31 décembre 2004
2005-2007
J’avais évoqué la démocratie sans citoyens, puis l’idée d’une doctrine, d’une insurrection citoyenne, d'idées à créer, partager et défendre. Apparemment, je ne suis pas le seul à y avoir pensé. On en reparle l’année prochaine. -----> ICI l'iniCiative
Je mets en ligne mes dernières notes de 2004. Elles ouvrent vers des développements larges. Qu’en pensez-vous ? L’affaire du rock et celle du langage. Que la fête commence ! Je file
30 décembre 2004
New year : Barbier, Maffesoli auteurs à découvrir
Comme je m’en suis expliqué à propos de mon expérience des radio libres (voir bio 1) je suis du genre « claustrophobe » et j’aime bien découvrir les auteurs inconnus, les musiques en marge quoique, avec l’âge, la tendance au repli sur des valeurs sûre prenne l’ascendant. Mais bon, c’est donc en claustro que, lassé de fréquenter ma propre pensée, de supporter mon ego et de le lire à travers toutes ces notes, je décide de donner de l’air à ce blog et d’aiguiller le lecteur vers ce site des chercheurs où en première lecture, j’ai trouvé des articles fort intéressants, notamment ceux de René Barbier et tout spécialement celui-ci portant sur Michel Maffesoli et son approche plus lyrique de la sociologie. De lien en lien, on peut se déplacer dans l’univers de pensée de ce sociologue mal considéré car trop littéraire et pas assez scientifique et qui a aggravé son cas en dirigeant la thèse d’une certaine Elisabeth Tessier.
Je vais étudier ces textes avec attention et notamment tenter de saisir ce que reproche Maffesoli à une sociologie trop tributaire du 19ème siècle. Sortir de ce siècle positiviste, c’est bien là un trait très contemporain que j’ai évoqué dans une note récente sur l’année écoulée et je pense trouver matière à réflexion chez ces auteurs. Ce que je me demande, c’est si effectivement nous sortons du schéma ancien qui perdure chez nombre d’intellectuels et surtout, de politiques. En lecture, le volume 2 du Bénichou paru en Quarto et consacré aux poètes romantiques, mages autant que désenchantés...
Et si, en plus de la fête dionysiaque, le projet romantique revenait en force, avec ses avatars symbolistes, surréalistes, puis psychédéliques et progressifs ? Lumières nouvelles sur une année que l’on voudrait vraiment nouvelle, surprenante, se détachant de 2004, un unique vu qui vaut son pesant d’espérances !
29 décembre 2004
L’année 2004
EVENEMENTS. La sortie du dernier U2 a été un non-événement, comme celle du dernier Kyo. A quelques choses près, on peut se demander si l’année 2004 a réellement existé. Oh, bien sûr que oui, j’exagère, elle a existé comme toutes les autres et elle a son lot d’événements importants comme celles qui ont précédé. On peut juste se demander si on est réellement entré dans le 21ème siècle. Cette question suppose que l’Histoire marque des ruptures tous les cent ans. Et donc, modernes devons-nous être, en forçant le passage des siècles et en glosant sur le changement de cap. Ca y est, nous y sommes. En vérité, nous ne savons pas du tout où nous nous situons. L’historien Eric Hobsbawn a forgé l’idée d’un court 20ème siècle commençant au moment de l’armistice de 1918 et s’achevant au moment de la chute du mur en 1989. C’est une thèse qui se tient mais qui ne manque pas d’être suspectée d’arbitraire. Il est vrai que ce sont des événements majeurs. On pourrait également prendre comme dates importantes 1929 pour la crise économique, 1939 ou 1945 pour placer la seconde guerre mondiale, et bien sûr 2001 pour l’effondrement des Twin towers, événement ressenti par les States avec sans doute un impact comparable à celui produit par la chute de Rome en 410. L’intellectuel se sent obligé de commenter les événements lorsqu’ils sont de cette importance. 1989 a fait gloser et 2001 autant. On pourrait même dire que la guerre froide s’est achevé à la fin du 20ème siècle et que la guerre contre l’Islam a commencé au début du 20ème siècle. Si on se réfère aux thèses de Huntington, on pensera à la concrétisation d’un choc des civilisations. Mais cette interprétation est douteuse. La seule guerre oppose un Occident hyper développé à une mouvance para militaire dangereuse dont le chef est Ben Laden, dont le nombre de membre est assez faible et le nombre de sympathisants relativement élevé, spécialement en Arabie Saoudite.
L’année 2004 aura quand même eu son lot d’événements importants parmi lesquels évidemment sous les feux de l’actu, l’hyperpuissance américaine. Il se passe beaucoup de choses là-bas, sur le plan politique ainsi que sur le plan culturel, les deux étant certainement liés. Bref, la réélection de Georges W. Bush sur fond de regain de guerre en Irak et d’aspirations religieuses exprimées dans une Amérique que l’on dit profonde. Si les Démocrates veulent l’emporter en 2008, il leur faudra renouer avec le religieux. J’avais moi-même imaginé le concept d’une divine démocratie mais aucun développement n’a suivi, je ne crois guère que cette idée soit une préoccupation majeure des citoyens.
INTERNATIONAL. Le reste des événements s’inscrit dans une double logique avec d’un côté des velléités communautaristes, isolationnistes, tribalistes, nationalistes et de l’autre des aspirations à une vie plus démocratique associé à son cortège de biens produits et écoulés par l’économie de marché. Dans le premier volet, on mettra les attentats de Madrid, le racisme anti-français en Côte d’Ivoire et les événements qui en ont découlé, la guerre au Darfour, ainsi qu’un ensemble de conflits qui se situent plutôt entre l’Europe et le Japon direction le Sud, sans oublier la Tchéchénie qui a fait parler d’elle avec une terrible prise d’otages dans une école. Le reste concerne l’Afrique, l’Inde, le Sri Lanka et l’Asie du Sud-Est. Dresser une carte des conflits est une affaire de spécialistes en géopolitique. La carte définitive inclura l’Amérique latine ainsi que le Nord de l’Amérique du Sud. Une vision toute manichéenne placera le premier volet dans l’archaïsme et le second volet dans le progressisme qui va de son chemin avec l’économie et la démocratie. Si on examine avec une attention spéciale, on verrait que cette opposition date du 19ème siècle, avec la tensions mettant aux prises les tenants de Voltaire, de la Révolution, de la liberté, de la démocratie, de l’économie, et les conservatismes de toutes obédiences qui se sont succédés, depuis Joseph de Maistre à Maurras. Et donc, c’est du 19ème siècle dont il nous faudrait sortir. Le Pen n’est que le dernier avatar de cette longue série de politiciens rétrogrades.
