hypothèse neutraliste.
Ce qui était pressenti avec l’apparition de la génétique est en train de s’accomplir. Le mécanisme aléatoire et aveugle de la sélection darwinienne semble plus déterminé qu’on ne le pensait. C’est la thèse que défend Jean Chaline et d’ailleurs, celui-ci est intéressé par les travaux d’Anne Dambricourt sur le sphénoïde, ce qu’on comprend aisément puisque le déterminisme morphogénétique crâno-facial aurait un élément explicatif d’ordre génétique.
Les choses sont claires. Nul ne remet en cause la scientificité des hypothèses de Chaline qui pourtant, reconnaît un déterminisme dans les horloges mutationnelles. Déterminisme ou dessein, la signification est proche, sauf sur le plan herméneutique. Déterminisme est un concept scientifiquement neutre, spécifiant une loi dans l’évolution d’un phénomène, que celui-ci soit du monde physique ou vivant. Le dessein renvoie à une signification anthropologique. Une intention, un projet. L’homme religieux voit dans la Nature un projet dont l’explication lui échappe alors il conçoit un Dieu qui lui aussi est investi d’un dessein et le tour est joué pour les néo-créationnistes.
Le point d’orgue de ce propos, c’est la question du déterminisme qui, hypostasié dans la mécanique génique, est recevable par la communauté scientifique mais qui, hypostasié dans une cause intelligente, n’a plus droit au chapitre. Autrement dit, les scientifiques s’arrogent la légitimité d’invoquer un dessein génique (Chaline) voire un déterminisme mécanique aveugle (voir Dawkins) mais se refusent à ce que ce dessein soit hétérologue au domaine épistémique qu’ils reconnaissent. Pour le dire autrement, les biologistes sont prêts à élaborer une « mythologie du gène » mais sont offusqué à ce qu’une « théologie du design » soit invoquée. Ce qui permet de conclure en affirmant que la science reconnaît la légitimité de faire appel à des hypostases qu’elle conçoit rationnellement mais se refuse à examiner les possibilités d’hypostases qui sont étrangères à son paradigme mécaniste et génétiste. Mais le plus souvent, les biologistes s’en tiennent à une position neutre, se contentant du pouvoir descriptif de la théorie néo-darwinienne et des corrélations établies entre génétiques des populations et spéciations par transformation sélectionnées par la « sélection naturelle »
Ainsi, sur un plan épistémologique, la question du statut de l’Intelligent design est on ne peut plus clair, comme celui concernant ma propre théorie. L’Evolution est une longue histoire recomposée à partir des données empiriques et consignée dans la théorie néo-darwinienne qui décrit très bien le comment, la spéciation et la sélection naturelle, ainsi que des données sur le disque dur des espèces actuelles, résultats de cette évolution au niveau moléculaire. On sait le comment mais pas le pourquoi. La thèse la plus facile est celle de l’horloger aveugle. Elle dispense de pousser plus en avant la compréhension.
La question la plus essentielle, c’est de savoir si tout n’est que mécanisme ou bien si d’autres causes, non mécaniques, interviennent dans le fonctionnement du Vivant, et par voie de conséquence, dans son évolution. Le postulat de l’ID, cause intelligente, n’est donc pas exclusif. Le ressort théorique, c’est la complexité du vivant mais les causes sont à la discrétion de l’imagination scientifique. Comprendre la boîte noire qui n’est pas tant celle de Darwin que celle de Claude Bernard, pape de la biologie expérimentale et à son corps défendant, père de l’ignorance scientiste. L’Intelligent design a besoin d’être subverti. L’évolution n’a pas à expliquer la complexité de la Vie mais la Vie complexe doit être interprétée en invoquant des causes non mécaniques et de ce fait, tenter d’expliquer aussi comment les transformations ont pu avoir lieu, autrement dit, le processus de spéciation, la différenciation en autant d’organismes complexes qui tous, sont viables, pour preuve, ils sont présents et fonctionnent à merveille !
En gros, la sélection naturelle c’est l’équivalent du marché. Elle explique la répartition des espèces comme il existe des part des marchés pour les groupes industriels. Les mécanismes de marché sont de même nature que ceux de la sélection naturelle. Le marché explique par exemple la répartitions des véhicules de marque Peugeot et Opel selon les lois de la séduction naturelle. Mais pas le secret de fabrication des modèles automobile. Le néo-darwinisme n’explique le secret de transformation des espèces. C’est pas plus compliqué. Analyser le disque dur du Vivant ne représente qu’une part infime du secret de fabrication du Vivant. Les causes non mécaniques peuvent être invoquées. C’est une démarche toute scientifique, sauf si on se réclame d’une science positiviste. A ce compte-là, que l’on médite sur Auguste Comte qui jugeait non scientifique la recherche des atomes.
L’ID ne fait qu’évoquer quelques hypothèses sur le secret de conception du Vivant, dans le simple objectif de refuser le « circulez il y a rien à voir ! » des partisans de l’horloger aveugle qui n’est aveugle que parce que les évolutionnistes se sont enivrés des résultats de la génétique, trépignant à la moindre découverte de mécanismes, sans prendre conscience que derrière tout cela, il y a certainement des causes non mécaniques que toute démarche qui se veut scientifique chercherait à expliciter et formaliser, même au prix de difficultés épistémologiques telles que celles rencontrées par le physicien Bohr alors qu’il s’étonnait de ce monde quantique tout en étant en quête de principes de correspondances pour faire la jonction avec le monde physique classique. J’ai employé à dessein cette caricature des néo-darwiniens en aveugles mais si on reste honnête, on doit reconnaître que ce qui fait la force de la théorie synthétique de l’évolution, c’est qu’elle est réponds aux questions pour lesquelles elle est habilitée à répondre, selon les dires de Michel de Pracontal, et que l’ID pose des questions pour lesquelles elle n’a peut-être pas les moyens de répondre alors il est plus simple pour les scientifiques de caricaturer ce courant de pensée et de laisser accroire que la réponse est, Dieu, ou du moins, néo-créationnisme.
Résumons les différentes options qui sont compatibles avec le fait évolutif, le créationnisme étant évidemment rejeté comme hors science. A une extrémité, le néo-darwinisme de Dawkins évoque un horloger aveugle, non sans accorder un rôle prépondérant aux gènes. A une autre extrémité, les gènes ne seraient que les instruments gérés par une cause non mécanique (j’avance prudemment) ou un dessein naturel intelligent (voilà l’ID, et la source de la controverse). Au centre, une position intermédiaire mais résolument inscrite dans le néo-darwinisme, celle de Chaline et son horloge déterministe.
Néo-darwinisme complet : spéciation-sélection, avec évolution moléculaire sélectivement neutre ou pas selon le type