BLOG : nous y voilà. 2004 a vu se dessiner un phénomène de société majeur au point que son objet soit désigné par un substantif élu mot de l’année par le dictionnaire américain Merriam Webster, le blog. Pour sûr que ce mot entrera sous peu dans le Robert, s’il ne pas déjà fait. Je ne fais aucune analyse particulière, ayant eu l’occasion de parler du phénomène d’un point de vue typologique, médiatique (les blogs et les journalistes) et psychologique. Si un éditeur me passait commande, je pourrais l’atteler à une investigation plus poussée et écrire un petit livre sur le sujet. Ce qui est génial, c’est que les journalistes ne vont certainement pas pouvoir me concurrencer. Et si le mot concurrence avait lui aussi son importance, traduisant les libéralités offertes par le blog à son propriétaire qui peut diffuser toute information et d’une manière générale, tout type de texte, sans exclusive aucune, susceptible de rivaliser avec non seulement les journalistes professionnels, mais aussi les revues scientifiques, les journaux littéraires, les commentaires des intellectuels, les revues traditionnelles qui comme le Débat ou Esprit, sont peu enclines à se saisir de nouvelles plumes sans recommandation et sont tributaires d’un ordre éditorial incompatible avec la réactivité nécessaire. De ce point de vue, le blog est d’une efficacité remarquable. Il est adapté à mon fonctionnement, par fulgurances. Un thème m’inspire, et hop, je rédige ma note et la mets sur-le-champ en ligne. Je n’imagine pas attendre deux ans qu’un directeur de revue daigne recevoir ma prose. Si je devais poursuivre mon activité avec ce support, ce serait dans l’idée de proposer mes pensée et de concurrencer les intellectuels et les scientifiques sur maints sujets centraux, comme la théorie du Vivant ou l’avenir de la métaphysique, sans compter mes brèves sur la société et la politique.
FRANCE. J’en ai dit suffisamment sur ce sujet. La France, son déclin, sa mauvaise gouvernance, son manque de moyens face à l’augmentation du niveau de vie des classes aisées et la paupérisation des classes précaires. Les urnes n’ont pas parlé cette fois, elles ont crié ! La France a exprimé son mécontentement massif face à la Politique menée par JP. Raffarin. Le PS la voulait, sa revanche sur le 21 avril et il l’a eu mais pas par sa force de persuasion ni sa puissance de proposition. Tout simplement parce que la droite a géré le pays avec une mentalité de grigou et de Picsou, enlevant aux intermittents et aux chercheurs tout en soignant les très hauts revenus avec les baisses d’impôt. Les présidences de Région sont un cadeau de la droite, sans doute un cadeau empoisonné s’il s’avère que par la voie de transferts de compétence budgétaire, les impôts locaux soient amenés à augmenter. Je ne sais quoi penser de toute cette politique. On dirait qu’il y a une stratégie. Deux ans pour répondre aux classes aisées, pour mener quelques réformes et puis dans la deuxième partie de quinquennat, les mesures sociales. Comme ça au moment de voter en 2007, les électeurs auront le sentiment d’avoir été gouvernés avec solidarité. La droite pourra additionner son électorat de base aux bon nombre d’indécis sensibles à la générosité publique. Quoi qu’il en soit, la France, comme d’ailleurs ses proches voisines européennes, semble fatiguée, ne plus avoir de moteur social, craintive, sans audace, pensant à sauvegarder son niveau d’existence.
CULTURE. Ce n’est pas mon fort mais il paraît que dans le domaine du septième art, les Asiatiques peuvent se targuer d’avoir produits quelques chef d’uvre dans un environnement cinématographique en plein dynamisme. Au risque de me répéter, 2004 est un petit millésime pour le rock. La littérature, je n’ai rien capté comme événement majeur. Quelques belles pièces. La France se traîne mais cela ne date pas d’hier. Je crois en dernière analyse que le phénomène culturel est aussi social, médiatique, politique et économique. Comment sont dirigés les moyens, comment les gens achètent de la culture, comment le politique intervient, comment les médias offrent une visibilité aux uvres ? Voilà quelques questions qu’il nous faudrait poser, sans oublier la plus importante, les artistes sont-ils motivés, ont-ils une passions ou bien subissent-il ce lent acheminement vers l’assouplissement créatif accompagnée d’acétie dérélictionnelle ? A force de remplir les médias et les regards d’images, l’uvre d’Art n’a plus de visibilité. Le mouvement se surface vaut comme chaos esthétique apte à satisfaire les goûts moyens.
En ces temps d’hyper-expressivité, le monde n’est plus lisible, les uvres ne sont pas lisibles mais il est probable que dans la cité invisible, un autre monde se développe, dans la vie des âmes, sans pour autant qu’on puisse en voir une transcription en terme d’événement ou d’uvre. Des choses cachées sont en chemin, la taupe esthétique travaille. 2004 aurait dû voir quelques uvres et peut-être que 2005 sera cette grande année parsemée de surprises. Dans le cas contraire, on célébrera la fin de l’Art. Sinon, d’après ma théorie des septantenaires, nous sommes dans une phase de mutation, en plein dedans, mais je ne vois pas ce qui se dessine.
Voilà, c’est tout. Une note qui manque de passion. Linéaire, sans doute convenue, banale, signe d’une fin d’année sans résolution. Et vous lecteurs, qu’avez-vous retenu de cette année là ? Il me reste à vous souhaiter une bonne fin d’année avec le réveillon pour célébrer la nouvelle !
28 décembre 2004
LE (MON) concept du 26 décembre
Si le 11 septembre a tant fait gloser les intellectuels, le 26 septembre mérite une investigation philosophique malgré le caractère incomparable des événements dont le seul point commun sera qu’il engage le monde des hommes et que la réaction des nations est le matériau du concept. S’agissant de ce désastre naturel sans précédent, peut-on penser qu’une prise de conscience pourra conduire les Etats-Unis à déplacer leur budget pour la guerre en budget pour la reconstruction de la zone indienne ? L’Europe avec son euro fort ne pourrait-elle pas exceptionnellement décider d’une opération de type planche à billet pour créer quelques milliards d’euros pour les sinistrés. Elle en a les moyens d’autant que l’euro est surévalué et que cette mesure ne réduirait que d’un pour cent sa valeur, compte-tenu de la réaction des marchés. Je suis sûr que les gouvernants pourraient décider de telles mesures et proposer une réplique financière à ce séisme, au lieu d’attendre les dons publics, ce qui relève de l’abjection pure et simple. Les crédits sont disponibles et c’est cela le concept du 26 décembre. Les crédits ne seront sans doute pas à la hauteur de l’enjeu moral et si le séisme de Lisbonne a suscité l’éveil de l’homme qui enfin ne croyait plus en une assistance spéciale de Dieu envers l’humanité, cette fois, le tsunami du 26 décembre signera la perte de la croyance en une bienveillance de l’homme envers son prochain. L’affaire me semble déjà entendue (depuis combien d'années ), hors polémique.
Les 80 milliards de dollars pour la guerre en Irak (et ce n’est qu’une rallonge) sont une insulte au genre humain. Si personne ne s’indigne, alors ce n’est plus la peine d’espérer quoi que ce soit de l’humain, pauvre créature vouée à la marchandise, à la satisfaction de désirs, à l’apathie médiatique, à l’acétie ludique. Petit homme comme dirait Reich, tu ne fais plus peur, tu disparais de la carte philosophique.
Le concept du 26 décembre n’existe pas parce que dans quelques semaines tout sera revenu à la normale et que nul ne se sera indigné de cet argent foutu en l’air dans la guerre en Irak, de ces financiers du terrorisme qui au lieu d’avoir une pensée pour leurs coreligionnaires morts en Indonésie poursuivent leur quête vaine d’un combat contre l’Occident.
Ne plus croire en l’homme. Un long travail de deuil de la mort de l’Humanité, entre Auschwitz et le 26 décembre. Rien ne sera plus pareil ? Non tout est pareil et conforme. Le monde peut continuer à consommer et les Etats à se faire la guerre en mobilisant la force de travail de tous les citoyens qui bossent pour assurer les moyens de s’offrir la came, de l’écran plat et de la berline aux vacances à la neige en tenue branchée. Le monde bourgeois est en fin de compte misérable. Le reste est pitoyable.
Il n’y aura pas de concept du 26 décembre. Tu peux continuer à te vautrer dans le luxe et péter dans la soie, BHL, mon concept t’emmerde !
28 décembre
Faut-il tout contester, critiquer ? Sur l’utilité de la méchanceté bienveillante
Ce matin, un auditeur de France Inter se prend à critiquer le déplacement de Michel Barnier au Sri Lanka. Bernard Kouchner y va de sa solidarité politique, prenant sa défense en prétextant que le ministre s’est déplacé pour proposer les services de la France. Sur ce, Stéphane Paoli fait remarquer à l’ex-activiste de Médecin sans frontières qu’il avait été aussi mal perçu alors qu’il était filmé portant un sac de riz en Somalie. La réaction a été franche et directe. Monsieur Kouchner est fier de ce fait d’ingérence médiatisé, tout en affirmant en avoir raz le bol de ceux qui critiquent. Je comprends son attitude motivée par l’émotion mais je ne peux approuver le contenu de la remarque car plus que le droit, l’activité de critiquer est l’un des ressorts de la démocratie. Sans liberté de blâmer il n’est pas d’éloge flatteur dit le dicton. Sans liberté de critiquer, aucune politique n’est légitime.
Il est vrai qu’un monde où chacun de nos actes se prête à l’examen d’autrui serait invivable. N’importe quelque action soumise à la critique, et tu fais quoi, et pour qui, et comment, et c’est pas bien et ce serait mieux et ça n’a pas d’intérêt. La critique peut être un outil lorsqu’elle est tempérée mais une tyrannie lorsqu’elle devient un jeu systématique. Les Français sont paraît-il adeptes de la chose. Bon, restons en là non sans faire remarquer que le Politique et le médiatique nous sont imposés et donc qu’en tant que citoyens, nos critiques et nos rebellions sont légitimes. Point barre et si cela ne plait pas à M. Kouchner ou M. Sarkozy (qui pense la même chose mais le dit avec plus de retenue) eh bien qu’ils changent de métier.
Evidemment, à décharge de ces messieurs et de tous ceux qui subissent les invectives des snipers de Paris et Province, on ne pourra qu’interroger le point de départ de l’attaque et renvoyer le boomerang en posant cette question. C’est bien facile de critiquer mais toi, que ferais-tu à leur place, et en règle générale, comment te comportes-tu pour favoriser le lien social et participer à la circulation du bien public ? Lu sur le blog de Maïa Mazaurette ceci : « Soit un passe-temps qui bouffe bien plus de place que je ne comptais lui en donner. Et puis bon, vous connaissez le Net : violence, menaces, aigreur. On n'est pas coupé du monde derrière un écran, bien au contraire - c'est la vie sans filtre, et tout de suite c'est hardcore, et à force c'est usant. ». Bref, qu’il s’agisse de France Inter, d’un vrai plateau de foire d’empoigne intellectuelle ou du Net, ça fuse, ça part dans tous les sens, ça tire dans tous les coins. Les Français n’ont pas la culture du colt comme chez nos amis du Far West, mais ils tirent avec des balles sémantiques, le mental servant alors de revolver neuronal.
Est-ce bien, est-ce mal ? Et surtout est-ce légitime ? Après tout, un autre dicton célèbre affirme : qui aime bien châtie bien ! Il existe une méchanceté en ce bas monde mais pourrait-on la supprimer sans perdre notre spécificité d’humain émancipé dans le conflit, et libre de pratiquer une bienveillante méchanceté, afin de bousculer l’ordre des choses et de créer un monde qui nous paraît meilleur. Si ma mémoire est bonne, quelques-uns m’ont reproché de cogner trop souvent sur les hommes politiques, le système, les administrateurs et surtout, sur ce monde que je connais bien pour l’avoir pratiqué des années : l’Université et la Recherche. A quoi cela peut servir ? Disons que la séparation entre le fond intentionnel et la forme s’impose. Comme l’a souligné Paulo, ma bio écrite d’une manière neutre, sans aigreur ni acrimonie, se révèle plus efficace que quelques-unes de mes complaintes et notamment ma lettre au Ministre Fillon. Je lui donne raison sauf qu’à ma décharge on reconnaîtra qu’il eut été incongru d’envoyer ma bio au ministère, ce qui aurait été d’une efficacité nulle. Je généralise. Est-ce parce que nous sommes tous surbookés que le style s’appauvrit en cherchant l’impact immédiats plutôt que la transmission d’un contenu demandant plus d’attention. Je pense que dans le premier cas, l’efficacité est rapide mais que les effets ne persistent pas alors que dans la situation d’un texte au contenu élaboré, les effets persistent et s’inscrivent dans le sillon des âmes. Le monde médiatique est une sorte d’écume, de bouillonnement de surface. L’essentiel, je ne dis pas qu’il est invisible mais qu’il n’a pas de visibilité pour des raisons connues.
Restent donc les intentions. Et quand je tire sur le système, c’est pour l’améliorer. Contrairement à ce qui m’a été reproché, cette stratégie est légitime. On n’a jamais vu un système, du moins à notre époque récente, progresser de l’intérieur, sans critique, sans apport externe. Une fois à l’intérieur, les individus sont placés dans un incubateur culturel. Autant que je me souvienne, c’est par la presse et l’édition que j’ai connus un bon nombre d’auteurs hétérodoxes dont la pensée n’est pas transmise dans l’institution. Néanmoins, on peut douter de l’efficacité de la critique, surtout à notre époque où chacun s’affaire à ses tâches alors que règne le principe du « cause toujours tu m’intéresses ».
De fil en aiguille, après un détour par le blog de Dominique Autié, ce thème m’amène à porter quelque attention à cet entretien de Philippe Muray donné au Figaro. Je me souviens un été avoir lu son essai, Après l’Histoire, sorte de journal de bord mensuel d’un observateur de cet humain mutant qu’il désigne comme homo festivus. J’avoue que cette lecture fut agréable, rafraîchissante et instructive. L’homme festif est caricaturé comme un individu qui ne sort de chez lui que pour participer à une pride. On connaît aussi son mode de déplacement, le roller, voire la trottinette. La ville lui est acquise. Il s’approprie l’espace et se sent chez lui. Je me souviens d’une journée sans voiture à Bordeaux. Je me suis risquer à traverser le centre ville en vélo. Pour la première fois je me suis senti en insécurité, avec ces badauds, ces rollers, ces cyclistes en chambre se déplaçant selon les lois du mouvement brownien. Puis, longeant la place des Quinconces, j’ai failli me faire percuter par une barrière métallique qu’un jeune bobo trentenaire s’apprêtait à placer en travers de la route pour délimiter son espace ludique réservé aux rollers.
Et puis, je me dis que cette note paraît tellement dérisoire au vu de l’actualité. Nos tourments d’intellectuels agacés par la métamorphose uniforme et conforme de l’individu festif semble d’un ridicule en ces jours de tragédie. Mais même en temps d’actualité ordinaire, on peut se demander à quoi sert la critique, en règle générale, même lorsqu’elle s’applique en toute légitimité, autrement dit lorsqu’elle désigne le réel, pour le juger, l’apprécier, le goûter et le mettre en tension avec une idéalité censée représenter l’accomplissement du genre humain. Si on en croit Muray, c’est plutôt d’assouplissement dont il s’agit avec l’individu festif. Une critique n’a que rarement endurci ou fortifié un individu, voire une institution ou une société. Seule les expériences comptent. Le pragmatisme d’un Marx paraît bien plus approprié et le mot d’ordre serait qu’il n’est plus temps de critiquer le monde, parce que cela reste vain et ne le transforme pas. Transformer le monde, non plus, ce mot d’ordre est totalitaire. Changer nos mondes et les repenser sans cesse, oui en fin de compte. C’est sans doute cela la sagesse. Essayer d’inventer en pensant et de penser aux inventions et autres innovations. Une chose est sûre, lorsqu’on critique une classe d’individus ou une institution jugées médiocres, on est forcément amené à abaisser notre pensée. Construire un monde consiste au contraire à élever nos âmes. Mais c’est certainement plus difficile. Alors on passe notre temps à critiquer, sans créer. Si au moins cela avait une utilité. En fait, j’en vois une et une seule, celle de dévier le flux des moyens mais cela suppose qu’il y ait une direction où on appliquera ces moyens. Exemple, abattre la mal musique et orienter les gens vers ce que l’on pense être justifiable d’un investissement culturel. Réduire quelques postes budgétaires inutiles afin de redéployer des moyens dans d’autres directions comme les collèges régionaux transdisciplinaires que j’ai projetés. Ou autre chose. Je n’ai pas le monopole de l'inventivité.
Etre constructif, positif, diriger son énergie vers l’innovation. Jouer les méchants ne me sied guère. Voilà que de bonnes résolutions pour 2005 mais je ne prends jamais d’engagements, surtout à cette époque de l’année. Quand le soleil va remonter dans le ciel, je me souhaite de foncer mais où ? Dans la critique ? Ou dans l’anti-critique ? Ou dans la métaphysique ? Un château d’idées. Oui, belle idée !
27 décembre 2004
Passionnante science
Vieux souvenirs, lorsque mon père m’avait offert ce libre pour mes huit ans. Un bel ouvrage parsemé de photo au titre évocateur, Les merveilles de la science. Je regardais les images, les diagrammes, tentais de lire le texte sans trop comprendre sauf une chose, c’est que la Nature était présentée sous un angle magique et enchanté, avec des planètes éloignées, des rayonnements électromagnétiques de toutes fréquences, des étranges molécules censées former la base de la Vie, des superbes paysages, une planète terre vivante avec ses couches de roches posées sur un centre en fusion se dévoilant à l’occasion d’éruptions et puis ces magnifiques cristaux aux formes parfaites, aux colorations improbables. Je me souviens aussi de ces fossiles, les célèbres ammonites. Je n’avais pas dix ans que j’avais découvert dans un grand éboulis un site fossilifère. Avec mes potes, nous passions alors des journées entières, pendant nos vacances, à pourchasser ces grosses coquilles d’un autre âge incrustées dans des morceaux de calcaire. Le restant de l’année, il me plaisait d’acheter ces plaques d’images scolaires que je découpais puis collais dans un grand cahier en accolant les définitions du dictionnaires. Je fabriquait une encyclopédie, moi, l’enfant des lumière de la science. Et je m’étais également constitué un herbier avec quelques feuilles d’arbres ramassées au gré des saisons. Quelques années plus tard, je m’étais amusé à dresser une carte géologique du coin. C’est curieux comme sensation. Retrouver cette atmosphère pré-adolescente, ces étonnements de gosse émerveillé et passionné de découvrir une nature aussi belle qu’étrange. J’ai aimé ces cours de science naturelle. Lorsque nous arpentions ce sentier en quête d’insectes de toutes espèces. Je me souviens avoir mis quelques sauterelles dans un bocal avec des brins d’herbe, histoire de reconstituer un fragment de nature. Geste innocent en apparence. A cet âge là, on ignore tout de l’Histoire, de la philosophie et de ce tournant du 17ème siècle amorcé par Descartes et Bacon. La nature a la merci de l’homme, pour son usage personnel.
Si je devais écrire ces années là, en aucune façon je ne porterais une attention aux mots. Il n’y avait pas de livres chez mes grands-parents qui d’ailleurs parlaient à peine le français. Et donc, je n’écrirai pas Les mots à la manière de Sartre mais un livre dont le titre serait, Les plantes, les insectes, les fossiles et les chiffres. A l’image de ce bel ouvrage offert par mon père et dont je n’ai compris le texte qu’une fois passé le bac. Entre temps, je délaissais les chose de la nature pour passer aux mathématiques qui pour moi constituaient un jeu non exempt d’enchantement. Je devais être assez doué vu qu’à quinze ans, j’avais réussi à trouver un algorithme permettant de calculer le nombre pi en inscrivant des polygones aux nombre de côté multiples de deux. Il fallait trouver la relation permettant de calculer la longueur du côté lorsqu’on doublait le nombre. On pouvait alors calculer le périmètre. J’avais programmé ça dans une machine d’époque qui prenait la place d’un PC pour une puissance de calcul dérisoire. Et ça marchait. En appuyant successivement sur la touche pour relancer une itération, on voyait le nombre s’approcher de 3.1415926. Ma prof de math était épatée mais quelques jours plus tard, elle qui était agrégée était venue me chercher pour que je lui explique comment j’avais réussi ce tour de force intellectuel. Elle avait échoué. Mais bon, je n’avais pas porté une attention spéciale à cet événement. La découverte du rock progressif me semblait bien plus intéressante. L’année suivante, cette même prof de math poussa mon dossier pour entrer en classes préparatoires. Je ne sais pas si elle avait le souvenir de cet événement. Enfin, disons que sans elle je n’aurai pas pu accéder à l’étape suivante de mes études scientifiques vu que j’étais quand même faiblard dans la plupart des matières.
Bien des années plus tard, définitivement entré dans la vie adulte, je pratiquais cette science qui m’avait tant émerveillée mais qui cette fois commençait à me dégoûter sérieusement. Je ne souhaite pas m’étendre sur ces années de recherches consignées dans ma biographie de chercheur, première partie. La seule précision que je tiens à ajouter porte sur le sens de l’existence humaine et sur ce désenchantement qui relève de la seule et unique responsabilité de l’homme. La technique, la techno-science, la frénésie expérimentale, tout ceci est nécessaire au progrès technologique et loin de moi l’idée d’en nier l’importance. Le seul problème est que ce progrès emporte avec lui le désenchantement, la perte du sens religieux allié à la pensée de l’altérité, l’éloignement de l’imaginaire innovant et qu’en dernier ressort, il est possible de résister et de choisir une autre voie mais que cette voie pourtant hautement scientifique est proscrite car dans les laboratoires, c’est paillasse obligatoire pour tout le monde, y compris ceux qui peuvent prétendre apporter des éclairages théoriques. Les quelques rebelles de la recherche que j’ai croisés me l’ont toujours affirmé. Au CNRS comme à l’Université, aucune tête ne doit dépasser !
Question alors. Pourquoi ces scientifiques dont l’activité repose pour un part importante sur l’uvre de quelques centaines de grands savants connu pour avoir dépassé d’une tête leur contemporains, sans avoir la grosse tête puisque nombreux furent, et j’en suis, de ceux qui adhèrent à la formule de Newton selon lequel nous sommes des nains sur des épaules de géant. A chacun de donner un sens au Géant, oui donc ! Pourquoi ces scientifiques sont-ils enclins à écraser toute velléité d’innovation dès lors qu’elle échappe à leur compréhension et que les individus concernés ne sont plus forcément disponible pour la corvée de techno-science. Que diable ! A chacun une place selon ses capacités et ses aptitudes ! Sans sacrifier à un verdict à la Rousseau, je ne peux m’empêcher de penser que la science a rendu stupide la plupart des individus qui la pratiquent. Quand je dis stupide, c’est relatif. Je signifie par-là une étroitesse d’esprit que l’on rencontre en général chez les gradés dont on dit qu’ils sont obtus.
Si je voulais jouer les Alain Rey de circonstance, je prendrais la signification du mot obtus. Borné, manquant de pénétration, de finesse, selon le dictionnaire. Et puis je m’en irais vers quelques allégories en notant que le mot obturateur possède une même racine et donc qu’a l’instar de l’obturateur d’un appareil photographique, filtrant la lumière diffusant dans l’objectif, l’esprit rationnel du scientifique devient obtus et ce faisant, réduit la lumière susceptible de l’éclairer sur les vérités de la nature. A titre informatif, je cite ce mail reçu suite à une sollicitation effectuée auprès d’un universitaire ayant publié une critique de son institution. Sans commentaire : « C'est bien moi. Si vous avez bien compris mon propos, je pense que l'Université est devenu un ramassis d'imbéciles. Et les conditions de recrutement ne sont qu'un exemple de cet état de fait. L'intelligence ne se trouve certainement pas à l'Université aujourd'hui. Et si c'était à refaire, je n'y mettrais pas les pieds. Amicalement. R.T. »
Ai-je trop perdu de temps à critiquer ces scientifiques oeuvrant pour le bien de l’humanité et ce n’est pas bien, vu la manière dont ils sont déconsidérés à la fois par le monde politique et par les journalistes ? Pas si sûr. Quant au peuple, soyons prudents. La science véhicule un contenu religieux et par voie de conséquence, il existe un intégrisme scientifique. La science est aussi une marchandise. Entre le peuple et ses scientifiques, c’est bizness et attentes. On demande trop à la science. Mais passons. Ces questions ne concernent plus l’activité scientifique mais la société et ses individus au psychisme parfois détraqué par les leurres de la vie sociale et ses représentations préfabriquées servies comme épiphanies de la religion médiatique, télé miroir de la France, venez mes bien cher frères, venez vous mirer dans la télé irréalité.
En méditant sur ce texte dont le prétexte est l’émerveillement d’un gosse épris de science, puis son odyssée à travers l’univers du désenchantement, je ne peux pas en rester sur cette note brumeuse et me dois de rétablir la droite navigation de l’âme qui me porte vers une mystérieuse destination. Celle de la science ré-enchantée. Ce monde étriquée de la recherche n’a pas encore réussi à me faire quitter le royaume des formalismes et des théories. L’odyssée d’une existence est aussi celle de la conscience, ainsi en décida Hegel dans sa Phénoménologie de l’Esprit. Sans aller jusqu’à envisager un savoir absolu, je plaide pour un rétablissement de la joie du connaître. Imaginer la vie comme une féerie de mécanismes, une fête moléculaire, le banquet de l’hydrogène, du carbone de l’oxygène et du phosphore, agrémenté de quelques invités de marque comme le sélénium et le calcium. Ce n’est plus de la science mais de la poésie. Pourtant, en me remémorant ces périodes d’émerveillement, j’avais bien conscience d’un monde naturel plus lyrique que mécanique. Illusion et candeur ? Sans doute que oui mais alors si cette poésie n’est pas dans la nature, elle est dans ma tête. Quoi ! Des neuromédiateurs, ce sont les neuromédiateurs qui produisent ces effusions d’émotions esthétiques ? Eh bien, mon émotion, elle t’emmerde, toi le neuroscientifique qui n’entends rien à la science de l’âme. Réfléchis donc, pov’ tâche, tu confonds les effets et les causes ! Les neuromédiateurs ne sont que des effets. Quant aux psychotropes, ils ne sont que des leurres efficaces. Les états d’âme qui en résultent sont le résultat d’une réaction du psychisme face au leurres moléculaire et non pas des effets du leurre.
Nous ne sommes qu’au début d’un nouveau mystère. Pourquoi ce terme ? Parce qu’après le temps de l’émerveillement, puis de l’installation dans la société avec ses pressions et ses normes sociales, l’ensemble suscitant un rationnel désenchantement, vient le temps du doute. Un docte détachement vaut pour ré-enchantement, mais on ne reviens pas sur ses pas. Le mystère nous gagne et le temps de la docte mystification est proche. Ne pas y voir une duperie mais un renversement de la rationalité qui elle, engendre une véritable mystification sans mystère. De là les égarements de la science réductionniste. Je me dis parfois que je devrais replonger dans cette science qui m’a tant passionné. Mais au moment où j’écris ces lignes je me rends compte de la vanité de cet élan tant le monde de la recherche est devenu inerte à tout décalage et complètement carbonisé par la mystification mécaniste. Je ne vois pas l’intérêt de promouvoir la lumière intellectuelle dans cette caverne où se complaisent les prisonniers de la techno-science. Les laboratoires sont le lieu de production de la bêtise rationnelle. Le public croit que les scientifiques sont des savants. Ils sont savants d’un savoir-faire, bref, des sortes de garagistes supérieurs qui au lieu de diagnostiquer l’état d’un moteur cliquetant, sont capables de lire des fragments radio-marqués d’ADN migrant au gré des électrophorèses. Pour ce qui relève de la conceptualisation, de la pensée, de l’histoire de la science, de la réflexion épistémologique, on cherchera quelques initiés parmi la cohorte de jeunes crétins que le système a fabriqués. Ayant fréquenté les forums scientifique je peux attester de choses lues et entendues en d’autres lieux où règnent l’esprit du caporal, au garde-à-vous face aux patrons de laboratoire. La science des mystères commerce avec l’intellect. Elle est accessible à ceux capables d’en finir avec la tyrannie de la rationalité. Espérons que la science finira par se transfigurer et que tant de promesses intellectuelles ne soient pas enterrées par ce crétinisme généralisé. A moi de ne pas me laisser influencer par ce marasme et de cultiver à nouveau cette joie de penser et d’inventer les théories de la nature. La résilience c’est bien, la passion d’innover c’est mieux. Le conflit sert parfois le progrès. Je suis prêt à en découdre avec les scientifiques. Entre-nous, je crois qu’ils ont peur de la vérité et de briser les chaînes de la rationalités. Ils se connaissent pas la Raison du mystère ni d’ailleurs le mystère de la Raison, miroir de l’être par-delà l’étant.
26 décembre 2004
Note d’un dimanche sans passion. Une année s’achève
Plus que quelques jours pour en finir avec 2004, une année que je ne saurais juger qu’à la mesure des informations limitées recueillies par mes soins. N’ayant pas la prétention de pouvoir analyser ni comprendre le cours du monde, je renvoie chacun aux experts s’exprimant dans les médias et fréquentant le beau monde. Sans doute serais-je amené à donner mon avis. Vous qui lisez cette note et qui vous demandez où je veux en venir, pressentant un enlisement probable, vous ne vous trompez pas. Je n’ai rien à dire en ce lendemain de Noël qui en plus tombe un dimanche. C’est le calme plat. Je n’ai pas le désir de me farcir une célébrité intellectuelle. BHL est surexplosé, Comte-Sponville, déjà intronisé piètre penseur, se voit affublé du titre de piètre commentateur de l’actualité selon Pierre Assouline qui s’est lâché face à sa semaine rédigée sur demande de Libération.
A lire quelques confessions, on ressent une lassitude partagée au sein de la blogosphère. Remplir un blog avec du contenu n’est pas une chose aisée. Au bout d’un moment on se demande si on ne va pas tenter quelques innovations. La dernière en date, me concernant, consiste à jouer les interviewés. Art difficile on en conviendra. Je ne sais pas comment évoluera ce blog. Je ne pensais même pas que j’y consacrerais tant d’attention. Le fait de voir mes textes publiés et un peu lus a suffit de catalyseur. L’activité d’écrivain prend une intensité particulière, surtout par le biais des commentaires qui constituent aussi l’essence d’un blog, renouant avec les échanges épistolaires d’antan avec une rapidité éclair. Je crois bien que c’est ce qui pour l’instant a échappé à tous les journalistes qui se sont penché sur le phénomène des blog et n’ont capté que le côté que leur égocentrisme a filtré, à savoir l’effet concurrentiel d’apprentis de la plume piquant les infos aux professionnels qui se démènent du ciboulot pour écrire. Non, messieurs les journalistes, vous n’avez rien compris à ce phénomène convivial qui redonne un peu de tonus aux individus poussés à mettre en berne leur âme à cause de la déréliction dont vous-mêmes, médiatiques, êtes responsables pour une part. On dirait que le sens de la civilité ne s’apprend pas dans les écoles du journalisme. Logique dira-t-on, ceux qui enseignent ont oublié le respect, comme tous ces intellectuels médiatisés venant présenter leur uvre mais répondant absent dès qu’on leur demande un peu d’attention, parfois justifié du reste. Bouretz, Onfray, Debray, (et d’autres que j’ai oubliés) je leur ai remis un ou deux documents. Pas l’ombre d’une attention. C’est sans doute la règle. Peu importe. Mais je persiste à penser que les journalistes ne portent aucune attention aux gens, sauf lorsque ceux-ci leur servent de prétexte à produire des articles vendables. On le sait, la presse est de connivence révérente avec les élites et les classes aisées. Sa manière de considérer les blogs est édifiante mais guère étonnante. Un jour je me fendrai d’un rebond plus consistant sur ce sujet.
L’année 2004 en musique. On a célébré le cinquantenaire de cet art autant populaire que majeur. Mais aucun artiste majeur n’a émergé, pas plus qu’un chef d’uvre n’a été édité. Les gros événements de l’année sont des non-événementss. Le dernier U2 est d’une médiocrité consternante. Kyo obtient un succès monstre ce qui vaut au groupe d’être comparé à Téléphone. Je considère cette comparaison tout à fait justifiée. Au vu des paroles, je m’inquiète de l’adhésion de notre jeunesse à ces artistes au succès immérité. Ces deux groupes font de la belle daube française et la France ne décollera jamais dans ce domaine. Mon pays est nul. Mais comme on y vit correctement et que la culture passe les frontières, je m’en fous, sauf pour ce qui concerne le domaine professionnel devant me faire vivre correctement. Le rock ne mourra pas mais il semble fatigué ces temps-ci ! Et moi aussi !
Il est temps que cette année se termine, vivement dimanche prochain !
26 décembre 2004
On ne m’a rien demandé mais je réponds quand même aux questions JRQMQ, thème : l’ADN
Je teste une nouvelle formule pour varier mes notes. Le principe est de récupérer les questions d’un journaliste posées à une sommité de la vie intellectuelle et d’y répondre à sa place, comme si j’étais moi-même sollicité pour donner un avis autorisé. On ne m’a rien demandé mais je m’autorise à dire ce que je pense. Premier essai, la question de l’ADN, du programme génétique, posée par Michel de Pracontal à Pierre Sonigo, dans le contexte d’un dossier spécial du Nouvel Obs consacré au rapport entre Dieu et la science. Le compte-rendu de l’interview sera placé dans le premier commentaire pour ne pas alourdir cette note.
Q : La biologie moderne est-elle athée?
R : Bonne question, encore faudrait-il savoir ce qu’est une biologie athée. Une philosophie athée se conçoit aisément, elle nie l’existence d’un Dieu personnel, que celui se soit incarné il y a deux mille ans, ait parlé aux Prophètes ou encore créé l’Univers. Une philosophie ainsi conçue ramène l’existence des choses à ce qui est tangible, le cosmos vu à la lunette et formalisé par les astrophysiciens, le Vivant conçue comme résultat d’une longue évolution, l’Histoire faite par la volonté des hommes, la matière étudiée dans les accélérateurs. Si on veut aller un peu plus loin, l’athéisme peut se décliner comme un matérialisme. Notre conscience est une propriété de la matière organisée, l’organisation dure un certain temps, et donc, après la vie, quand la matière se décompose et désorganise, plus rien. Mais la vie se transmet de génération en génération grâce à une super-information portée par l’ADN. En ce sens, l’ADN survit à l’humain et peut donc se réclamer d’un caractère qui fut très tôt dans l’Histoire attribué au dieux. C’est d’immortalité dont il s’agit et c’est dans ce sens que les dieux se distinguent de l’humain tout en partageant d’autres caractères. Ces dieux sont censés également inspirer les humains mais ils sont pour ainsi dire de même statut en terme de typologie. L’ADN n’est qu’une molécule sans aucun statut biologique ni anthropologique. Certaines doctrines scientifiques pensent que nous sommes inféodés aux gènes. C’est une mythologie. Pour le reste, le paradigme algorithmique se veut scientifique et ne porte pas sur le rapport entre l’ADN et l’humain. Il dit que l’organisme est le résultat d’un ensemble de processus encodés dans les gènes. C’est un peu comme si l’ontogenèse devait se concevoir à l’image d’un lancement simultanés d’un nombre considérables d’application avec des programmes qui en appellent d’autres, le tout formant un entrelacs d’une complexité inouïe. La biologie n’est pas athée mais hyper-mécaniste.
Q : L’ADN est-il un Dieu moderne ?
R : Un Dieu se caractérise par l’autonomie, qu’il s’agisse des dieux du panthéon védique, romain, grec, ou du Dieu personnel des religions monothéistes. Il y a un contresens à considérer l’ADN comme un Dieu car sans la vie, l’ADN ne pourrait se perpétuer. Certes, la génétique présente les caractéristiques d’une mythologie qu’on peut dire hyper-mécanistes, voire hyper-computationnelle. Les gènes, c’est ce qu’on met en dernier ressort dans l’ordre des causalités, un peu comme dans un célèbre mythe, la terre est censée reposée sur une tortue qui repose sur une autre tortue et ainsi de suite il faut bien que tout s’arrête à un moment et donc, il existe une dernière tortue. Une mythologie répond toujours à un soucis d’expliquer les origine. C’est en ce sens que l’ADN a le statut d’un référent mythique parce que la science n’a pas pu encore aller à la quête des fondements. Pour l’instant, la biologie en reste à une sorte n’animisme mécaniste, un animisme sans âme, celle-ci étant remplacée par un programme génétique.
Q : Reste à expliquer l’ADN lui-même, d’où vient le programme génétique ?
R : L’ADN ne s’explique pas mais se comprend comme une macromolécule au statut très spécial dont on sait comment elle se réplique et que l’on peut synthétiser par petit morceaux en laboratoire. Quant à savoir d’où vient le programme génétique, encore faudrait-il que ce programme soit encodé quelque part. Est-ce que toute l’information est contenue dans l’ADN ? On oublie la cellule et toutes les informations cytoplasmiques. Il y a fort à parier qu’un méta niveau, par delà les informations cytoplasmiques et génétiques, puisse intervenir en tant que, disons, une super carte mère de l’hyper computer biologique. C’est l’idée que j’ai proposée dans mon ouvrage ici publié, le Kantique des quantiques. Evidemment, la question de l’origine de la vie se pose à ce niveau. Mon idée est que l’hétéronomie doit être introduit, autrement dit, une instance qui ne soit pas d’ordre mécanistique, mais homogène au mécanisme pour une part, bref, une sorte de mixte ontologique comme peu l’être le schème transcendantal chez Kant.
Q : Comment la biologie sortira-t-elle de cette impasse ?
R : Comme je viens de vous le dire, en opérant un saut conceptuel radical. Pour ce qui concerne l’ADN, on peut simplement être certain que la Vie a eu besoin de stocker des informations particulières, et que l’ADN est une sorte de disque dur qui se recopie de générations en génération en se modifiant en fonction des nécessités physiologiques elles-mêmes dépendant de fonctionnalités indispensables à la survie adaptative.
Q : La biologie serait-elle en train de réaliser, par sa pratique expérimentale, sa propre critique ?
R : la critique est déjà du passé si on prend en compte l’échec de la théorie de la complexité et de la question des fondements. Voici ce que déclarait Henri Atlan lors du colloque de Cerisy de 1981 portant sur l’auto-organisation : "Les théories de l’auto-organisation nous montrent ceci, qui est nouveau, et contraire à ce que l’on croyait jusqu’il y a peu : le fondement est plus flou, moins rigoureux, moins solide que ce qu’il fonde (...) un fondement plus flou que ce qu’il prétend fonder, ce n’est pas un fondement au sens classique du terme. De là l’idée radicale défendue par Michel Serres qu’il faut renoncer à toute philosophie du fondement." (extrait du Kantique). La biologie a expérimenté sans penser à réfléchir et peut s’enorgueillir de large succès dans l’élucidation des processus moléculaires. Elle a cru au fameux Graal de la génétique mais elle a dû revoir ses prétentions, notamment en constatant les échecs de la thérapie génique. La critique viendra de la conceptualisation et non pas de l’expérimentation. Imaginons un navigateur cherchant une terre et continuant à ramer dans une même direction. A un moment, il faudra bien qu’il se demande où est la route, ou bien si la terre est bel et bien présente mais invisible, comme l’est la conception du vivant. La question étant de comprendre pourquoi la Vie échappe à l’Intellect.
25 décembre 2004
Karaokadémie
J’ai décidé, même sans être philologue ou sémanticien, de débaptiser la Star Academy en la nommant Karaokadémie. Car c’est exactement ce qu’elle représente, non pas un concours pour artistes comme peut l’être le prix de Rome qui fut remporté par Claude Debussy à l’occasion de sa seconde candidature. La Star Ac n’est rien de plus qu’un concours de karaoké, annuel, un peu à l’image des awards de la culture ordinaire érudite, je veux parler de Questions pour un champion. Nous n’avons pas affaire à des artistes mais à des imitateurs, talentueux certes, mais pas artistes et stars à crédit, le moindre faux pas étant fatal alors que l’artiste est constitutivement amené à faire ces faux pas parce qu’il doute et que là se signe l’âme des créateurs. Nulle uvre ne s’est accomplie sans hésitation, sans préparation, sans tourments. Un lauréat de la Star Ac liquide son avenir en soldant par un écart son capital médiatique. Et s'il est tourmenté, c'est pas en tant qu'artiste mais pour répondre au syndrome du singe savant face à l'assistance
Mais du point de vue sociologique on notera que la Star Ac n’a rien inventé et que depuis des décennies les entreprises du son ont vendu des interprétations de tubes par des chanteurs de second plan habitués des bals de quartiers et du 14 juillet. La seule différence, c’est que ces interprètes de second rang avaient une audience limitée et que les disques étaient vendus à prix réduit, ce qui n’est pas le cas de la Star Ac qui remplit les salles, à un prix prohibitif, et vend ses CD au même prix que s’il s’agissait d’une uvre d’auteur.
Je prie le ciel et espère qu’un jour, les gens civilisés se détourneront d’un tel système d’artifice pour soutenir les authentiques artistes. C’est le moment des vux et c’est celui-là que je souhaite voir exaucé.
25 décembre 2004
Une année passe, un monde étrange
Aujourd’hui, pas envie de me creuser la tête ni de me bagarrer avec la science et ses représentants. Ce sera une note sans thème précis. Rien que quelques impressions du moment et pour commencer, une mention spéciale pour cette note sur la résilience. Je crois que c’est une notion importante et pas seulement en psychologie. Je pense à la philosophie de l’existence. Le Dasein, l’être présence, subit des chocs. On pourrait alors dégager cette propriété de résilience du Dasein. Attention, on ne la confondra pas avec avec l’adaptation. La résilience n’a rien d’un ajustement avec l’environnement. C’est une sorte d’auto-réparation de l’être. On distingue la Dasein analyse de la Darwin analyse qui elle, étudie les processus d’adaptation sociale (voir mon article en philo). C’est incroyable, toutes ces boîtes à outils pour tenter de comprendre le monde. C’est bête que je ne puisse pas enseigner. Il me reste le blog. Chut, c’est Noël, pas de polémique.
Etrange ce monde. L’Europe vient de construire le viaduc de Millau. Belle somme. Imaginons qu’on puisse débloquer de quoi fabriquer cents viaducs de ce type. C’est énorme et pourtant c’est ce que vient de demander GW Bush au Congrès mais pas pour aménager les States, juste une rallonge pour financer la guerre en Irak. En France aussi, on dépense beaucoup pour l’armée. En plus, des tractations ont été faites dans les secrets du polichinelle multinational. Le consortium qui fabrique les airbus envisage de redéployer son activité vers l’armement. Mais qui va acheter les avions de combats et les hélicoptères ? L’autre jour on a entendu Dassault se plaindre que les Français ne veulent plus travailler. L’Europe est semble-t-il sur la même ligne. Un mouvement contre la vitesse est engagé depuis dix ans en Italie. Je crois qu’on n'en a pas fini de débattre sur le travail et sur la possibilité d’envisager un autre mode de vie, avec moins de pression, plus d’intelligence, et ce, sans sacrifier l’efficacité, la santé et tous les biens qu’on peut produire pour une société. Il n’y a aucune raison qu’on soit asservis pour financer les funestes projets des Etats ainsi que le confort des classes aisées. Car c’est ce qui se passe actuellement. Bref, ce serait une idée pour faire quelques notes l’année prochaine.
2004 s’achève. Encore quelques jours pour faire les bilans et me concernant, finir de régler ces comptes car j’aimerais bien entrer dans une nouvelle phase. On me conseille d’être positif et constructif plutôt que d’accabler un système qui il faut le dire, est scruté par quelques-uns si bien qu’on pourrait dire qu’une glasnost se produit parmi les justes qui n’hésitent pas à faire leur autocritique. Ah quand une perestroïka en France pour en finir avec cette incurie des systèmes gérés par l’Etat et les organismes adossés, solidarité, éducation, recherche, santé ?
Dans le cadre de l’année glasnost, une nouvelle alerte concernant les sciences humaines. Non seulement elles doivent subir l’offensive idéologique des sciences cognitives, puis les restrictions budgétaires, et voilà que maintenant elles déclinent en qualité si on en croit un papier de Jean-Robert Pitte qui se plaint d’un retard important de la place de Paris par rapport aux autres centres européens, américains et extrême-orientaux. Bref sans commentaire spécial. Je vais devenir sénile à force de répéter la même chanson du déclin.
Je finirai sa